Angélina, 16 ans: « Je suis une pilote avant d’être une femme »

Angélina Favario, Savoyarde, a un objectif très ambitieux :
devenir pilote de Formule 1. Entre ses années de karting et ses premiers roulages en Formule Renault, découverte d’une jeune sportive qui ne freine ni devant la vitesse, ni devant ses homologues masculins.
En septembre, Angélina roulera en Formule Renault, une discipline qui la propulsera peut-être au plus haut niveau. / PHOTO Jean-Luc Viart

Comment est née ta passion pour le sport automobile ?

« Depuis toute petite, je baigne dedans car mes parents ont toujours aimé la vitesse, les grosses voitures et quand ils m’emmenaient en vacances ou sur de longs trajets, j’adorais. J’ai voulu vite en faire mon métier. J’ai commencé par le karting à 13 ans et aujourd’hui, à 16 ans, j’ai décidé de monter et d’évoluer rapidement en Formule Renault [chez CD Sport]. »

Comment s’est passée ta toute première fois à bord d’un kart ?

« J’ai commencé par le kart de location. J’aimais bien, j’ai tout de suite gagné des courses face à de simples concurrents, en loisir. Mes parents m’ont ensuite acheté un kart de course et là, j’ai vraiment commencé à faire les courses, à aimer ça, à m’entraîner tous les week-ends sur circuit. J’ai terminé 3e du championnat de la Ligue Rhône-Alpes en 2018. C’étaient trois événements non loin de chez moi et je m’entraînais sur ces circuits pour tenter d’obtenir des points. Et je suis la première fille à avoir réalisé cette performance. »

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30/09/18 Trophée Rhône Alpes

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Comment se déroule ton entraînement pour la Formule Renault ?

« Je m’entraîne au circuit du Laquais, au Val de Vienne, à Pau, une journée ou deux, sur des week-ends ou en semaine, pour préparer les championnats de l’année prochaine. Là je suis en vacances, donc je n’ai plus à m’organiser avec les cours, et je peux me concentrer pleinement sur l’entraînement sportif. Mais avec les cours c’est difficile, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai décidé de me diriger vers un centre qui mêle sport, études et pilotage, et je passe en première S, avec mathématiques, physique-chimie et sciences de l’ingénieur. »

Ces matières pourront-elles t’aider à parfaire ton pilotage et tes connaissances de la monoplace ?

« C’est le bac le plus adapté, même s’il n’y a pas réellement de bac pour ça. Les mathématiques et la physique vont me servir beaucoup quand je vais discuter avec les mécaniciens et les ingénieurs. »

Y a-t-il une préparation physique particulière à suivre pour piloter en Formule Renault ?

« Oui, bien sûr, c’est très intense. Je m’entraîne tous les jours. En attendant septembre et mon intégration au centre 321 Perform, mon coach m’a donné des entraînements à faire à la maison, pendant tout l’été. C’est de la musculation, du vélo, du tapis de course… Je suis aussi allée voir un diététicien et j’ai maintenant une alimentation très précise, je fais très attention. »

Passer d’un petit véhicule qu’est le kart à un grand qu’est la monoplace de Formule Renault, ça change quoi pour toi ?

« C’est vrai que ça change, mais je m’attendais à ça, je me suis adaptée à ce nouveau véhicule et pour moi finalement, au niveau des sensations, ça se rapproche, ça va vite, et c’est ce qui compte. Mais je ne regarde pas spécialement la vitesse à laquelle je roule. Mes coachs m’ont demandé de me concentrer davantage sur mon pilotage. »

Avec son école de pilotage, Angélina a aussi roulé sous le soleil et sur la neige de la Finlande.

Est-ce qu’il est difficile pour une fille d’évoluer dans le sport automobile, majoritairement masculin ?

« Oui, ça peut l’être. Quand je faisais du kart, j’ai ressenti beaucoup de sexisme autour de moi. Au lycée, tous mes amis me disaient « pourquoi tu fais ça ? », ils ne savaient pas que c’était possible. Même mes concurrents. On me rabaissait parce que j’étais une fille. Un garçon qui gagne une course, on va lui dire que c’est très bien, alors que si c’est une fille, on va dire « ce n’est pas non plus un championnat du monde ! ». Malheureusement, on est peut-être tombé sur de mauvaises personnes.

« Pour certains, c’est incroyable dans le sens où ce n’est pas possible que je fasse ça, que ce n’est pas fait pour moi. Mais ça ne m’a pas freiné et ça m’a motivé à leur prouver que je suis plus forte qu’eux, que je peux très bien être plus forte qu’un garçon et que je peux très bien tout gagner. Je suis une pilote avant d’être une femme. »

As-tu vécu au cours de ta jeune carrière des moments marquants, des bons ou mauvais souvenirs ?

« Lors de l’une de mes courses de la Ligue, je me suis fait sortir au premier tour, et j’ai crevé une roue. J’ai eu beaucoup de mal à accepter ça car personne ne m’avait embêtée jusqu’à cette course, et c’était en plus la finale. Je n’ai pas apprécié ça du tout mais, depuis, j’en fais une motivation, pour mon mental. C’est toujours bien d’avoir vécu plusieurs choses pour savoir comment réagir plus tard. »

« Pour le bon souvenir, c’était au tout début, quand je faisais une école de pilotage. Tous les mercredis après-midi je roulais, je gagnais souvent, même contre des garçons, avec le kart de location. On m’invitait ensuite les dimanches soir pour faire des courses avec des adultes, des vrais pilotes. J’ai gagné plusieurs courses, j’ai pris confiance en moi et ça m’a aidé à aller de plus en plus loin. Même les hommes ajoutaient du poids à mon kart, ils disaient que je faisais trop de bons temps par rapport à eux (rires). »

On retrouve en Formule Renault des monoplaces qui ressemblent à celles utilisées en Formule 1

Tu rêves d’être pilote de Formule 1… pourquoi ?

« J’adore ça ! J’ai toujours regardé les Grands Prix chez moi, avec mes parents. C’est peut-être le rêve de beaucoup de gens mais il faut vraiment se dire qu’on en est capable. Je vais tout faire pour monter au plus haut niveau et pour y arriver bien sûr. »

Mais cela risque d’être compliqué. Tu es encore jeune et il n’y a aucune femme en F1, à part deux pilotes d’essais… comment penses-tu y parvenir ?

« Je me dis que tout est possible. Je suis une fille, mais ça ne change rien, je suis un être humain, donc je peux très bien arriver en F1, être championne du monde… Il ne faut pas du tout se mettre un frein par rapport à ça. Je peux y arriver en passant par la F4, F3, F2… D’ailleurs, Tatiana Calderon est en F2 et elle s’en sort très bien, même avec les garçons qui la rabaissent, elle a très bien réussi jusque là et c’est une très bonne pilote. »

Je ferai l’année prochaine des entraînements sportifs le matin et l’après-midi sera réservée aux cours. – Angélina Favario

Si tu étais en F1 cette année, à la place de quel pilote aimerais-tu être ?

« Ah, ben Lewis Hamilton (rires). Mercedes est la meilleure écurie, avec Ferrari certainement, et Red Bull. Je ne regarde que Mercedes, même si je m’intéresse aussi aux autres pour avoir d’autres informations, mais Mercedes a toujours été mon écurie préférée, pour les pilotes qu’ils ont choisis, pour leur mentalité, leur efficacité surtout, leur intelligence… »

Comment va se dérouler ta rentrée scolaire et sportive ?

« Je vais être en internat à 321 Perform. Je ferai l’année prochaine des entraînements sportifs le matin avec des coachs et l’après-midi sera réservée aux cours. On aura des horaires aménagés pour le pilotage, les entraînements, les courses et les championnats. Pour les compétitions, on partira du jeudi jusqu’au dimanche… »

Déjà un programme de pilote de F1 en quelque sorte ?

« Un petit peu oui. Esteban Ocon [pilote de réserve Mercedes] vient d’ailleurs s’entraîner parfois au centre, avec Sébastien Ogier [sextuple champion du monde des rallyes], Tatiana Calderon, des pilotes exceptionnels. J’ai discuté aussi avec Dorian Boccolacci [pilote de F2]. »

Angélina est à la recherche de sponsors pour financer la suite de sa carrière. / PHOTO Jean-Luc Viart

Ta mère, Valérie Laurot, a créé « Angélina FSA Favario Automobile », une association pour aider les jeunes filles à se lancer dans le sport automobile. Comment cela se présente ?

« Elle a pour but de favoriser la femme dans le sport automobile qui est trop masculin. Elle m’accompagne dans tout ce que je fais aussi. On peut faire des actions pour les femmes qui n’osent pas se lancer, qui ont déjà vécu du sexisme… donc l’asso est là pour valoriser la femme, l’aider. Tout le monde peut y adhérer.

« Je suis d’ailleurs à la recherche de sponsors pour la saison 2019. Ma mère s’occupe de ça. J’ai créé un dossier de sponsoring qui retrace mon parcours et on envoie ça aux entreprises, on discute avec les gens, avec beaucoup de monde pour avoir un maximum de contacts, et voir ce qu’il est possible d’envisager. »

Un dernier mot ?

« Je suis vraiment motivée. Si on me rabaisse, j’en fais une force. C’est une pure passion et je me donnerai tous les moyens pour atteindre mon objectif, je n’ai que ça en tête. Je peux arriver en F1 et être championne du monde. Je suis très déterminée. »

Et pour le Grand Prix de France, un pronostic ?

« Euh, je ne sais pas. Je préfère ne rien dire (rires). »

Thomas VERBRUGGHE-DELCHAMBRE