Autriche : l’extrême-droite fait son entrée au gouvernement

Après 52 jours négociations, le plus jeune chef de gouvernement au monde Sebastian Kurz, 31 ans, va pouvoir se mettre au travail. Il est sorti en tête des législatives avec 31,5 % des voix le 15 octobre dernier. Mais voilà, le véritable vainqueur, c’est bien Heinz-Christian Strache, 48 ans, le chef du parti d’extrême-droite autrichien.

Strache, ancien de la mouvance néo-nazie autrichienne

Heinz-Christian Strache lors de présupposés entraînements militaires sportifs avec des Néonazis - Source : Süddeutsche Zeitung
Heinz-Christian Strache lors de présupposés entraînements militaires sportifs avec des Néonazis – Source : Süddeutsche Zeitung

Le Viennois Heinz-Christian Strache a pris le contrôle du FPÖ en 2005, le Parti de la liberté d’Autriche, un parti également créé par d’anciens nazis. Sorti troisième en octobre dernier lors du scrutin, il devient pourtant l’homme fort de ce nouveau gouvernement fédéral, malgré sa troisième place et ses 26 %. Car c’est avec lui et son parti que le nouveau chancelier conservateur Sebastian Kurz forme une coalition pour les cinq ans à venir.
Dans un tweet au nom de son parti, Heinz-Christian Strache a déclaré se réjouir de l’issue des négociations. Et il le peut ! Non seulement il est parvenu à négocier son nouveau statut de vice-chancelier, mais six ministres du FPÖ font aussi leur entrée au gouvernement de Sebastien Kurz. Ils raflent notamment trois ministères clés. Les postes régaliens de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Défense.

« Je me réjouis toujours que l’entame des négociations se soit passée d’égal à égal. Nous voulons mettre en place une nouvelle manière de faire de la politique. Le programme du gouvernement est la base du travail en commun de ces 5 prochaines années. (Heinz-Christian Strache) »

Anti-Merkel et euroscepticisme

Le nouveau gouvernement Vienne a annoncé vouloir mettre en place des changements importants, pas seulement dans la politique intérieure autrichienne, mais aussi dans ses rapports avec l’Allemagne et l’Union européenne. Après avoir suivi aveuglément l’Allemagne dans sa politique d’aide aux réfugiés, la nouvelle coalition souhaite désormais se positionner de l’autre côté de la balançoire. Ce changement de ton a débuté pendant la crise des réfugiés en 2015 lorsque Sebastian Kurz avait critiqué les choix d’Angela Merkel, alors en tant que ministre des Affaires étrangères. Et ce petit Etat de 8,6 millions d’habitants a bientôt la possibilité de peser, puisqu’il prendra les reines du Conseil de l’Union européenne au deuxième semestre 2018.

« L’orientation proeuropéenne du futur gouvernement fédéral est centrale. Sebastien Kurz et Heinz-Christian Strache m’ont assuré que l’Autriche est et reste un pays fort au cœur de l’Europe et qu’elle jouera un rôle actif au sein de la future organisation de l’UE. (Alexander Van der Bellen) »

Alexander Van der Bellen, le président fédéral autrichien, lui aussi fraîchement élu en 2017, lui aussi face à un candidat de l’extrême-droite du FPÖ, a plaidé pour que l’Autriche reste au coeur de l’Union européenne. Il a d’ailleurs annoncé que Sebastian Kurz et Heinz-Christian Strache lui ont promis de jouer un rôle actif dans la future organisation de l’Union. Kurz et Strache se sont mis d’accord qu’il n’y aurait pas d’ Austritt, même s’ils souhaitent associer les Autrichiens à des référendums pour leur permettre de prendre part aux décisions politiques du pays. L’Union doit toutefois selon eux rester à sa place et se recentrer sur ses priorités, afin de lâcher plus de lest aux décisions nationales.

Anti-Islam

Le gouvernement entend aussi mettre à plat la politique migratoire de l’Autriche. Aux manettes aux côtés de Sebastian Kurz et Heinz-Christian Strache, Herbert Kickl. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais c’est le nouveau ministre de l’Intérieur. Il est plus connu pour être à l’origine de slogans choques tels que « Daham Statt Islam » (« Chez nous plutôt que l’Islam ») ou encore « Pummerin Statt Muezzin » (« La cloche de la cathédrale de Vienne plutôt que le Muezzin »).


Affiche du FPÖ – « Daham Statt Islam » (« Chez nous plutôt que l’Islam »)
« Eine Studie des Innenministeriums sagt: 45% der Muslime wollen sich night integrieren. »
(« Selon une étude du ministère de l’Intérieur : 45% des Musulmans ne veulent pas s’intégrer. »)

Le gouvernement pourra compter sur le nouveau ministre de la Défense, Mario Kunasek, un sergent de l’Armée autrichienne. Il sera chargé de maintenir le contact avec les identitaires et les autres groupes des extrêmes. Il a créé en 2016 une page Facebook pour promouvoir l’installation d’un couvre-feu pour les demandeurs d’asile. Et enfin, Katrin Kneissl, ministre des Affaires étrangères. Cette arabisante spécialiste du Proche-Orient est perçue comme pro-européenne. Mais sur les réfugiés, elle a déclaré que la grosse majorité d’entre eux sont des migrants économiques.

Dans les faits, difficile de savoir encore comment cela va se traduire exactement, mais l’allocation pour les réfugiés devrait être réduite et l’accession au droit d’asile devrait être également durcie. Nul doute que les partenaires européens scruteront avec attention ce qui se passera en Autriche, pour ne pas qu’elle glisse trop du côté des autres pays d’Europe centrale et de l’Est. Une autre Europe ultraconservatrice à l’image de la Hongrie, la République tchèque ou encore la Pologne.

Guillaume Legrand