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Avoir 20 ans en 2020 : que reste-t-il de la vie sociale des jeunes ?

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Le reconfinement a mis un terme à la vie sociale des jeunes, ce jusqu'au 1er décembre, au minimum. Patrick HERTZOG / AFP

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Emmanuel Macron vient d’annoncer un reconfinement national d’au minimum un mois. Les jeunes, dont la vie sociale était déjà mise à mal par la fermeture des bars puis par le couvre-feu, témoignent de la difficulté de garder du lien avec leurs amis.

« C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 » a déclaré Emmanuel Macron lors de son interview télévisée du 14 octobre. Lorsqu’il annonce un nouveau confinement d’un mois minimum, le mercredi 28 octobre, il s’efforcera d’insister sur cette même phrase. Mais, depuis déjà le début de l’année 2020, les interactions sociales de la jeunesse française étaient mises à mal par l’épidémie de Covid-19.

« On a l’impression que c’est une année entière qui passe à la trappe »

Victor, 21 ans

« C’est dur pour tout le monde, mais quand tu es jeune et que tu as besoin de toutes ces relations sociales, c’est particulièrement éprouvant, témoigne Victor, 21 ans et jeune journaliste en région parisienne. On a l’impression que c’est une année entière qui passe la trappe, une année de perdue. »

Une forme de lassitude. Voilà ce qui semble résumer le mieux le sentiment vécu par des centaines de jeunes, en France comme ailleurs, dont la vie sociale a été chamboulée par l’épidémie planétaire de coronavirus. Il y avait déjà les inquiétudes liées à l’emploi, aux cours à distance, à l’isolement pendant le confinement. À mesure que la pandémie dure et que les mesures s’alourdissent, les conséquences psychologiques liées à la restriction de la vie sociale des moins de 30 ans s’installent.

Avant même les mesures restrictives, la difficulté de maintenir une vie sociale normale

Daryl est rentré d’Espagne quand la crise du Covid-19 a éclaté. Depuis mars, il vit chez ses parents et a dû réduire drastiquement ses fréquentations. Avant le confinement, « je disais clairement non à des soirées si je voyais qu’il y avait trop de personnes, certaines que je ne connaissais pas ou d’autres qui voyaient beaucoup de monde. Chaque fois que j’avais un doute, je me confinais pendant quelques jours pour ne mettre personne en danger. » Malgré le fait que ses amis le soutiennent, ces précautions finissent par peser lourd sur le moral de ce jeune montpelliérain d’origine : « Je suis passé de tout, à rien. À Barcelone, tu sors tout le temps, tu vois énormément de monde. Il y a eu la Covid et là, tu te retrouves presque tout seul, et chaque fois que tu fais quelque chose avec du monde, derrière, il y a des jours d’isolement, de privations dans tes relations familiales. »

Une stigmatisation des jeunes et une pression permanente

Souvent, dans les témoignages, c’est la question de la pression familiale qui revient pour expliquer la morosité des jeunes. Dans les médias, comme dans les repas de famille, les jeunes sont montrés du doigt depuis le début de l’épidémie : trop de soirées avec trop de monde, trop inconscients, pas assez précautionneux… De nombreux critiques ont d’ailleurs vu la fermeture des bars en ville, puis le couvre-feu de 21h à 6h du matin comme des mesures « anti-jeunes ».

Une stigmatisation qui se transforme en sentiment de culpabilité permanent pour les jeunes adultes de 2020. La mère de Julien lui a carrément interdit de voir ses amis, quand il rentre la voir. « Elle voudrait que je me fasse tester dès que je vais la voir. Je continue quand même à voir mes potes, mais avec ses discours alarmistes, je culpabilise en permanence » raconte le Nîmois. « À chaque soirée, j’avais l’impression de faire quelque chose de mal, et à force je me mettais une pression dingue tout seul ! J’avais l’impression que le mieux que je puisse faire, c’était de rester chez moi. Mais c’est pas une vie » surenchérit Théo, 23 ans, et originaire de région lyonnaise.

Ana, elle, est épuisée. Depuis le déconfinement, elle n’a de cesse de répéter à ses proches qu’il faut maintenir les gestes barrières, coûte que coûte. Elle voit très peu ses amis, qui en retour lui reprochent d’être parano. Et quand elle s’autorise quelques fréquentations, c’est son copain qui la fait culpabiliser. « Je ne sais plus quoi penser, je craque. Je me sens exclue, moquée, et seule », désespère-t-elle.

L’annonce d’un nouveau confinement

« Cette fois, on nous emprisonne pour de bon » tonne Léna, 25 ans, venue profiter d’un dernier café en terrasse, à la veille du nouveau confinement. « On n’a plus le droit de voir nos amis, alors que franchement, c’était ça qui nous faisait tenir… » Si la plupart des jeunes rencontrés comprennent et acceptent les mesures, elles mettent un point final à l’espoir d’une fin d’année joyeuse.

« Le premier confinement, c’était déjà très dur, mais on avait l’impression qu’après on serait libre et que ça irait mieux. Sauf que là, on se rend compte que la situation ne va pas s’arranger de sitôt. On nous enlève une année de notre jeunesse », résume Victor.

Auteur·trice

Journaliste en formation, mais plagiste accomplie.


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