Brexit : 1000 jours après le référendum, l’impossible « deal » ?

Nouvel épisode pour l’éprouvante série britannique du Brexit. Dans l’impasse,Theresa May présente jeudi 21 mars lors d’un sommet européen à Bruxelles, sa demande d’un report de trois mois du Brexit. « Exaspérés », les dirigeants européens vont probablement rejeter cette requête. Ils souhaitent que le Royaume-Uni sorte de l’UE avant les élections européennes du mois de mai. Décryptage et retour sur un divorce semé d’embûches.
Allocution de la Première ministre Theresa May au 10 Downing street, le 20 mars 2018. Crédits : CHRIS J. RATCLIFFE / POOL/EPA/Newscom/MaxPPP – Maxppp

Nouveau sommet décisif pour la dirigeante conservatrice. La Première ministre britannique Theresa May expose ce jeudi devant les 27, ce qu’elle a formulé mercredi 20 mars dans une lettre adressée au président du Conseil européen Donald Tusk : un report du Brexit de trois mois. « Une courte extension sera possible » a déjà répondu le président du Conseil. Mais le maître de cérémonie du sommet prévient : « cette extension sera conditionnée par le vote positif sur le traité de retrait à la Chambre des Communes ». Traité que les députés britanniques ont déjà massivement rejeté deux fois. Et ce n’est pas pour décourager la Première ministre britannique, qui entend soumettre une troisième fois cet accord aux parlementaires. « J’espère vraiment que les députés soutiendront l’accord que j’ai négocié avec l’UE », a-t-elle déclaré, expliquant aux membres de l’opposition que le report du Brexit était pour elle « un grand regret personnel ».

Lors de cette réunion, les pays européens ont cependant posé leurs conditions. La Commission européenne a estimé qu’une longue prolongation serait  un « grave risque juridique et politique ». Même s’il quitte l’Union Européenne, le Royaume-Uni serait alors contraint d’organiser le scrutin européen. « S’il ne le faisait pas, il mettrait en péril la légalité du nouveau Parlement avec le risque d’une paralysie durable du fonctionnement de l’UE », a prévenu l’exécutif européen.

« La question de la date sera une décision des chefs d’Etat », à prendre à l’unanimité, a souligné une source européenne, « mais l’orientation qui s’est dessinée (…) est de refuser la date du 30 juin et de se diriger vers une prolongation plus courte ». Selon une source diplomatique, la date du 22 mai, soit un jour avant les élections européennes du 23 au 26 mai, a rassemblé « une large majorité » et « plusieurs représentants n’ont toujours pas reçu les instructions de leurs capitales ».

Un feuilleton sans fin

Et l’interminable saga du Brexit commence à exaspérer certains diplomates de l’Union Européenne. « Normalement, le sujet du Brexit n’était pas à l’ordre du jour pour le sommet. L’objectif, c’est qu’il n’occupe pas tout le temps des leaders européens », indique un proche d’Emmanuel Macron. De son côté, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne s’est également exprimé lors du sommet : « Si le Royaume-Uni ne quitte pas l’UE à la fin mars, alors nous sommes, je suis désolée de le dire, entre les mains de Dieu. Et je pense que même Dieu, parfois, atteint les limites de sa patience ».

Ce mardi déjà, La France et l’Allemagne ont manifesté leur agacement. Paris et Berlin appellent les autorités britanniques à soumettre «une initiative crédible » lors de ce sommet pour éviter un divorce dur. « Nous sommes dans une impasse du fait de la décision des Britanniques et l’incertitude est insupportable », a déploré Nathalie Loiseau, la ministre française des Affaires européennes à son arrivée à Bruxelles.  « Nous n’avons aucune appétence pour des négociations sur le Brexit. S’il vous plait, chers amis britanniques, agissez, l’heure tourne », a de son côté déclaré son homologue allemand, Michael Roth.

Un « no-deal » par défaut

« Un nouveau rejet de l’accord de retrait de l’Union européenne par le Parlement britannique mettrait le Royaume-Uni sur la voie d’un no-deal », a déclaré jeudi Emmanuel Macron. Dès son arrivée au Conseil européen, le président français a mis en garde les parlementaires britanniques. Il s’est cependant dit « tout à fait ouvert » à un report de courte durée du Brexit en cas de ratification par le Parlement britannique. De son côté, la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau a considéré « qu’une prolongation n’était pas une solution, mais une méthode. » Son homologue allemand lui, soutient que « la priorité est d’éviter une sortie sans accord ».

L’hypothèse, pourtant rejetée par les parlementaires britanniques lors d’un vote le 13 mars reste une option par défaut si aucun terrain d’entente n’est finalement trouvé entre les britanniques.

En cas de « no deal », quelles conséquences sur l’économie française ?

Alors que l’incertitude plane sur l’hypothèse d’un « no-deal », l’inquiétude gagne du terrain en France. Un divorce dur aurait des conséquences lourdes sur certains secteurs économiques.

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Mais qu’est-ce qui bloque vraiment ?

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