Budget : la France sur de bons rails ?

Le déficit en-dessous des 3% pour la première fois en 11 ans (Photo : GUILLAUME LEGRAND)
Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin a confirmé mercredi un déficit en dessous des 3% du PIB en 2017. Il est resté en revanche prudent sur les chiffres de la croissance maintenue à 1,7% cette année. Si le déficit s’estompe, la dette, elle s’accentue.

Guillaume Legrand – 1er mars 2018

Le déficit public a été seulement huit fois en-dessous des 3% depuis 1990. La France peut donc savourer, puisque Bercy contient le déficit pour 2017 sous cette barre imposée par Bruxelles, en vertu des critères de convergences européens instaurés par le traité de Maastricht. En d’autres termes, le gouvernement aura de meilleures marges de manœuvre auprès de ses créanciers. Il empruntera moins d’argent sur les marchés financiers et les taux d’intérêt seront en principe plus bas.

Le déficit, c’est la différence entre les dépenses et les recettes de l’Etat, tout ce qui n’est pas couvert par le budget annuel de la France, essentiellement en rentrées fiscales et parts de l’Etat dans les entreprises publiques. « Nous tablons sur des recettes de TVA plus élevées de plus d’un milliard d’euros, a révélé Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics. Or, la TVA résulte aussi de la confiance qui nourrit la consommation. » À noter aussi des plus-values non négligeables sur les produits énergétiques à hauteur de 800 millions d’euros, soit une différence plus que positive entre le prix d’achat et le prix de revente des hydrocarbures par exemple.

74 milliards d’euros de déficit

Le déficit public devrait passer à 2,9% du produit intérieur brut, la richesse produite en une année par le pays. « Nous ferons tout pour être sous les 3% de déficit, à 2,9% exactement et cela conforte ainsi la projection faite en septembre », a insisté le ministre. En valeurs, le déficit est estimé à 74 milliards d’euros, soit bien inférieur aux 76,5 milliards d’euros annoncés en septembre 2017.

Le gouvernement a répété une nouvelle fois avoir hérité d’un budget « insincère » : « Nous avons hérité d’engagements pour lesquels aucun crédit n’avait été prévu pour 2017, comme sur le Programme d’investissement d’avenir », a rappelé Gérald Darmanin. Il s’est dit en revanche « fier » de réduire le déficit « sans augmenter les impôts ».

Le déficit pourrait même baisser encore davantage dans le cas où la croissance serait plus forte. 0,1 point de plus suffirait à réduire de 0,4% le déficit, soit une baisse de 1,4 milliard d’euros, selon le rapporteur général du budget au Sénat (LR), Albéric de Montgolfier.

Coup d’oeil sur le déficit public de la France depuis 2008 (en % du PIB)

La France bien aidée par la croissance

Mais le gouvernement n’est pas aussi enthousiaste, puisqu’il a maintenu à 1,7% ses prévisions de croissance, alors que l’INSEE prévoit justement 1,8%. De plus, Bercy a prévu de lever 4 milliards d’emprunts, afin de couvrir les opérations extérieures de la France et Sentinelle.

Ces crédits seront « couverts par des prélèvements moindres au profit de l’Union européenne et par des rentrées fiscales plus importantes que prévu », a rassuré Gérald Darmanin. Le milliard restant sera financé certainement par des annulations de crédits.

Le chômage en forte baisse mais la dette toujours élevée

Les indicateurs économiques sont encourageants et se traduisent par un taux de chômage en forte baisse au quatrième semestre 2017. Il atteint 8,9% soit 0,7 point de moins.

La dette reste néanmoins abyssale, même si elle tend à se tasser légèrement. Elle s’élève à 2226 milliards d’euros, ce qui représente près de 100% du produit intérieur brut de l’hexagone.

Une embellie à confirmer du point de vue de l’Europe, même si la France n’a pas encore perdu son rang de mauvais élève de la zone Euro.

La dette publique des Etats membres de la zone euro en 2016 (% du PIB)