Captain fantastic : aller-retour au paradis

Il avait tout prévu. Quoi exactement, on ne sait pas. Peut-être la fin du monde, ou juste l’inexorable déchéance de la société mondialisée. Quand Viggo Mortensen enfile le costume rouge et sans cape d’un héros de l’autarcie, c’est forcément rafraîchissant et parfois hilarant.

« Dis papa, c’est quoi le Coca ? – De l’eau empoisonnée. » Imaginez un père de famille qui vit dans une cabane, vous emmène tous les matins courir, sauter, escalader et faire des pompes dans le no man’s land du Nord-Ouest américain, qui vous enseigne la physique quantique et la chasse à l’arc. Tout ça loin, très loin du monde et de ses soucis. Pour Ben, sa femme et leurs six enfants, la vie entière est un entraînement à la survie.

Ils ne vont pas à l’école, et pourtant ils sont bluffants. Ils savent tout sur tout, de la Déclaration des Droits à l’exégèse littéraire en passant par la mécanique subatomique. Bon, il faut éviter les questions cinéma parce qu’ils n’ont pas la télé. Pour Bodevan, Kyelyr, Vespyr et les autres, la vie est une petite affaire toute simple qu’il suffit d’apprécier. Jour après jour jusqu’au meilleur, celui des cadeaux. Le « jour de Noam Chomsky« , bien sûr, du nom du célèbre penseur anarchiste – vous vous attendiez à quoi ?

La vie en autonomie dans l'Etat de Washington
Captain fantastic donne des envies de grand air en toute autonomie (capture d’écran du film)

Tout va presque pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais les jeunes, comme tous les jeunes, ont parfois envie d’ailleurs. Retour forcé dans la société des morts-vivants. Et naturellement, clash des cultures, choc des civilisations. « Comment ça tu ne connais pas Star Trek ? » et autres quiproquos sont à l’affiche. Embarqués à bord du bus aménagé de papa, la petite famille voit son modèle malmené par tous ces « gens normaux » qui croisent leur chemin. Leur cerveau vierge de toute pop culture fait-ils d’eux des « handicapés » ?

Ils savaient survivre, il leur faut apprendre à vivre. On suit en jubilant leur trajectoire pleine de contradictions, en forme de retour d’un retour à la nature. Un bol d’air musical où l’on accepte de perdre ses repères.

Captain fantastic est un drôle de film qui met en présence les extrêmes et secoue très fort. Vu l’explosibilité du thème, on aurait pu s’attendre à un climax en feu d’artifice. Mais le scénario reste tout de même très pacifique, voire consensuel. Le réalisateur Matt Ross recrée Vendredi ou la vie sauvage avec cette fresque néo-hippie, sorte d’Into the wild déconneur et heureux. Il situe le paradis en milieu naturel et le bonheur au sein de la famille. Partir, ne pas partir ? Pas de réponse mais la graine est semée. Tout en affect et sans arguments, voici un instantané coloré qui laisse songeur.

Teaser officiel du film

Rdv sur Sens Critique

Damien Desbordes / @DesbordesDamien