Ctrl-x, dans l’intimité d’un monde qui tombe

Au Merlan, à Marseille, se joue Ctrl-x, une pièce de Cyril Teste. Intimiste et glaciale, l’histoire prend forme à travers deux performances : les personnages solitaires dans leurs discours et, la plus inattendue, la création filmique. Une œuvre ambivalente.

ctrl-x

L’amour, ce réveil d’une longue panique en solitaire. Le visage de l’homme perdu parcourt nos rêves sans nous permettre de nous réveiller à ses côtés et c’est ce moment qu’a choisi de nous raconter Cyril Teste.

Ctrl-x, sur un texte de Pauline Peyrade, nous fait vivre une nuit entrecoupée de souvenirs et d’invasions de toute part. Premièrement numérique, qui régit toutes actions et qui nous plonge dans un univers méfiant à la Black Mirror. Deuxièmement, une invasion de fantômes qui transgressent la fragilité du personnage.
L’histoire d’une errance longue et douloureuse, d’une folie qui séduit de plus en plus l’actrice.

Crédit vidéo : Collectif MxM

Au Merlan, à Marseille, c’est une scène rétrécie qui se joue devant nos yeux. Une chambre aux bords fermés et juste une ouverture pour le spectateur. Nous sommes comme des voyeurs apercevant un fragment de vie extérieure à travers la fenêtre d’un immeuble d’en face. Un peu gênés, nous continuons à observer ce corps menu déambuler, un verre de vin à la main.

Au fil de cette nuit, Ida, une jeune femme au passé trouble, cherche à se consoler de l’homme qu’elle a perdu. Enfermée dans cette chambre, en prise à une société de consommation digitale, des voix se bousculent pour la faire revenir à la réalité du monde : sa sœur, qui s’inquiète de son état de santé et Laurent, l’homme qu’elle vient juste de quitter après un moment d’échange passionnel. Et bientôt, c’est l’avènement de sa souffrance, un minuscule fil qui la guide à travers des souvenirs douloureux. Elle passe de femme à corps désincarné.

Mais ce n’est pas réellement l’actrice qui nous guide à travers la pièce, c’est la mise en scène qui subjugue et vole cette place qui appartient plutôt aux corps mouvant sur la scène. C’est cette particularité de Cyril Teste, la vidéo comme pièce maitresse de l’action, ou plutôt de l’inaction, pour explorer notre société contemporaine.

Il s’était déjà démarqué avec la création de Festen, en 2017, magnifique réécriture du film de Thomas Vinterberg et avant cela, avec la pièce Nobody.

Crédit vidéo : Collectif MxM

Avec le collectif MxM, dont fait partie le metteur en scène, c’est une véritable performance filmique qui raconte l’histoire. Les plans sont hypnotiques et battent le rythme d’une musique lancinante. Des mots se posent sur l’écran, des messages, des mails, c’est une grammaire du digitale qui s’écrit.

Il a fallu quatre semaines pour coordonner parfaitement le film et la performance en direct. Au millimètre près, les mouvements se décomposent et s’alignent de concordance avec celui enregistré et passé en fond de scène. Tellement retravaillés, que finalement, l’acteur perd de son importance, il n’est libre de rien. C’est un corps crispé que l’on observe.

En ce qui concerne l’histoire, elle n’a pas réellement d’importance. Durant toute la pièce, elle demeure opaque et seules quelques bribes nous atteignent. Le fond manque tout de même de pertinence pour donner plus de cœur à cette scène qui se résume, finalement, par une belle performance technique.

Maud Van de Wiele