Dans le viseur du photographe

Le photographe Jean-Yves Delattre, vingt-trois ans de Fiesta à son actif, raconte ses deux meilleurs souvenirs « son et lumière ».
La Fiesta des Suds vue par l’œil d’un photographe. © Pexels

La Fiesta, ça s’écoute. Pour son ambiance. Ses concerts. Pour sa foule en délire. Un festival, « ça se regarde » aussi, vous dira le photographe. Lui l’est depuis une quarantaine d’années. Jean-Yves Delattre travaille aujourd’hui pour le site d’informations GoMet. Il fait partie de cette bande de potes qui ont créé la Fiesta, en 1992. À l’époque, il était « reporter-photographe » bénévole pour le festival. Il y a travaillé jusqu’en 2015. En presque un quart de siècle, des concerts, il en a vu des tonnes. Certains lui ont particulièrement tapé dans l’œil. D’autres dans les oreilles.

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L’image de Bashung

C’était quelques mois avant son décès. En 2008, au Dock des Suds. « Une voiture l’a déposé au bord de la scène où il devait monter. Il portait une casquette et des lunettes noires. On ne voyait que très peu son visage. » Le chanteur, pourtant malade, ne paraissait plus affaibli une fois le concert démarré, d’après le photographe. « Je l’avais vu en loge avant qu’il ne se produise. Il était différent… Mais devant son public, Bashung donnait toute l’énergie qu’il fallait. »

Jean-Yves Delattre s’en souvient bien, puisque l’artiste avait « refusé qu’on le photographie pendant sa prestation ».« J’ai dû rester au fond de la scène derrière la foule pour le shooter, confie-t-il. Dix mille personnes étaient venues le voir. C’était impressionnant ! Je le voyais de très loin. » Du coup, toutes les photos qui lui restent du concert sont soit très sombres, soit floues. Le photographe en garde malgré tout un souvenir magique.

Il nous a offert un show d’une heure quarante alors qu’il était en fin de vie… C’est un beau cadeau.

Le concert de Bashung à la Fiesta des Suds, le 28 octobre 2008. Le chanteur est décédé quelques mois après. © Jean-Yves Delattre

La salsa de Yuri Buenaventura

Un chanteur colombien qui reprend des textes de Michel Fugain, de Jacques Brel ou encore de Charles Aznavour. Côté musique, l’artiste qui a le plus marqué le photographe, c’est bien lui. Son nom : Yuri Buenaventura. Sur son portable, Jean-Yves Delattre fait jouer une de ses musiques de l’album Herencia africana, sorti en 1995. Une reprise de Ne me quitte pas, du belge Brel, version salsa. Pas banal. Les pieds et les mains du photographe marseillais battent nerveusement la mesure. « Ça envoie, c’est super ! », lance-t-il, comme envoûté par la voix entraînante de l’interprète.

Pour Jean-Yves Delattre, le passage de Yuri Buenaventura à la Fiesta n’était pas une découverte. L’artiste s’y est produit en 2003. « Ce qui m’a subjugué, c’est l’énergie si particulière de ce chanteur et son interprétation très personnelle de textes français », livre-t-il. D’ailleurs, à l’entendre, l’artiste a « une pêche de folie ». Et c’est bien ce qui semble avoir plu au photographe.

Au-delà de la voix sucrée du Sud-Américain, ce sont les instruments de ses musiciens qui lui vont droit au cœur. Le photographe raconte : « Il avait chanté avec son big band – son grand orchestre de jazz. Le son des cuivres, c’est-à-dire à la fois des trompettes, des trombones et des saxophones, mêlés à celui de la guitare, c’est juste excellent. »

Cette année, Jean-Yves Delattre assistera à la Fiesta comme simple festivalier. Dans l’objectif : Camille et DJ Yuksek.

Andy Millet