Du béton dans la ville, quelle hérésie !

À Marseille, la Maison de la Philosophie tente de retrouver un lien avec une nature étouffée. En remplaçant, dans la rue, le béton qui gît autour des arbres par des espaces verts et des potagers, l’association établit la cohabitation entre la ville et la campagne.

Nathan, en charge du projet "Plus belle ma rue", est fier de contempler à nouveau la nature en pleine ville.
Nathan, en charge du projet « Plus belle ma rue », est fier de contempler à nouveau la nature en pleine ville. Crédit : La Maison de la Philosophie.

« Bétonner les arbres, c’est tellement dommage ! » C’est bien vrai, la ville a cette fâcheuse habitude de protéger les arbres par un berceau de gravier et de goudron. Mais à Marseille, quelques personnes tentent de les libérer de cette emprise et de redonner plus d’expression à une nature qui semble emprisonnée. Ainsi la Maison de la Philosophie, boulevard Salvator, s’est entourée de petites mains volontaires pour apporter un peu de verdure au gris de la ville. Ce que le collectif propose n’est pas très commun mais il s’intègre parfaitement dans le cadre du visa vert, un permis délivré par la Mairie pour fleurir les douces rues de Marseille.

Le collectif "Plus belle ma rue", né de la Maison de la philosophie, revégétalise le boulevard Salvator.
Le collectif « Plus belle ma rue », né de la Maison de la Philosophie, revégétalise le boulevard Salvator. Crédit : La Maison de la Philosophie.

Ici, il ne s’agit pas seulement de poster à des endroits stratégiques quelques pots décorés, arborant une panoplie de petites fleurs colorées, mais d’un plus gros chantier. Dans ce boulevard du sixième arrondissement, on casse le béton autour des arbres et on y installe un bac entourant le tronc faisant ainsi office de potager pour tous. Ils sont environ dix bénévoles à s’activer sur ce projet. Aujourd’hui, on peut contempler quatre arbres embellis, en janvier un cinquième se verra « débétonné ».

C’est que ce collectif aux accents philosophiques ne souhaite pas seulement apporter un peu de beau à la rue, mais veut surtout créer de la résilience : « Il faut ré-enchanter la ville en commençant petit, explique Antoine, bénévole de l’association, car la nature est là, dans le cœur des hommes. »

Ils l’expliquent eux-mêmes, « la déconnexion entre la ville et la campagne nous prive, en tant que citadins, du bonheur et de la joie d’un lien avec le vivant. » Et le vivant, ils le retrouvent tous dans ce boulevard. Commerçants et résidents ont pu redécouvrir le plaisir de mettre la main à la terre et d’aider à cette revégétalisation de leur rue. « Cette action commune permet de créer un véritable lien social, beaucoup nous ont aidés dans cette entreprise », raconte, les yeux pétillants, Nathan, en charge du projet « Plus belle ma rue ». Et ceux qui ne souhaitent pas se salir les mains peuvent contribuer à la petite caisse solidaire mise en place, car chaque installation demande environ trois cents euros.

Et toujours suivant le principe de résilience, le potager fonctionne sur la base de la permaculture, une sorte d’agriculture où les plantes sont livrées en partie à elles-mêmes, suivant leur cycle naturel. L’association a d’ailleurs installé un compost à la disposition de tous. Une bonne façon de laisser parler pleinement la nature.

Maud Van de Wiele