Elle a grandi et vit sa vie

img_2229Les yeux rieurs, la voix douce et apaisée, Olga est devenue une jeune femme au caractère affirmé.
Elle a 19 ans et a quitté le nid familial il y a plus d’un an. Une étape de franchie, une rupture avec un mode de vie au sein duquel elle a grandi. Elle avait 3 ans lorsque ses parents ont décidé de changer de vie. Quitter Paris pour s’installer dans le sud-est de la France, dans une ferme de 24 hectares, sans électricité ni eau courante.
Une enfance pas comme les autres, qu’elle raconte avec facétie, sans trop de nostalgie.

Aujourd’hui, elle poursuit ses études à Cagnes sur Mer, chez les compagnons du devoir, en maroquinerie. Si elle ne renie pas le mode de vie dans lequel elle s’est construite, elle confie ne pas souvent revenir à la Ferme du Collet. « Quand on est enfant, on grimpe aux arbres, on joue dans le jardin, il y a de l’espace, c’est génial. Aujourd’hui, je me demande parfois comment j’ai fait pour vivre ici tant d’années. On est quand même très seuls».

Quand elle revient, Olga se réadapte. Elle mange de nouveau cru avec ses parents, vit sans eau courante ni électricité. Et les habitudes reviennent vite. Mais aussitôt repartie, elle suit le mode de vie de ses amies avec qui elle vit en colocation. Ce jour-là elle est revenue avec ses colocataires, choisir leur sapin de Noël. L’occasion aussi de leur faire découvrir l’endroit où elle a grandit. Et si désormais elle poursuit sa route loin de la ferme, avec le recul, elle se dit bien souvent que se laver avec un pichet d’eau chauffé au bois, ce n’est pas non plus la mer à boire…

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« Je n’ai aucun regret de ne pas être allée à l’école »

Olga a fait des allers-retours à l’école du village. Seulement quelques mois, avant de partir le reste de l’année en voyage à l’étranger, avec sa famille. Nouvelle-Zélande, Inde, Thaïlande, Europe… elle a parcouru de nombreux pays. Une manière de grandir, de s’ouvrir sur le monde, loin de la ferme à 800 mètres d’altitude. « Je n’ai aucun regret de ne pas être allée à l’école ». Il faut dire que certaines expériences ont eu de quoi rebuter la jeune femme. Elle raconte avec le sourire qu’en primaire, elle avait invité ses copines de classe pour son anniversaire. L’une des seules choses qu’elle garde en mémoire est le « vous vous lavez chez toi quand même ? » lancé par l’une de ses camarades. Qu’elle n’a jamais plus invitée.

Elle se souvient d’avoir eu la réputation d’être une étrangère, appartenant à une secte. L’école ne lui ayant pas été d’une grande aide sociale, elle continuait d’être vue comme telle. Elle a alors suivi sa scolarité avec le CNED, avec son frère et les enfants des voisins, Adrinco et Nadiejda, qu’elle a toujours considéré comme ses frères et sœurs. Ils ont toujours tout vécu ensemble, jusqu’à l’école à la maison. Un cours chez les uns, un cours chez les autres. Toutes les techniques ont été essayées par leurs parents. Histoire et français chez Diego et Françoise, sciences chez les parents d’Olga. Adolescente, Olga a demandé à expérimenter le collège, pour « le contact avec les autres ». Puis arrivée au lycée, elle décide de passer le bac avec le CNED. C’est le retour de l’école à la maison. Mais la philosophie l’oblige à y retourner : « c’était une matière trop difficile à suivre à la maison ».

Sa scolarité peu commune ne l’a pas empêché de se construire : « Je suis contente d’avoir pu vivre les deux, de les comparer. Mes parents m’ont toujours laissé le choix et j’ai toujours fais ce que j’avais envie ».

Elle ignore où et comment elle construira sa vie. Elle se dit heureuse de la manière dont elle a grandi, mais ne souhaite pas vivre comme ses parents l’ont choisi.

La vie à la Ferme du Collet lui a laissé des valeurs auxquelles elle ne renoncera jamais, comme la vie en collectivité. “Il y a des choses dont je ne peux me passer. Jamais je ne me verrais vivre seule. Je suis sûre que le collectif est le meilleur mode de vie qui soit et que dans les années à venir, nous serons tous obligés d’y revenir».

Joanne Massard