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La Cité Maison-Blanche se mobilise pour sécuriser la route de son école

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Les membres du Collectif des habitants de la cité Maison Blanche prennent la pose entre leur nouveau feu rouge et l'école. ©Julie Le Mest

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Après l’accident de trop, les habitants de la Cité Maison-Blanche ont bloqué trois jours, en septembre dernier, le boulevard qui fait face à l’école du quartier. La mobilisation citoyenne a permis d’obtenir des feux rouges, demandés depuis des années.

La cité Maison-Blanche. ©Julie Le Mest

La réputation de la cité Maison-Blanche, dans le 14e arrondissement de Marseille, la précède. Il s’agit d’une des copropriétés les plus dégradées de Marseille. Le visiteur n’est quand même pas préparé à la rencontre. Incongrue par sa hauteur dans un quartier de lotissements et locaux industriels plutôt bas, engoncée dans un îlot trop petit entre deux boulevards d’où déboulent des véhicules, la cité ressemble à une mauvaise blague d’urbaniste.

Au nord des immeubles, sur une placette en face de l’école Canet Ambrosini, Naïr Abdallah, 29 ans, fondateur du collectif des habitants de Maison-Blanche, et quelques autres membres attendent, emmitouflés dans leurs doudounes pour se protéger du mistral. Ils sont venus montrer leurs nouveaux feux rouges.

Depuis longtemps, la route est ici extrêmement dangereuse. « Aux sorties des écoles, il y a des parents, avec des enfants vraiment en bas âge qui traversent pour aller prendre le bus en face. Les véhicules ici passent au minimum à 70-80 km/h.», explique le fondateur du collectif.

CARTE : Se repérer autour de la Cité Maison-Blanche

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L’accident de trop

Le 18 septembre dernier, l’accident de trop a eu lieu. Une mère de famille et sa fillette ont été fauchées par un véhicule trop rapide. Les deux s’en sont sorties mais la mère est restée en partie paralysée.

En un quart d’heure, les habitants ont décidé de bloquer le boulevard Maison Blanche. Une action diffusée en direct par le militant sur son compte Facebook.

L’action fonctionne. Après trois jours de blocage, les habitants sont reçus par la préfecture, puis par la Métropole, compétente en matière de voirie. Et même par la mairie du 13e et 14e arrondissement, tenue par le Rassemblement National. Ils sont invités à exprimer leurs demandes de sécurisation. Ralentisseurs, feux de signalisation, déplacement de l’arrêt de bus : tout est validé. Des ralentisseurs temporaires sont installés dès la fin de la semaine.

Des feux rouges mis en route, deux mois et demi après

Le 27 novembre, les nouveaux feux rouges de l’école étaient encore éteints. ©Julie Le Mest

Le 27 novembre, deux mois après le blocage, les membres du collectif de Maison-Blanche ne crient pourtant pas victoire. C’est que les feux, installés la semaine précédente, sont toujours éteints. «Ça fait plus de 30 ans que nous nous battons pour avoir plus de sécurité, commente Delphine d’Onofrio, habitante du quartier. On n’a pas eu d’autre choix que de bloquer la route pour obtenir ces feux qui ne fonctionnent toujours pas.»  Avant le blocage, racontent les militants, les habitants de la cité ont envoyé des courriers pendant des années au sujet de la sécurité routière, sans réponse. D’où un peu d’impatience.

Autre sujet de désillusion, les habitants ont appris que les ralentisseurs temporaires, de type coussins lyonnais, ne seraient pas remplacés par des dos d’âne plus hauts et plus efficaces. La raison : ne pas gêner le passage des bus. Ben Abdou Abadou, membre du collectif, est amer. «J’ai regardé les quartiers sud, y’a des endroits où ils ont mis des vrais dos d’âne. Et pourtant y’a des bus qui passent.»

Et c’est vrai que malgré ces coussins lyonnais et les panneaux récents de limitation de la vitesse à 30 km/h, les véhicules continuent à rouler vite à proximité de l’école.

Vidéo tournée le 27/11/2018 (Julie Le Mest)

C’est finalement le 7 décembre que les feux sont mis en service. Contactée, la Métropole indique que l’ensemble des travaux de sécurisation est achevé. «Ils ont fait un gros travail, concède Naïr Abdallah.  Je pense qu’ils pouvaient surtout mieux faire au niveau des dos d’âne». Il craint que sans ralentisseurs élevés, le dispositif ne soit pas suffisamment dissuasif pour les voitures, les feux pouvant être grillés. «Il ne faut surtout pas oublier que c’est nos droits, d’être en sécurité, ajoute-t-il. On doit crier haut et fort nos droits à nous, mais tout citoyen mérite ça. On mérite au moins ça, quand on descend de chez soi, de se dire, « cette voiture, je ne risque pas de me la prendre, parce qu’elle ne roule qu’à 20 ou 30 km/h. »»

Au-delà de la route, le sentiment d’abandon

La sécurité routière n’est pas le seul dossier de longue durée à la cité Maison Blanche. Le collectif des habitants a été créé cet été, après un événement tragique. Le 30 juillet dernier, une fillette de 6 ans est décédée après une chute d’un balcon de la cité, au 12ème étage. Si ses circonstances exactes doivent encore être déterminées, le drame a mis en lumière deux problèmes dénoncés depuis longtemps par les habitants : la vétusté de la cité, et en particulier de ses balcons, et l’absence totale d’espaces de jeux pour enfants.

Dans la cité. De gauche à droite, Ben Abdou Abadou, Naïr Abdallah, un ami, Delphine d’Onofrio, Omar Assou, membres du collectif des habitants de Maison-Blanche. « Attend, il faut qu’on voie la fissure ! » s’est écrié Naïr en décalant Ben Abdou. ©Julie Le Mest

Cette situation n’est ni nouvelle, ni méconnue. La Cité Maison-Blanche fait partie des cinq copropriétés privées marseillaises placées en priorité nationale,ministre auprès de la ministre de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les Collectivités territoriales, chargé de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, en octobre dernier.

Une perspective qui ne convainc pas tout à fait les membres du collectif. «On a été classés dans les cinq quartiers prioritaires mais ils nous ont donné quand même un délai de dix ans», pose Delphine d’Onofrio. C’est la durée du plan de rénovation. «Dix ans, vous le savez très bien ce que ça peut être, il peut y avoir des drames d’ici là, s’inquiète la militante. Il faut pas attendre malheureusement qu’il se passe ce qu’il se passe à la rue d’Aubagne, que des immeubles s’effondrent, pour pouvoir agir.» 

De la Maison Blanche à Noailles, Kalliste et les autres quartiers

Forcément, l’effondrement du 63 et du 65 de la rue d’Aubagne, le 5 novembre dernier, a résonné à la cité Maison Blanche. Les membres du collectif sont allés aux différentes marches organisées par les habitants de Noailles. Mais il ne s’agit pas là d’un cas isolé. Interrogés, Naïr et Omar Assou citent une liste de collectifs amis : le Collectif du 5 novembre – Noailles en Colère, créé à la suite des effondrements, mais aussi le collectif de la cité Kalliste (15e), le CIQ du Plan d’Aou (15e), celui de leurs voisins du Canet, le Syndicat des Quartiers Populaires de Marseille et quelques autres. «Si on doit se mobiliser pour les autres quartiers, y’a pas de problème, on montera», explique Omar Assou, membre du collectif, même s’il a quitté le quartier depuis trois ans.

Le collectif des habitants de la Maison Blanche lui-même a reçu un coup de main lors de son blocage, en septembre. La France Insoumise lui a prêté main forte en la personne de Sébastien Delogu, habitant de la Viste (15e) et proche de Jean-Luc Mélenchon. (Lire aussi l’article de Mediapart et Marsactu sur la FI dans les quartiers nord) «Le collectif n’est pas France Insoumise, il y en a juste un qui milite», précise Naïr. Le parti avait été sollicité au début du blocage comme «protection, pour éviter les coups de matraque, les gazages». En arrière-plan, le mauvais souvenir d’un blocage sans autorisation, tenté par les jeunes du quartier en 2006, avec une association sportive. Ils venaient d’apprendre qu’il n’y aurait plus de fête de quartier. «On s’était fait tuer !, se souvient Naïr. Ça avait duré dix minutes. Des policiers étaient arrivés de partout, ils nous avaient lancé des grenades lacrymogènes. Pas du gaz, des grenades !»

Les premiers blocages des boulevards autour de la cité datent de 2002. Depuis, plusieurs se sont succédé avec comme revendications, au gré des années, la sécurité des routes, la rénovation des logements et les actions pour les jeunes.

Julie LE MEST

Auteur·trice

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