La ferme du Collet des Comtes : petit poumon vert pour jeunes urbains

La ville de Marseille compte trois fermes pédagogiques à destination des classes et des familles. Dans les quartiers résidentiels de l’est, la ferme du Collet des Comtes dispose d’un public sur-mesure de l’autre côté de la rue.

Les enclos vus de la route
Les enclos vus de la route.

Il faut aller au bout du T1, le seul tramway qui s’élance au-delà du centre-ville, pour atterrir au pied des quartiers Est marseillais, à quelques arrêts de bus de la ferme du Collet des Comtes. Le paysage serait typiquement périurbain si, entre les zones pavillonnaires et les HLM à hauteur humaine, il n’y avait pas ce relief, traversé par ces routes sinueuses, qui se croisent en petits ronds-points tout neufs.

Au niveau de la ferme, la vue sur la ville est singulière. En face des enclos des animaux, un lycée technologique. Au-delà de dix-huit heures, plus personne ne passe par ici. Rien n’aurait pu destiner Yves et Emma à s’installer ici sept ans plus tôt. Avant de gérer cette ferme pédagogique, ils s’occupaient d’une pépinière au Venezuela.

Le château du domaine, créé au XIXème siècle.
Les fermes pédagogiques, héritières du defferrisme

On compte trois fermes pédagogiques à Marseille, voulues au temps où Gaston Defferre dirigeait la ville (1953-1986). Elles sont considérées comme des « fermes d’animation », pour reprendre les termes de la commission interministérielle dédiée. Autrement dit, en comparaison aux fermes pédagogiques rurales, la production agricole n’est pas leur mission première.

Nazélie, 24 ans, est animatrice à la ferme. Diplômée en sciences politiques, elle détaille aisément le dispositif : « le terrain et le château appartiennent à la mairie, mais Yves et Emma bénéficient d’une délégation de service public. Cela leur octroie des droits et des devoirs : l’activité agricole et fermière, l’organisation d’événements, l’accueil gratuit de classes, la prise en charge de publics spéciaux, comme les handicapés, avec lesquels nous organisons des stages. »

Le soleil se couche. Il éclaire d’une lumière rasante les plantations du potager. Nazélie s’extasie : « c’est un véritable poumon au cœur de la ville ! »

Création des enfants.
Les feux de l’amour dans la basse-cour

En haut du versant de cultures, il y a des chevaux, des poules, des lapins, et tout ce que la ferme peut recueillir : « on nous abandonne souvent des animaux devant la grille », confie Nazélie. Certains viennent aussi d’eux-mêmes, comme Milagro, un agneau trouvé par un voisin. « Il avait encore son cordon ombilical ! Jusqu’il y a peu, il dormait dans la chambre d’Emma. » Côté basse-cour, entre les canards et les cannes, les potins sont plus grivois : « entre eux, c’est les feux de l’amour ! » assure Nazélie.

Le roi des coqs
Gaston, mascotte des lieux.

Une fois le soleil disparu, les petites familles se dirigent vers le coin de vente de légumes. Tout est bio, produit ici, ou dans d’autres petites structures. En conséquence, les légumes de saison avoisinent 4 euros le kilo, permettant au couple gérant d’atteindre un chiffre d’affaires de 30.000 euros annuels. Une jeune mère de famille range ses emplettes dans un sac en toile volontairement kitsch imprimé « Morue forever ». Une autre s’étonne de ne pas trouver de courgettes : « ce n’est plus la saison ! » lui explique Yves, pédagogue.

« De nouvelles familles quittent la ville pour venir ici. »

Pour certains, il faut tout apprendre : « notre clientèle est plus jeune qu’avant, analyse Emma. De nouvelles familles quittent la ville pour venir ici ». Avec l’arrivée du tram il y a dix ans, le quartier peut se vanter d’être le seul de la ville à concilier nature et accessibilité. Avec la promesse d’un coin de nature sur mesure, « la population s’est embourgeoisée », constate le couple, malgré « une certaine mixité sociale ».

Yves a créé la ferme il y a sept ans.

Au terminus du tram dans le 12ème arrondissement, Les Caillols, ancien village, accueille depuis les années 50 des logements sociaux et une population majoritairement locataire (55%), avec une zone commerciale à proximité. Autour, les zones pavillonnaires historiquement aisées de Saint-Julien et Saint-Barnabé, affichent un revenu moyen parmi les plus aisés de la ville.

Mais par les temps qui courent, ces différentes couches sociales convergent, chacune à leur rythme, vers le vert. Résultat : « contrairement à nos débuts, nous n’avons plus besoin d’expliquer ce qu’est le bio. Aujourd’hui, les gens savent. C’est devenu à la mode. »

Clara Martot