Les « foulards rouges » : un mouvement crédible ?

Plus de 20 000 opposants aux gilets jaunes se sont unis depuis dix jours autour du mouvement « foulards rouges ». Un mouvement contestataire né sur les réseaux, avec des revendications claires, et une crédibilité à construire.

Capture d’écran de la bannière Facebook du groupe des Foulards rouges.

« Je suis foulard rouge. » Sur la bannière du groupe Facebook du mouvement, l’accessoire porté traditionnellement par les motards ou les participants d’une feria est le symbole, depuis le 26 novembre, des « anti-gilets jaunes ». Formé par le Vauclusien John-Christophe Werner, le mouvement dénombre mardi 5 décembre près de 24 000 membres. Cette contestation dans la contestation s’est formée en réponse à la violence des gilets jaunes et réfute « toute forme de violence verbale ou physique ».

Naissance du mouvement

Une question pourrait tarauder les Français. Pourquoi les foulards rouges sont-ils nés dans le Vaucluse ? « Le groupe a été créé initialement suite à un sentiment de ras-le-bol de certains des habitants du département face aux blocages qu’ils enduraient depuis plusieurs jours », explique Loïc, informaticien et modérateur de l’autre groupe, FoulardsRougesO sur Twitter, suivi par 466 abonnés.

Le péage nord d’Avignon, les routes de Carpentras mais aussi celles d’Orange et de Pertuis ont subi entre autres des perturbations depuis le 17 novembre, qui sont survenues également dans de nombreuses villes de l’Hexagone. Parmi les membres, on trouve des gilets jaunes déçus par le mouvement ou encore des commerçants impactés par les blocages, représentant toutes les régions.

Des revendications face aux difficultés quotidiennes

Concrètement, les individus portant ces foulards sont pacifistes. Ils ont pour mots d’ordre « le rétablissement de l’ordre public » et des « libertés individuelles ». « Nous revendiquons aujourd’hui le respect de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ainsi que la loi française et européenne », souligne le modérateur sur Twitter. L’article cité assure notamment « le droit de circuler librement ».

Extrait du dernier communiqué des Foulards rouges.

Leur objectif est de faire cesser les blocages des gilets jaunes qui se répètent depuis plusieurs jours aux péages et autres ronds-points. « Par conséquent, on veut que la prise d’otage de la France et son économie cessent », affirme Loïc. Ce collectif opposant à la « vague jaune » demande aussi aux aux gilets jaunes d’entamer un échange dans un « cadre démocratique et non-violent » avec le gouvernement.

Un échange attendu alors que la plupart des « foulards rouges » témoignent de situations difficiles. Solène*, pâtissière, et son mari livreur, militants dans la Somme, racontent :

Ces blocages ont un effet désastreux sur notre activité. Nous avons dû doubler nos temps de trajet. Mon mari va devoir arrêter son entreprise.

Johann, professeur à Ham (80) et un autre membre du groupe. Il affirme : « mes amis commerçants vont subir une baisse de chiffre d’affaires de l’ordre de 30% à 40% ».

Une activité en flèche sur les réseaux …

Sur le groupe Facebook, une vingtaine de modérateurs approuvent les publications des internautes « sans haine, ni harcèlement », de sorte « que tout le monde se sente en sécurité », tout comme sur Twitter. Les mentions « j’aime », les « likes », les commentaires s’accumulent sur les messages relayant les fake news diffusées par les gilets jaunes, les sondages des médias, ou encore des photos des débordements des casseurs dans plusieurs villes françaises.

Capture d’écran d’une publication sur la page Facebook des Foulards rouges.

« Les réseaux sociaux, c’est un outil nous permettant de communiquer et de porter notre message », indique Loïc, le modérateur du groupe sur Twitter. Et Mary, active sur le groupe Facebook dédié aux foulards rouges des Hauts-de-France, de renchérir : « Facebook est un merveilleux outil d’échanges et de diffusion. Il nous permet avec facilité d’exprimer ce ras le bol des actions des gilets jaunes. Finalement c’est le lien qu’il manquait pour que des gens comme nous puissions nous réunir et échanger. »

Un lien qui a permis, par exemple, de réunir près de 24 000 opposants aux gilets jaunes, de publier une pétition sur change.org qui a pour titre « Défendons la République et exigeons le retour de l’état de Droit » qui compte pour l’heure 10 457 signatures, au-delà des 10 000 attendues. Enfin, une cagnotte en ligne pour aider les agents d’entretien de la Ville de Paris a également vu le jour et cinq contributeurs ont donné ensemble 90 euros.

… qui émerge sur le terrain et dans les médias

Mais cette activité n’est que peu relayée par les médias traditionnels. Quelques articles de presse et sur le web ont fait mention des « foulards rouges ». « Les reportages arrivent petit à petit en fait », observe Laurent, un autre « foulard rouge ». BFMTV y a consacré un sujet le week-end dernier. France 2 en a fait de même au journal de 13 heures ce mardi 5 décembre. « Nous sommes très jeunes et pacifiques et n’avons pas d’images chocs à diffuser. Mais qu’importe, notre message porte sur la longueur », justifie Johann.

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Sur le terrain, les actions commencent à pulluler doucement. Une section qui réunit 20 foulards rouges a été créée à Nîmes, voisin du Vaucluse. À Carpentras, une première rencontre s’est tenue entre représentants des gilets jaunes et des foulards rouges, dans le calme. Un rassemblement est proposé dans la ville de Saint-Omer (62) sur le sous-groupe Facebook des Foulards rouges des Hauts-de-France, qui a été créé aujourd’hui, et compte pour l’heure 10 membres. Ces « foulards rouges » s’organisent de manière identique aux gilets jaunes, mais reste très opposés dans la pratique.

« Nous ne cherchons pas à attiser la violence que nous avons tous plus ou moins ressentie. Nous souhaitons surtout être structurés avant de porter l’ensemble de notre mouvement sur le terrain. Pour ma part, je pense qu’il faut être en nombre afin de ne pas se retrouver en « danger » face à un groupe de gilets jaunes bien moins modérés qui ne sont pas pour le dialogue », estime Mary des Hauts-de-France.

Une crédibilité qui doit encore être développée pour se faire entendre et participer au débat public et politique.

Thomas VERBRUGGHE-DELCHAMBRE

*Le prénom a été modifié