[LES P’TITES MAINS DU FESTIVAL] « Partager. C’est le sens de ma présence ici »

Derrière l’une des tireuses de bière chères aux festivaliers, Yasmina Ayouaz s’active et ignore la fatigue.
Yasmina Ayouaz sera tous les soirs à la buvette de la Fiesta des Suds. © Sophie Maréchal

La mousse du verre de bière tangue dangereusement au bout du bras de Yasmina Ayouaz, bénévole à la buvette de la Fiesta des Suds. Quelques gouttes aspergent la main tendue du festivalier, au-dessus du bar. Un regard, et leurs visages s’illuminent dans la nuit du J4. « T’inquiète ! », lance le jeune homme, déjà absorbé par la musique.

Donner. Cela fait longtemps maintenant que Yasmina Ayouaz, graphiste marseillaise de 28 ans, répète ce geste. Sa main, elle l’a déjà tendue à la Bière Provence Connexion en 2016, au Massilia Musical Tour, à Babel Med en 2017… « Je fais du bénévolat depuis 2015. Je finis par retrouver du monde de festival en festival. Personnellement, j’ai un projet associatif. Alors, être dans le milieu de l’événementiel, ça me permet de voir comment on peut s’organiser : coller des affiches, distribuer des flyers, contacter les artistes… », explique-t-elle derrière la tireuse.

Donner. C’est un engagement quotidien pour la jeune femme. « J’ai monté un blog et une association pour mettre en relation des artistes et des porteurs de projets. J’aime beaucoup ma ville, mais elle manque d’un réseau qui s’organise. Je voudrais pouvoir donner cette chance aux gens : rencontrer les personnes dont ils ont besoin… » Un client l’interrompt, brandissant des carrés de plastique blanc : « Ça y est Yasmina, j’ai mes jetons ! » Au loin, les premiers accords du Massilia Sound System ensorcèlent le bord de mer. La jeune femme, sous sa casquette rouge, clos un instant les yeux.

Donner. « C’est ce que les Massilia ont fait. Ils ont beaucoup apporté au monde culturel à Marseille. Je viens pour eux. Mais aussi pour les Hyphen Hyphen, que j’adore », sourit Yasmina en jonglant avec les gobelets. La musique berce la jeune femme depuis de longues années. Penchée au-dessus du comptoir qui s’accroche à son tablier, elle ajoute plus doucement : « J’écris pour moi. Je n’ai pas encore de contact pour enregistrer. Pourquoi pas en trouver ici. Mais ce n’est pas mon objectif principal. »

Donner. Les minutes qui filent. Sur le pied de guerre depuis l’aube, Yasmina ne compte pas ses heures. Demain, elle se lèvera encore à potron-minet pour mener sa double vie. « Vendredi matin, je remettrai mon costume de graphiste dès 6 h ! Et puis, le soir, j’enchaîne avec le festival. Et ça pendant trois jours. Tant pis pour la fatigue, c’est génial d’être ici ! », lance-t-elle dans un éclat de rire. À mesure que la soirée passe, les gestes de la jeune femme s’affirment. La boisson dorée remplie parfaitement les verres. « C’est la première fois que je m’occupe du bar dans un festival. Je voulais essayer. » Mission réussie. Les festivaliers repartent du comptoir bière à la main, souvenir en tête. Celui d’une jeune femme brune, pierre parmi d’autres de l’édifice culturel marseillais. « Partager. C’est le sens de ma présence ici », susurre Yasmina, se balançant d’un pied sur l’autre au rythme du vent.

Sophie Maréchal