À la rencontre de…

par Alexandra Lay

À la rencontre de…

À la rencontre de…

Alexandra Lay
Photos : Alexandra Lay sauf crédits contraires
Bertrand, Diego, Françoise et Marie. Quatre personnalités opposées, quatre parcours de vie différents. Mais une seule et même envie : vivre à l'abri de la fureur de la ville.
Bertrand
©Julianne Paul

Le regard est scrutateur et méfiant. La silhouette athlétique. Bertrand, âgé de 45 ans, est le fondateur de la ferme du Collet. Marié à Katia, il est père de deux enfants, Léon, 21 ans, et Olga, 19 ans.

Son projet d’écohameau illustre bien ce « ras-le bol » du mode de vie urbain qu’expérimentent tous un jour ou l’autre ces écovillagois (Lire notre article sur les volontés de départ).

Après avoir étudié pendant cinq ans la finance à Paris, il sature de cette façon de vivre. Sur-consommation, gaspillage, pollution, et surtout dépendance alimentaire et énergétique ; il ressent ce besoin intime de renouer avec la nature. Surtout, il garde le souvenir d’une enfance épanouie, où il passait des journées entières à jouer dehors, à la recherche de plantes comestibles et de matériaux insolites pour construire sa cabane.

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Un autre environnement pour élever son fils

Il se documente, s’entoure de livres et d’essais sur la botanique, l’agro-écologie, puis finit par trouver les réponses à son mal-être dans la Permaculture : « Cette philosophie de vie vise à prendre soin de la nature, des Hommes et à partager équitablement, explique-t-il ainsi. Elle conçoit des lieux de vie autosuffisants et respectueux de l’environnement et des êtres vivants. »

Quand Katia tombe enceinte, la décision est prise : ils veulent d’un autre environnement pour élever leur fils. Rapidement, le couple envisage de vivre en petit collectif à la ferme du Collet :

« Perchée à 800 mètres d’altitude dans les Alpes-Maritimes, la ferme m’a séduit. C’est un lieu sain, tranquille et serein. On y trouve beaucoup de terres cultivables et le soleil est assez important pour faire pousser mes récoltes et nous approvisionner en énergie. »

En effet, par souci d’autonomie énergétique, les 24 hectares de terrain sont entièrement dépendants de panneaux solaires.

Mais ce nageur de haut niveau ne se limite pas à cette seule autonomie. Sensibilisé à la question de la nutrition du sportif, il veut aussi s’assurer d’une indépendance alimentaire. Depuis 5 ans, il cultive et vend de la spiruline, une algue aux vertus réputées miraculeuses. Bourrée de minéraux et de vitamines, elle contribue à renforcer le système immunitaire et empêcherait la formation de certains cancers.

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Son régime alimentaire de prédilection : l’instinctocrudivorisme. Instincto fait référence à l’instinct : il sent, il fait marcher tous ses sens pour décider ce qui est bon pour lui. Crudivorisme est le fait de se nourrir exclusivement d’aliments crus.

Alors s’il ne devait donner qu’un conseil pour les personnes, qui, comme lui, ressentent ce mal-être : il faut savoir enfin écouter son corps et oser se mettre au vert.

Diego & Françoise
©Julianne Paul

Dormir dans des tipis, se déplacer à pieds et manger des plantes sauvages. Un mode de vie simple, le plus simple possible que n’ont eu de cesse de rechercher Diego et Françoise, aujourd’hui habitants de la ferme du Collet.

Si au premier abord, leurs visages sont fermés et la posture timide, ils esquissent de larges sourires quand on tente de les comprendre, sans les juger.

Directement inspirés par les façons de vivre des peuples indiens, ils se sont connus dans une communauté itinérante du Sud-Ouest.

Ensemble, ils ont parcouru des milliers de kilomètres à pieds partout en Europe. Agés de 53 et 61 ans, ils sont les parents d’Aorinco (qui signifie soleil en Finois) et Nadiejda (espérance, en russe). Françoise est d’origine parisienne. Après des études de langue russe, elle devient institutrice.

 
 

© Coup de pouces ! – Théo Gonin

 

« Mais j’étais déjà sûre d’une chose : je n’aimerai jamais la vie en ville. »

Diego, de son côté, est depuis tout petit attiré par la campagne. À 17 ans il arrête le lycée et quitte son domicile pour être bénévole dans un parc.

Pour élever au mieux leurs enfants, ils entreprennent alors de trouver un lieu à leur image, un lieu qui assemblerait ce besoin de nature, de vie en collectivité tout en préservant leur vie privée. À leur arrivée à la ferme du Collet, ils tombent amoureux du lieu : vallonné, ensoleillé, plein de recoins…

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Diego et Françoise se ressourcent. Ils ne le quitteraient pour rien au monde :

« Quand on plante un arbre, on aime bien en récolter les fruits. »

Au-delà, ils retrouvent ici la vie en collectivité qu’ils ont toujours voulue : « L’être humain est avant tout un être social. On a tous besoin au fond de soi de ces moments d’entraide, de vie commune », souligne Françoise.

Pour gagner leur vie, le couple s’est lancé pendant 15 ans dans la préparation de pain bio, qu’il vendait dans les AMAP alentours et au marché de Puget Theniers.

 
Désormais, ils ont décidé de se tourner vers un autre type d’activité : la fabrication d’épices, de mélanges d’herbes et de plantes médicinales. Avec en prime, des formations pour apprendre à utiliser les mauvaises herbes que l’on a dans son jardin.

La simplicité de la vie, le secret du bonheur ?

Marie
©Camille Rivieccio

Les Baléares, le Cap-Vert, le Brésil, la Casamance, l’Europe : à 60 ans, Marie est une nomade sans pareil.

Toujours le sourire aux lèvres, cette « Super-nany » comme on l’appelle ici, au Bois de Brindille, a passé sa vie sur un voilier, avec son mari Joël, à voguer de contrées en contrées et de rencontres en rencontres. Avec, pour seul revenu, la location d’une petite maison de vacances.

Derrière ses périples, c’est tout un choix de vie qui s’exprime. L’envie de vivre en s’adaptant sans cesse aux mentalités et aux us et coutumes étrangers. Elle le reconnait, la découverte de l’autre et de l’ailleurs lui permettent d’échapper à la solitude.

Sans enfants, mais issue d’une famille nombreuse, elle a toujours baigné dans cet univers de partage et d’ouverture aux autres.

« Je me souviens avec bonheur de nombreuses soirées passées avec des amis de mes parents, à me déguiser, à partager des repas et à rire aux éclats. »

C’est donc tout naturellement que dès que le couple pose un pied à terre, il privilégie à nouveau le collectif. Ils fonderont ainsi pendant quelques années une coopérative dédiée à la construction de bateaux avec une mise en commun des outils et matériaux de fabrication.

Néanmoins, il y a deux ans, ils décident de ralentir le rythme, en s’ancrant dans un lieu en accord avec leur mode de vie. C’est sur le terrain d’un ancien zoo, nommé Bois de Brindille (Voir notre article « A Bois de Brindille, le vivre-ensemble sort de terre ») qu’ils trouvent refuge.

Situé dans le Var, tout proche de la mer, cet éco-hameau devient pour Marie le point de départ d’une belle et nouvelle aventure humaine. Une aventure dans laquelle elle a recréé une famille, autour d’une symbolique forte : l’intergénérationnalité.

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Et Marie s’imagine déjà vieillir ici… Devenue pleinement actrice de la vie de ses rêves.

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