Éourres : écovillage par nature

par Anthony Detrier, Lauren Ricard, Camille Rivieccio, Nicolas Tarrade

Éourres : écovillage par nature

Éourres : écovillage par nature

Anthony Detrier, Lauren Ricard, Camille Rivieccio, Nicolas Tarrade
Photos, vidéos, sons : Damien Desbordes, Anthony Detrier, Lauren Ricard, Camille Rivieccio, Nicolas Tarrade

Dans le monde des communautés alternatives, Éourres est souvent cité comme modèle de référence.
Depuis 40 ans, le village expérimente des initiatives politiques, économiques, culturelles, sociales et écologiques pour façonner une autre société, fondée sur le partage et le respect de l’environnement.

Après 45 minutes d’une route de montagne sinueuse à vous en donner le tournis, nous arrivons enfin à Éourres.
Le charmant petit village en vieilles pierres est perché sur les hauteurs de la vallée de la Méouge, dans les Hautes-Alpes, loin des grands axes urbains et routiers.

Cet isolement a-t-il pour but d’éviter les visiteurs intempestifs?

Nous redoutons la réticence des habitants, mais sitôt descendus de voiture, c’est le soulagement. Nous sommes accueillis par le sourire chaleureux d’Yves Michel, Éourrien depuis 1984.

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Il nous invite à entrer chez lui. Et là, surprise! On s’attendait à un intérieur plutôt rustique, mais c’est dans une maison douillette, élégamment décorée et équipée de tout le confort moderne que nous pénétrons.
Agglutinés autour du poêle qui diffuse une chaleur réconfortante, nous examinons la vaste pièce tout autour de nous.

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Ici, pas de toilettes sèches ni de viande crue exposée à l’air libre.
La maison possède un lave-linge, un frigo, des sanitaires dignes de ce nom et une chaîne hifi dernier cri.

“Les habitants d’Éourres sont très modernes”, nous explique Yves. “Nous sommes des créatifs culturels. On ne refuse pas la technologie, mais on essaie d’innover pour l’adapter au respect de l’environnement. On ne rejette pas le système, mais on cherche à impulser de nouvelles dynamiques pour faire évoluer la société de manière plus équitable”.

Devant nos mines perplexes, Yves sourit: “Venez, je vais vous montrer”.

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Sur le toit de la maison sont installés cinq panneaux solaires. Ce sont eux qui alimentent la maison en électricité, permettant de chauffer l’eau et de faire fonctionner la plupart des appareils électriques, lorsque le temps est au beau fixe.

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L’énergie solaire chauffe la maison et l’alimente en eau chaude
 

Après ce petit intermède technique, nous passons à table.
Le repas fait la part belle aux légumes. Yves Michel est végétarien, comme la plupart des Éourriens. Toutefois, ce régime alimentaire ne constitue pas une règle imposée.

S’il existe bien une liste des valeurs qu’il est souhaitable de partager pour être sûr de bien s’intégrer, il n’y a pas à proprement parler de charte ni de règlement qui dicterait leur conduite aux habitants.

“Chacun est libre d’agir comme il l’entend du moment que c’est dans la légalité”, résume Yves. “Ce qui compte avant tout ici, c’est le partage, le vivre-ensemble”.

L’esprit Éourres, c’est laisser chacun libre de s’exprimer et de vivre son écologie comme bon lui semble. Le respect de l’environnement est certes un aspect primordial, mais pas au détriment du bien-être de chacun.


Pour Mathieu, ce système « à la carte » est le plus équitable
 

Vivre en communauté ne veut pas dire vivre tous de la même façon.

Cette pluralité de modes de vie est parfois source de tensions.
Une conséquence assumée par les habitants, qui considèrent les conflits comme inhérents à toutes relations de voisinage.

“Ce village n’est ni une communauté de hippies ni un monde parfait. A Éourres on râle, on se dispute avec le voisin, on se plaint du mauvais temps, on jure, certains protestent… mais on rit aussi, on chante, on raconte, on danse, on imagine, on réalise.”

Une recette qui marche. Depuis les années 1970, Éourres attire constamment de nouveaux habitants, curieux de ce village “expérimental”.
Et même si les Éourriens s’en défendent, leur commune jouit d’une certaine renommée dans le monde des communautés alternatives de par sa taille et son ancienneté, et sert régulièrement de modèle aux nouveaux écolieux.

Le repas terminé, il nous tarde de découvrir ce village des possibles.

Nous emboîtons le pas d’Yves Michel, curieux de voir comment fonctionne Éourres et de rencontrer ses habitants afin de comprendre ce qui fait son succès depuis 40 ans.

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Un idéal politique

Eourres fait partie des 36 000 communes telles que définies par la constitution. Alors comme les autres, elle doit se doter d’un maire, élu par scrutin plurinominal majoritaire puisqu’elle compte moins de 3500 habitants. Aujourd’hui c’est Caroline Yaffee, également tenancière d’un gîte et agricultrice.

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Yves Michel a endossé ce costume pour un mandat de 1995 à 2001. Il n’y avait alors qu’une seule liste proposée aux électeurs. Il a également exercé en tant que conseiller municipal. En tant que premier édile, il a notamment mis en place le système de phytoépuration, une première dans la région.

A l’image de ses administrés, la municipalité eourrienne est teintée d’écologie, sans pour autant porter l’étiquette Europe Ecologie les Verts. “Les scores du parti sont élevés dans notre commune parce que nous avons les mêmes centres d’intérêt, concède Yves. Mais nous nous sommes peu à peu éloignés d’EELV parce que nous sommes déçus par le comportement lamentable des élus des Verts.”  Et puis pour beaucoup d’habitants, l’aspiration tend vers une nouvelle république par le biais d’une nouvelle constitution.

Aller plus loin…

Les deux bassins de phytoépuration, mis en place par Yves Michel. Photo Lauren Ricard.
Les deux bassins de phytoépuration, mis en place par Yves Michel.

Yves rêve d’ailleurs d’un autre système. “J’aimerais une élection sans candidat. On évoquerait ensemble plusieurs sujets et au signal, on pointerait du doigt la personne que l’on juge plus compétente dans ce champ-là.” Un fonctionnement qui permettrait, selon lui, de faire ressortir des personnalités, pas forcément dominantes au premier abord, mais plus qualifiées. Dans sa vision, il n’y aurait pas forcément un maire, mais plusieurs porteurs de projet qui cesseraient leurs activités une fois leur initiative menée à bien.

L’ancien élu souhaiterait que ceux qui occupent des postes à responsabilité répondent de leurs agissements. “A la fin de l’année, les adjoints devraient faire un compte rendu pour savoir s’ils ont rempli leurs engagements, propose-t-il. Et si les habitants sont déçus, ils auraient la possibilité de révoquer le maire et tout le conseil.”

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La mairie se situe à l’unique carrefour du village. Photo Camille Rivieccio.

Désireux de réduire la distance entre les décideurs et la population, le village adopte une démocratie participative en 1986. “L’exécutif représentatif me fait penser au capitaine du Titanic : il n’écoute pas les signaux faibles et va droit dans le mur.”

En théorie, cela signifie que chaque habitant représente une voix. Mais cela sous-entend également, que chaque individu doit s’exprimer dans chaque débat. Un principe difficile à tenir dans une communauté de près de 130 habitants.

La "méthode", distribuée en commission. Photo Camille Rivieccio.
La « méthode », distribuée en commission. Photo Camille Rivieccio.

Au début, chaque rendez-vous suivait un ordre du jour, édicté par les demandes de chacun, elles-mêmes formulées à l’avance. Puis un “facilitateur de parole” nommé préalablement veillait non seulement à ce qu’aucun ne domine trop la conversation, mais également que tous s’expriment. Et pour s’assurer de n’avoir à gérer aucun débordement, des “règles d’expression” étaient distribuées. Le but : que chacun puisse donner son opinion dans le respect de l’autre. Le moyen : les accords toltèques et une liste de préceptes. 

« Abordons cette réunion avec bienveillance, en laissant de côté autant que possible tout jugement, en gardant la porte ouverte à tout changement. Apprécions les différences entre nous. » Extrait des la méthode pour une commission « Vivre ensemble »

Mais à l’automne 2014, les conflits tristement classiques n’épargnent pas la commune. Une lutte de pouvoir au sein du conseil municipal écorne le vivre-ensemble. Les réunions plénières n’attirent plus les bonnes volontés et sont remplacées par de petites réunions ponctuelles qui ne trouvent pas un écho suffisant chez les habitants.

Le système imaginé par les Eourriens exige un consensus pour chaque problématique. Alors forcément, cela demande des concessions et de la patience. “Le processus est bien plus long, mais au moins la décision est mieux assumée par tous. Evidemment il y aura toujours des pressés. A eux, je leur déconseille notre village.”

D’ailleurs, lorsque le calendrier l’exigeait, le conseil municipal prenait les décisions sans faire appel aux villageois. C’est notamment le cas des demandes de subventions auprès de la préfecture, qui nécessitent le strict respect d’une deadline.

Au fur et à mesure des réunions, de moins en moins de personnes se sont déplacées. “Au début, on jugeait à l’oeil si l’affluence était bonne. Si non, on reportait la séance.” Jusqu’au jour où, la salle se dépeuplant, les dernières forces ont fini par “faire avec”. “L’idée d’atteindre l’unanimité s’est peu à peu volatilisée”, se désespère Yves.

Dans la salle "Le lézard vert", quatre personnes organisent la fête de l'hiver. Photo Lauren Ricard.
Dans la salle « Le lézard vert », quatre personnes organisent la fête de l’hiver. Photo Lauren Ricard.

Tithouan s’est installé avec sa femme dans ce village perché il y a presque trois ans. Très actif dans l’animation culturelle de la commune, il participe en revanche très peu aux réunions. “Je n’interviens que quand je sens que j’ai quelque chose à apporter, justifie-t-il. Si je ne connais pas du tout le sujet, je préfère m’abstenir.”

Car si l’ancien maire souhaiterait que tous votent le budget annuel, il reconnaît que tous n’ont pas les compétences requises et qu’il y a bien un risque de prendre une mauvaise décision. Mais il l’assure, la culture de la discussion saura sans doute apporter des solutions à l’avenir.

Une vie économique dynamique et créative

Comment un village aussi reculé peut-il fournir du travail à près de 130 habitants?

La réponse est simple: à Éourres, on encourage la création d’activités sur place.

Dans cette vallée aux paysages à couper le souffle, le 1er atout est tout naturellement le tourisme, et pour être plus précis, l’écotourisme.

Trois établissemens se sont installés autour du village:

Les Damias, un gîte écologique et chambre d’hôte qui accueille également en été un camp de vacances pour adolescents très populaire.
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Bamboul’âne, un camping proposant des balades à dos d’âne.
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Et Chez la Bergère, une petite ferme tenue par Nathalie qui propose quelques places en hébergement, même si son activité première reste l’élevage de chèvres et de brebis.

Afin de faire vivre le village, et notamment d’assurer son ravitaillement en produits de première nécessité, plusieurs commerces ont vu le jour.

Éourres dispose ainsi d’une coopérative d’achat, de maraîchage et d’une boulangerie pour subvenir aux besoins alimentaires de ses habitants.

La maraîchère met à disposition de tous les habitants ses fruits et légumes dans une chambre froide, où chacun peut venir se servir librement.

Il suffit ensuite de peser ses victuailles, de noter son nom et le poids des denrées sur les fiches présentes à cet effet, et le tour est joué!

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A la fin du mois, la maraîchère envoie alors les factures aux Éourriens.

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Grain de Soleil, une épicerie biologique du réseau Biocoop permet aussi aux villageois de faire leurs emplettes. Malgré sa petite taille, le choix est assez vaste: fruits, légumes, laitages, céréales mais aussi produits d’hygiène et de quincaillerie, bougies, papeterie… ainsi, les habitants n’ont que rarement à faire le trajet jusqu’au supermarché de Laragne.

Enfin, certains créent des activités leur permettant de travailler à distance.

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Tithouan est artisan du cuir.

Cet ancien webmaster a voulu partager ce savoir-faire hérité de son père en créant un site de formation à la maroquinerie.

Il y fournit gratuitement des patrons et modèles de ses créations.

“Peu importe si avec mes patrons les gens produisent des articles pour les vendre ensuite. Au contraire, ça ne me pose aucun problème!”

Ce site lui a permis de créer une communauté de personnes passionnées et motivées. “Je n’ai que les gens réellement intéressés”, lance-t-il, enthousiaste. “C’est positif pour eux, et c’est positif pour moi”.

La demande pour ce type de formation en ligne, surtout via des tutoriels vidéos, est importante, et apporte “un réel regain d’intérêt pour ces métiers là, qui sont en train de se raréfier”.

Être un enfant à Éourres

Isolé à près de 1000 mètres d’altitude et à une quarantaine de minutes de la ville la plus proche – Sisteron – il est difficile pour Éourres d’attirer des familles. C’est pourtant la volonté première du petit écovillage qui souhaite faire venir de nouvelles générations pour pérenniser son avenir. Sans l’arrivée de jeunes néo-éourriens, tout le village s’effondrerait et l’école serait menacée de fermeture.

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La meilleure solution pour voir des familles emménager est d’instaurer un système scolaire stable. Dès 1980 et l’arrivée de quelques couples avec enfants, un enseignement commun est mis en place. Pour éviter les longs trajets jusqu’aux écoles les plus proches, mais aussi et surtout pour pouvoir garder un contrôle total sur les méthodes pédagogiques utilisées. Avec cette même idée, six ans plus tard, un contrat simple est signé avec l’Éducation Nationale.

L’École d’Éourres est affiliée à la Fédération Steiner, un modèle éducatif particulier qui considère chaque enfant comme une individualité unique avec son propre rythme d’apprentissage (voir article sur l’éducation dans les écovillages). Mais il y a aussi une volonté d’inculquer des valeurs telles que le respect de la nature et de la personne.

À LIRE : Les pédagogies alternatives.

Ce modèle Steiner étant controversé et incompatible avec les exigences de l’Éducation Nationale, l’école d’Éourres a dû proposer un modèle éducatif plus contrasté en utilisant d’autres outils pédagogiques. Elle décide alors de puiser dans la « Pédagogie Freinet ». Plus en phase avec les demandes de l’Éducation Nationale, elle met en avant l’expression libre des jeunes, la coopération entre élèves… Ainsi, une alternative est créée et répond aux attentes de l’État comme aux éourriens.

L’écovillage propose un Jardin d’enfants Waldorf (voir article sur l’éducation dans les écovillages) hors contrat pour les enfants de 2 à 6 ans créé en septembre 2003. Il accueille actuellement une dizaine d’enfants.

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Il y a aussi une classe unique pour le cycle primaire composé de seulement dix élèves. Un nombre très faible et même dangereux, car s’il y a moins de huit élèves dans cette école, elle risque fortement de fermer. D’où l’importance d’attirer de nouvelles têtes.

Activités en plein air, sorties naturalistes, découvertes culturelles et sociales… L’objectif est de « développer l’autonomie de l’enfant, la créativité, l’expression, la communication et la confiance en soi » selon le site internet de l’écovillage.

Si ce choix d’une éducation particulière est assumé, il pose néanmoins de nombreux problèmes. Comme celui de proposer un modèle éducatif se terminant à la fin du primaire.

« Mais le plus gros problème n’est pas le temps de trajet. C’est surtout que les enfants découvrent des méthodes pédagogiques qu’ils n’ont jamais connu » poursuit Yves Michel, éourrien depuis 1984 et ancien maire du village. « S’asseoir derrière un bureau à écouter un professeur parler toute la journée ça ne leur est jamais arrivé. Il y a un temps d’adaptation. »

Des difficultés à s’adapter au système mais aussi à s’intégrer. « Les jeunes des villages voisins ne sont pas toujours très tendres avec nos enfants » reprend l’ancien maire de l’écovillage. « C’est comme s’il y avait un fossé entre les jeunes d’ici et les autres alors que pas du tout. Ils ne demandent qu’à s’intégrer et à s’amuser avec les autres. Les débuts sont difficiles mais finalement chaque enfant trouve sa place petit à petit et c’est bien comme ça. »

Des écueils qui n’empiètent cependant pas sur les performances scolaires de cette jeune génération éourrienne. Leur taux de réussite au brevet des collèges puis au baccalauréat est supérieur à la moyenne nationale. Faut-il y voir la réussite d’un modèle alternatif ?

Être un enfant à Éourres n’est pas toujours simple. Au-delà de la scolarité particulière à laquelle il faut adhérer, l’isolement est quasiment total. S’ils sont environ une vingtaine de moins de 15 ans, ils ne connaissent bien souvent pas d’autres enfants. Un manque comblé par les activités communes organisées par l’écovillage avec les mêmes thématiques de l’éveil, de la spiritualité et de la découverte.

Mais l’isolement est aussi culturel. Si les projections cinématographiques, les expositions et les concerts existent à Éourres, ça n’est pas les attentes premières d’un enfant. À part une salle de yoga, il n’y a pas d’infrastructures sportives, pas de terrain de football, de gymnase … Difficile a priori de s’épanouir pour un enfant dans ces conditions, et pourtant …

Les enfants restent tout de même très ouverts d’esprits et sont curieux de tout. Lors de notre journée passée à Éourres, nous avons rencontré un petit garçon de 5 ans qui est venu nous poser des questions sur notre métier, sur ce qu’était un journaliste, sur les raisons de notre présence. Un moment sincère qui montre à la fois l’isolement de ces jeunes par rapport au reste de la société, mais aussi toute leur volonté d’apprendre et de s’intéresser à ce monde qui n’est pas le leur.

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Une communauté d'artistes

Si les enfants sont encouragés dès le plus jeune âge à développer leurs talents artistiques grâce à une pédagogie ludique, les adultes ne sont pas en reste!

Car Éourres, c’est aussi un village d’artistes, où la culture est au coeur du vivre-ensemble.
La liste des valeurs en fait même mention: “Les arts ont toujours joué un rôle important dans notre vie culturelle”.

Le village compte une vingtaine d’artistes, en majorité des musiciens, mais aussi des sculpteurs et écrivains.

Depuis 20 ans, l’association les Trois Sources organise au mois d’août une semaine de concerts mêlant musique classique et musiques du monde, en particulier les musiques traditionnelles des Balkans qui jouissent d’un engouement tout particulier.
Chaque année, la semaine musicale d’Éourres attire des centaines de touristes amateurs de musique venus des quatre coins de l’Europe.

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En dehors des artistes professionnels, de nombreux amateurs s’investissent dans le groupe ou la chorale du village, qui donnent régulièrement des représentations.

Yves Michel entame une médodie au Rav drum. Ici, la musique est toujours appréciée… à condition de ne pas casser les oreilles des voisins en jouant du djembé jusqu’à 3h du matin !

L’heure est arrivée de quitter ce petit coin de tranquillité. Sur la route sinueuse des Gorges du Méouge, la radio grésille. “Méfiez vous des sangliers en redescendant”, disait Yves Michel, rassurant. En s’éloignant d’Éourres, les souvenirs se bousculent.

Qu’elle est difficile la vie dans ces montagnes. Si beaucoup aimeraient y passer du temps, peu auraient l’étoffe d’y vivre. Le citadin habitué à la culture de masse se sentirait bien démuni face à cet isolement géographique et socioculturel. Éourres se situe loin des idéaux “mainstream”. Dans ce paradis perdu, la démocratie participative est de mise, l’économie est solidaire et le système éducatif est alternatif.

Bref, l’écovillage est loin d’un modèle traditionnel. Hors des normes, ce “village des possibles” a su créer son propre modèle. Tranquillité, vivre-ensemble, entraide, nature … des termes abstraits qui prennent tout leur sens à Éourres. Et si après tout leur bonheur c’était ça ? Une vie simple et joviale, partagée avec des personnes ayant la même philosophie. Mais tout n’est pas si simple.

Des ombres viennent noircir le tableau. La démocratie participative est en sommeil et l’école doit trouver de nouveaux élèves sous peine de fermeture. L’utopie éourrienne des années 80 n’a cessé de s’effriter mais l’écovillage s’est toujours relevé. “Ça renaît doucement de ses cendres actuellement sous différents projets communs tels que les jardins partagés. C’est la vie, il y a des cycles, ça va ça vient” analyse Yves Michel, confiant pour l’avenir de son village.

TOUR D’HORIZON :

Éourres perçu par ses habitants : bonne balade sur cette photo interactive !