La méditation de pleine conscience s’invite dans les écoles et les entreprises

par Auriane Duffaud

La méditation de pleine conscience s’invite dans les écoles et les entreprises

La méditation de pleine conscience s’invite dans les écoles et les entreprises

Auriane Duffaud
21 juin 2018

Comment vivre l’instant présent sans se laisser envahir par nos pensées parasites ? Anti-dépresseur naturel, la méditation de pleine conscience répond à un besoin de notre époque. En France, de plus en plus d’établissements scolaires et d’entreprises se lancent chaque jour dans l’aventure…

Reportage d'Auriane Duffaud (rédaction, montage) et Camille Astruc (images).

Il est 16h30, et les doigts cessent de pianoter sur les claviers d’ordinateurs. Comme un mardi sur deux à cette heure-ci, les collaborateurs du cabinet d’expertise comptable Delta-B d’Agdes ont rendez-vous en salle de réunion. À l’ordre du jour, pas de calculs ni de bilans comptables mais une séance de méditation de pleine conscience.

Cette pratique, Mindfulness en anglais, se développe à toute allure dans les entreprises. Aux États-Unis, des pionniers tels qu’Apple ou Google ont initié le mouvement en proposant des séances à leurs employés. Si la méditation de pleine conscience puise ses origines dans la tradition bouddhique, elle se répand aujourd’hui sous une forme complètement laïque. « Méditer, c’est rester présent, rien de plus », explique Jon Kabat-Zinn, fondateur de la Clinique de réduction du stress du centre hospitalier du Massachusetts. Focaliser son attention sur l’instant présent en se concentrant sur sa respiration, et apprendre à éviter automatismes et ruminations… Un exercice pas si facile quand on n’a pas l’habitude. Pourtant les effets bénéfiques de la méditation de pleine conscience, aussi divers que nombreux, gagnent à être connus.

Interview de Rollon Poinsot, psychologue, par Auriane Duffaud (rédaction, montage) et Camille Astruc (images).

Aujourd’hui, de plus en plus d’entreprises françaises se saisissent de cet outil pour réduire les risques de burn-out et optimiser la performance des salariés. D’autant qu’avec la mise en place du deuxième plan Santé au travail (2010-2014), les sociétés ont désormais une obligation de résultat en terme de diminution des risques psychosociaux pour leurs employés.

Maël Texier est formatrice bien-être en entreprise dans le sud-est de la France. Elle a monté sa société « Libre comme l’air », et propose aux entreprises un programme comprenant notamment une méditation et une relaxation guidée. Ces dernières années, elle a gagné la confiance de dirigeants d’entreprises telles qu’Airbus Helicopters, les Galeries Lafayette ou encore la Caisse des Dépôts. « Ce qui est intéressant, c’est que les salariés ont un outil pour apprendre à gérer le stress, et le diminuer sur du long terme, assure-t-elle. Et ça permet aussi de développer la créativité et le potentiel de chaque individu. »

Interview de Maël Texier, formatrice bien-être en entreprise, par Auriane Duffaud (rédaction, montage) et Camille Astruc (images).

S’il reconnaît que la méditation en entreprises améliore les performances des salariés, Rollon Poinsot, psychologue clinicien et psychothérapeute, alerte sur les risques de cette démarche. « Si ça devient un but, une finalité en soi, alors on perd l’essence de la pratique de la méditation, prévient-il. L’objectif étant justement de ne rien en attendre. » Pour lui, il est nécessaire de se détacher des attentes, notamment de performances ou de productivité, pour observer de véritables profits. « C’est là le paradoxe et potentiellement l’écueil, si ce développement est juste fait à des fins commerciales », ajoute-t-il.

Mais la méditation de pleine conscience ne s’arrête pas aux portes des entreprises, et franchit les grilles de l’école. Popularisée par le livre « Calme et attentif comme une grenouille » de la néerlandaise Eline Snel, la méthode séduit chaque jour des dizaines d’enseignants. « Chez les enfants, on observe une plus grande attention, un plus grand apaisement, de meilleures interactions entre eux, souligne Rollon Poinsot. Et puis, ce qui peut être apprécié chez les intervenants, éducateurs ou instituteurs, plus de calme au quotidien. »

L’Association pour la méditation dans l’enseignement (AME), qui diffuse des programmes de pleine conscience dans les établissements scolaires, a vu son action s’élargir considérablement ces deux dernières années.

Résultats d’une enquête qualitative menée par l’A.M.E

Dans le lycée professionnel Sainte-Elisabeth à Septèmes, près de Marseille, une enseignante a mis en place cette méthode il a deux ans. À chaque début de cours, Agnès Chiumino propose à ses élèves de cesser toute activité pendant cinq minutes afin de se concentrer sur le va-et-vient régulier de leur respiration. « L’idée c’est aussi d’avoir moins recours aux sanctions, en ayant des élèves qui sont présents dans l’instant, et pas avec leurs soucis. Parce qu’ils arrivent avec des sac-à-dos très chargés, explique-t-elle. Pendant le temps de la classe, le temps de l’instant qu’on partage, ils posent leurs affaires et leurs émotions sont un peu plus régulées. Du coup ils sont plus aptes pour les apprentissages, à recevoir la formation et à voir qu’ils sont capables de réussir. »

Interview des élèves du lycée Sainte-Elisabeth, par Auriane Duffaud (rédaction, montage) et Camille Astruc (images).

L’enseignante remarque également une évolution dans les modes d’interactions de ses élèves. « Entre eux, ils sont moins dans l’agressivité. C’est encore trop tôt pour parler d’empathie mais c’est vers ça qu’on va », sourit-elle. Au-delà de ses effets sur la concentration et la gestion du stress, la médiation de pleine conscience est un outil pour apprendre l’écoute, la bienveillance et l’attention à l’autre… Des qualités essentielles à la construction du monde de demain.

@AurianeDuffaud

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