Les secrets de fabrication du candidat idéal pour 2020

par Alice Burgat

Les secrets de fabrication du candidat idéal pour 2020

Les secrets de fabrication du candidat idéal pour 2020

Alice Burgat
10 décembre 2019

À l’ère du tout digital, d’une parole politique omniprésente et ultra lissée, et d’un mécontentement généralisé des citoyens à l’égard de l’autorité publique, le maire de 2020 doit redoubler d’ingéniosité pour convaincre un électorat toujours plus volatile. Direction le grand laboratoire de la communication politique.

Depuis plus de vingt ans, la communication politique est la matrice incontournable d’une campagne. Mais les figures telles que Jacques Séguéla ou Patrick Buisson nous paraissent déjà loin. La manière de communiquer a changé, et la communication s’est surtout élargie à toutes les élections, des présidentielles aux municipales.

Ces dernières suscitent un intérêt certain de la part des électeurs. Le maire est l’élu politique dont on se sent le plus proche, il incarne la proximité. Sans grande surprise, il est aujourd’hui la personnalité politique préférée des Français. Six Français sur dix déclarent avoir une bonne opinion de leur maire selon un sondage réalisé par Odoxa pour CGI, France Info, France Bleu et la Presse en région en octobre dernier.

Un lien de confiance donc, exprimé par le vote, et vécu comme une communion avec ses concitoyens par l’élu local. Le candidat à la mairie n’est souvent pas issu d’un système et « la première campagne est un moment fondateur dans la vie politique et personnelle de l’élu », constate Alain Faure, chercheur en science politique.

À trois mois du scrutin municipal, la campagne doit intégrer deux tendances très corrélées : l’usage du web adopté par quasiment toute la population, et la personnalisation du politique. À l’heure où l’on peut lancer un mouvement social national de grande ampleur sur Facebook, il devient envisageable de gagner une campagne politique sur les réseaux sociaux. Et sur ces derniers, la mise en scène de soi est la principale règle du jeu.

Nouvel acteur politique professionnel

« Le maire a tous les rôles à la fois : citoyen, conseiller, gestionnaire… Il n’est plus qu’un notable comme avant, il se doit d’être professionnel. Avant, on l’adorait, maintenant on le déteste facilement. Il peut encore être admiré mais il a été désacralisé » nous explique Alain Faure.

Dans ce nouvel environnement politique, le maire ne peut plus toujours se contenter de son charisme, de son aura. Il doit souvent s’offrir les services d’une agence de communication pour faire campagne efficacement.

Prenant en compte les usages croissants de la communication, les règles de la campagne électorale ont changé depuis les municipales de 2014. Six mois avant les élections, soit dès le 1er septembre 2019, il est interdit d’utiliser la publicité commerciale à des fins de propagande (journaux, démarchage téléphonique…). Interdit aussi pour l’équipe municipale en poste de faire son auto-promotion en utilisant les ressources de la mairie pour communiquer sur son bilan.

Mais il reste le monde infini des réseaux sociaux. Sébastien Marcin a créé l’agence de communication Ekifox à Marseille et conseille les candidats aux différentes mairies des Bouches-du-Rhône. « Quand les réseaux sociaux ont pris de l’importance, les politiques ont confié leur gestion à leurs assistants parlementaires, qui ont mis en avant les idées, les réalisations. Mais on s’est rendu compte que ce type de publication n’était pas engageante. Au fil du temps, les élus se sont tournés vers des professionnels de la communication. Ils ont remarqué qu’au-delà du travail politique, il y a un vrai travail d’image ».

To be or not to be : l’art de l’incarnation

Pour Alain Faure, le rapport entre citoyens et élus a basculé vers une « citoyenneté des nombrils ». Les Français se mobilisent par rapport à leurs propres intérêts, et non plus dans un cadre syndical, associatif, professionnel… « Dans ce contexte, les élus racontent eux aussi leur histoire personnelle ».

Cette tendance à l’égo politique se traduit, en termes de communication, par un discours construit en partant de la personne, ayant recours au registre émotionnel. L’usage du « je », auparavant marginal, a été popularisé par des figures politiques ultra médiatisées telles que Donald Trump.  Les professionnels de la communication en ont constaté l’efficacité. La mise en scène de soi et de ses émotions est la nouvelle doxa lors de la période pré-électorale.

Les médias y jouent un rôle aussi, en plaçant la parole de quelques individus isolés comme vérité absolue. C’est le cas dans les débats politiques à la télévision. Par exemple, les chaînes choisissent des citoyens venus de toute part et non plus des journalistes pour questionner les politiques. Ces personnes n’ont donc pas forcément les armes pour remettre en question les affirmations des personnalités politiques.

Le maire de 2020, dès lors, sera à la fois moderne et ancien, réactivant la tradition de l’homme providentiel à la française.