On critique, on critique

par Julianne Paul, Océane Blanchard, Alicia Arpaïa,Manon Labat, Léa Soula, Bérengère Margaritelli

On critique, on critique

On critique, on critique

Julianne Paul, Océane Blanchard, Alicia Arpaïa,Manon Labat, Léa Soula, Bérengère Margaritelli
25 novembre 2016
Musiques, films, séries : voici nos critiques du moment
“Westworld”, la série d’anticipation qui va vous rendre accro

Imaginez un monde dans lequel, moyennant 40 000 dollars, vous pourriez vivre, le temps d’une journée, dans l’Amérique des grandes plaines et de la conquête de l’ouest. Enfiler un costume de cow-boy, savourer un whisky au comptoir d’un saloon austère et jouer avec la crosse d’un Colt Paterson en toute tranquillité. C’est ce que propose le parc d’attraction Westworld, sorte de Disneyland 3.0 piloté par un concepteur-showrunner à l’ambition démesurée (Anthony Hopkins, remarquable). Ici, pour vous accueillir, pas de Mickey grandeur nature mais une communauté d’humanoïdes ultra perfectionnés, les « hosts » (hôtes), programmés pour vivre et penser comme au XIXe siècle. À Westworld, tout est permis. Meurtres, viols, torture ; toute personne est libre de libérer ses pulsions les plus sordides. À la fin de la journée, les intelligences artificielles sont rebootées  (comprenez « reprogrammées ») et reprennent le cours de leur « vie » ; plaies pansées, supplices oubliés.

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C’est dans ce contexte glaçant que prend place la nouvelle pépite d’HBO (The Wire, Rome), le network le plus ambitieux du petit écran US. Créée par Jonathan Nolan, frère et scénariste de Christopher Nolan (Interstellar, Inception) et libre adaptation du film éponyme sorti en 1973, Westworld est une fresque vertigineuse qui dépoussière efficacement un thème cher à la science-fiction ; celui des limites éthiques conférées par l’humanisation des machines. Car à l’issue d’une mise à jour défaillante, les androïdes vont commencer à avoir des flashs-back de leur calvaire. Et remettre en question leurs rapports avec leurs concepteurs… et leurs bourreaux. Une révélation qui pose efficacement une réflexion sur la toute-puissance créatrice d’un homme-dieu qui finit toujours par être dépassé par sa technologie. La réalisation, un poil classique mais très élégante, plonge le spectateur dans une atmosphère froide et dérangeante à souhait, habitée par un casting des plus remarquables (Evan Rachel Wood, bluffante).

Série d’anticipation au coût astronomique (l’une des plus chères de l’histoire de la télé), Westworld s’impose dans le paysage sériel comme l’un des shows les plus percutants de ces dernières années. Et il se murmure, en coulisses, qu’elle pourrait bien détrôner Game of Thrones dans le coeur des aficionados d’HBO.

Julianne Paul

22, a million, voyage au centre de la psyché
Bon Iver. Photograph: Cameron Wittig/Crystal Quinn

Bon Iver est de retour avec l’album 22, a million, le troisième du groupe américain. De retour, mais la folk indie qu’on connaissait a changé : avec dix chansons au noms étranges et en langage codé ( 22 (OVER S**N), 715-Cr&&KS, etc), Bon Iver livre un album profond, utilisant des collages sonores et des modifications vocales. Une voix déstructurée très sombre, échos des démons de Justin Vernon, chanteur et compositeur du groupe.

Justin Vernon, on s’en souvient, avait annoncé la fin du groupe en 2012, suite au succès de l’album Bon Iver, Bon Iver. Première manifestation de la fragilité du musicien, le mal-être dû au succès médiatique les avait poussés au silence. Pourtant, huit ans après le succès mondial de Skinny Love, la voix haute et torturée de Vernon revient, plus révélatrice que jamais. Ces derniers mois, le chanteur a connu une phase dépressive très intense, et selon le communiqué paru sur leur site, a vécu des périodes de “retranchement “, une “tempête intérieure”, qui est allée jusqu’à des épisodes de mutisme complet.

Mutique, mais pas bâillonné : les démons intérieurs de l’artiste sont racontés à chaque chanson de 22, a million. “Must’ve been forces, they took me on them wild courses”, première phrase de 00000 million, sonne en clé de voûte de l’album : on est aussi emporté que lui dans la “course sauvage” de ces forces obscures, ballotté au sein d’un torrent musical aux angles aigus, qui dessine le mal-être.

Electro folk, l’histoire d’un voyage mental

Les dix chansons de l’album emportent, brutalement. On passe de la douceur des cordes de guitares de 29#Strattford APTS à l’accumulation saccadée des phrases sonores et du vocodeur de 10dEAThbREAsT et 21 MooN WATER, qui trouvent un écho avec Woods de l’EP Blood Blank (2009), où l’asymétrie sonore était déjà annoncée. Un album construit en vagues, du paroxysme électronique déstructuré aux sons doux et aériens (avec la chanson 8 (circle)) par exemple), qui entraînent, dans un ascenseur émotionnel constant.

Justin Vernon traduit à la fois la fracture psychique, et la force des émotions humaines, au son d’une voix toujours plus multiple. Cette expérience musicale évoque presque un délire psychotique, une expérience hallucinatoire, toujours guidée par la voix et les notes de Bon Iver. Jusque dans les images :  les clips des chansons sont l’autre pendant de cette musique réinventée. Dans 00000 million, les images satellites de la Terre se juxtaposent à celles de flammes, apposées sur un visage, qu’on devine en filigrane. Dans ____45_____, au ton plus jazzy, les plans des musiciens sont déformés, jusqu’à donner l’impression d’un kaléidoscope. La tonalité de cet album nous emmène “where the days have no numbers” (00000 million) : un voyage, non pas au centre de la Terre, mais dans le cosmos. Parfois presque métaphysique, comme avec les chansons 33 “GOD” ou 666 t, où l’artiste se dit “still standing in the need of a prayer”.

Bon Iver traduit sa propre psyché, en musique, en créant un genre futuriste. 22, a million, c’est finalement un voyage au cœur du chancellement identitaire, dans une ambiance quasi dystopique. On ressort de ces 34:11 minutes de mélodies comme on descend d’un avion, en équilibre sur la ligne d’horizon.

Océane Blanchard

Doctor Strange : Marvel échoue à se renouveler
© Walt Disney Studio

Suite à un accident de la route, le Docteur Stephen Strange, neurochirurgien de génie, perd l’usage de ses mains. Il part alors à la rencontre d’une société secrète dont les pratiques pourraient l’aider à se reconstruire. Découvrant les sciences occultes et des pouvoirs magiques insoupçonnés, le Docteur Strange va devoir apprendre à mettre son égo de côté pour sauver le monde d’une terrible menace.

Dans la famille des Super-Héros, je demande le magicien. Après Captain America:Civil War et avant le retour de Spider Man, Marvel mise sur un héros plus méconnu du grand public pour le 14e film de sa franchise : Doctor Strange. Pour raconter la genèse de ce nouvel Avengers, le studio tente de sortir des sentiers battus avec un film psychédélique aux accents mystiques. L’intention est louable, mais l’objectif n’est qu’à demi-atteint, la faute à un scénario beaucoup trop complexe pour un spectateur non initié au Marvel Cinematic Universe. Société secrète, méchants sorciers, mondes parallèles attaquant notre dimension… Il y a beaucoup à encaisser. Les séquences explicatives s’enchaînent avec les scènes d’action sans temps mort, ce qui en empêche la digestion. Au milieu du film, on se surprend donc facilement à décrocher. Le second degré et le kitsch assumé du long-métrage ne sauvent pas le scénario.

Mais si vous acceptez de désactiver votre cerveau pendant 2h, il est probable que vous succombiez au charme du docteur. Car Doctor Strange est une pure folie visuelle. Même si le réalisateur Scott Derrickson (L’Exorcisme d’Emily Rose, Sinister) n’invente rien – l’ombre d’Inception plane dès la scène d’ouverture – les effets spéciaux sont impressionnants et nous plongent dans une dimension kaléidoscopique délirante, accentuée par une 3D réussie. A côté de cette avalanche d’effets visuels, on notera la grande qualité des maquillages, peu de retouches par ordinateur qui permet d’ancrer un peu cette histoire folle dans la réalité.

Côté casting, les studios Marvel ont encore frappé très fort en recrutant la crème des acteurs indé du moment. Cette distribution quatre étoiles reste sous-exploitée. Benedict “Sherlock” Cumberbatch se balade dans le rôle de ce super-héros cynique, Tilda Swinton s’amuse (encore) à jouer le personnage bizarre et ambigu de la bande, Rachel McAdams fait le job en amoureuse bienveillante… La seule véritable déception vient du génial Mads Mikkelsen. Méchant idéal sur le papier, il semble s’ennuyer ferme dans ce rôle de sbire bossant sous les ordres d’une entité extraterrestre.

Rien de bien nouveau donc dans l’univers Marvel. Le film fait encore office d’amuse-bouche avant une énième réunion des Avengers, avec une accumulation de liens et de teasers pour la suite des aventures de Captain America et consort.  Immanquable pour les fans du Marvel Cinematic Universe peut-être, mais anecdotique par rapport à d’autres blockbusters de la franchise. Doctor Strange n’offre au final rien de plus que du grand spectacle, assouvissant la faim du mangeur de pop corn lambda mais vite oublié dès la sortie de la salle.

Alicia Arpaïa

Nouvelle saison de Black Mirror : la série à son apogée

Netflix partage six nouveaux épisodes de sa série phare. La nouvelle saison de Black Mirror reste fidèle à sa trame centrale : une critique de l’omniprésence du numérique dans notre société.

A l’image d’un disque dur qui s’efface, tout redémarre à neuf. La particularité de la saison 3 de Black Mirror reste la même : les épisodes ne sont pas liés entre eux. Le scénario, l’univers et les personnages se renouvellent à chaque fois. La série cible toujours la même chose : les conséquences hypothétiques d’une évolution du numérique dans notre société. D’une critique d’Instagram, au pouvoir des hackers, mais aussi des jeux de réalité virtuelle à l’omnipotent Cloud ou encore d’une mise en place d’un eugénisme dû à l’évolution des technologies, cette saison 3 touche à tout. A chaque fois, le spectateur se retrouve face à une histoire qu’il suit à l’aveugle pendant une vingtaine de minutes, sans immédiatement comprendre le système de fonctionnement de l’univers dans lequel il vient de s’immiscer.

C’est parfois dans un monde, qui semble malheureusement proche, où les militaires doivent traquer des « Déchets », individus mi- humains mi- monstres. Un casque permet aux soldats de modifier la perception des traqueurs, et de tuer ces paras de la société sans avoir la sensation de commettre un crime moral.

Ou c’est tantôt dans un univers (qui peut surprendre un adepte de Black Mirror), qui laisse entrevoir un aspect positif de l’évolution de la technologie en y ajoutant quelques notes de poésie. La possibilité de s’échapper dans un monde virtuel et de voyager dans le passé, grâce à une évolution du Cloud, permet aux internautes de ressentir des sensations que leur vie actuelle ne leur permet plus de percevoir.

Un topic souvent prémonitoire

Certains épisodes sont parfois surprenants. Tout d’abord parce que nous avons la sensation que glisser doucement vers une dégénérescence de notre société à cause des réseaux sociaux et des outils numériques n’est pas qu’une fiction. Puis parce que certains faits d’actualité ressemblent à des épisodes de Black Mirror déjà parus. Comme cette épisode où le spectateur se retrouve face à une société où chacun peut noter ses interactions avec autrui. De une à cinq étoiles, chacun est immédiatement « fiché », une moyenne s’affiche à côté de chaque visage grâce à un système de lentilles avancé. La nécessité de gravir les échelons d’une échelle sociale devient vitale pour l’ensemble de la population, celle-ci permettant d’avoir des réductions forfaitaires à l’obtention d’une note élevée ou, dans le cas inverse, interdisant de franchir les portes d’un bureau si cette moyenne est trop basse.  Une application qui rappelle étrangement la nouvelle mesure prise en Chine, où le gouvernement souhaite noter sa population en fonction de son comportement. Une prédilection qui surprend une seconde fois les fans de la série, après le fameux scandale du Premier Ministre britannique qui se serait livré à rite sexuel avec un cochon alors qu’il était étudiant, faisant écho à un ancien épisode de Black Mirror.

Une saison trois réussie. Toujours très bien ciblé, mettant dans un premier temps l’aspect positif d’une évolution du numérique, Black Mirror nous laisse voir l’autre côté du miroir. Ceci associé à un jeu d’acteur, un décor et une mise en scène toujours dans le bon ton. Chaque épisode laisse le spectateur associer les conséquences perçues sur son écran à sa vie réelle. Une mise en abyme qui laisse d’autant plus perplexe.

Manon Labat

Ken Loach renoue avec la voix des oubliés

“Moi, Daniel Blake”. Les mots reviennent plusieurs fois tout au long du film, comme une tentative désespérée de se réapproprier son identité. Celle d’un homme d’une cinquantaine d’années, au chômage après un accident cardiaque, et mis au ban de la société capitaliste britannique. Un combat kafkaïen commence, contre une administration froide, déshumanisée, parfaitement symbolisée par une voix sans timbre au téléphone et des bureaux gris peuplés de fonctionnaires sinistres. Au milieu, Daniel Blake. Il tente pendant des mois d’obtenir une indemnité chômage, refusée par le Pôle Emploi car une voix au téléphone lui a dit, un jour, qu’il n’était pas suffisamment malade pour y avoir droit. Deux bras, deux jambes, il n’en faut pas plus pour ces “professionnels de santé” pour estimer qu’il est en mesure de travailler. Sans ressources, Daniel doit essayer de toucher l’allocation chômage en cherchant un travail – qu’il n’aura pas le droit d’exercer dans tous les cas.

Ne vous y trompez pas : l’histoire du citoyen Daniel Blake est banale. Elle arrive tous les jours. Et ça, Ken Loach le démontre parfaitement. Après ses derniers films en point d’interrogation, le réalisateur renoue avec ce qu’il sait faire de mieux : donner la parole à ceux qui n’existent pas, ceux qu’il appelle encore “la classe ouvrière”. A 80 ans, il n’a rien perdu de son talent pour diriger les acteurs. Moi, Daniel Blake, se pose presque comme un film documentaire par sa mise en scène réaliste. Les acteurs qu’ils dirigent, non-professionnels, sont bouleversants de sincérité – et de normalité. Ken Loach a eu l’intelligence de laisser les protagonistes s’emparer des scènes et réécrire les scripts. Le résultat est là : un chef-d’oeuvre tout en pudeur, sans pathos, jamais. Une chute lente mais sans plaintes, un homme confronté à l’inhumanité froide du système, et qui n’arrivera jamais à s’y résoudre. Militant mais pas prosélyte, observateur sans être voyeur, Ken Loach se contente de poser sa caméra et de filmer ce qui se déroule sous ses yeux. Un homme confronté à une administration informatisée et hors de son contrôle, une femme qui ne trouve plus de quoi nourrir ses enfants. Le rire est présent, comme dans la vraie vie. Pas les larmes, comme dans la vraie vie aussi, quand la misère a tout corrompu. Une énième façon de revenir au sujet du film. A ces questions de vie ou de mort, à ces vies régies par l’humiliation, les privations, et surtout par l’exclusion.

Ken Loach obtient avec cette tragédie ordinaire sa deuxième Palme d’Or, dix ans après Le Vent se lève. Une Palme politique mais pas artistique. C’est le retour d’un réalisateur qui, comme les oubliés à qui ils redonnent la parole, se confrontera toujours au mal de notre société.

Léa Soula

Une Marion Cotillard fiévreuse au mal de pierres saisissant

“Mal de pierres”, en salles depuis le 19 octobre, chamboule et oppresse. Avec une intrigue abrupte, pétrie de tourments, Nicole Garcia convoque un casting irréprochable, Marion Cotillard en tête.

Exalté, théâtral. Mal de Pierres, c’est le retour en force de Nicole Garcia, trois ans après Un beau dimanche, qui avait peiné à séduire, et auquel on pouvait reprocher sa retenue. De la retenue, ici, il n’y en a pas. La réalisatrice signe un drame éprouvant, adaptation du roman à succès de Milena Agus paru en 2006.

Au milieu des lavandes, dans la Provence des années 50, issue d’une famille aisée à la tête d’une exploitation agricole, Gabrielle a mal. Gabrielle dérange. Frustrée de ne pas pouvoir vivre le grand amour auquel elle croit tant, coincée dans un carcan invisible, la jeune femme est sujette à des crises d’érotomanie et de mal-être. Parfois, au milieu de rien, elle se tord de douleur. Se met à gémir. “De la comédie”, commente sèchement sa mère. Elle croit Gabrielle folle, et s’en débarrasse en la cédant à José, un de ses ouvriers, celui-là même qui regarde sa fille avec un peu plus d’intensité que les autres. José est un travailleur. José offrira à Gabrielle ce dont elle a besoin. Pourtant, elle ne veut pas de lui.  Elle finit par accepter le mariage, mais elle le prévient : ils ne coucheront pas ensemble.

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Pour la guérir de son “mal de pierres” qui la dévaste, José implore celle qu’il aime de se rendre en cure dans un sanatorium. Elle y rencontre André Sauvage, blessé pendant la guerre d’Indochine. A ses côtés, elle découvre la passion, et reprend goût à la vie. Forcée de rentrer chez elle au terme de ces dix semaines d’une relation fiévreuse, Gabrielle finit par se découvrir enceinte. Pendant des mois, ses lettres enflammées à André restent sans réponse… Elle n’apprendra la vérité sur ce silence que des années plus tard, dans un twist final dérangeant, douloureux.

Un casting solide qui prend le pas sur les longueurs

La tension, c’est certainement le fil rouge de ce film oppressant. On retient presque sa respiration tout au long de la séance, dans l’appréhension constante du prochain assaut d’une Gabrielle complètement versatile, dramatique, sans demi-mesure. Servie par un casting solide, Nicole Garcia a su s’entourer d’acteurs convaincants campant des émotions aux antipodes, qui viennent s’entrechoquer, s’entremêler et se sublimer. Marion Cotillard, poignante et vraie dans De rouille et d’os, livre à nouveau une prestation remarquable, incarnant avec justesse le malaise, la langueur, poussés à leur paroxysme – mais émaillés d’intenses moments de volupté tout aussi déstabilisants.  Alex Brendemühl (dans le rôle de José), peu connu du grand public, sans voler la vedette à Cotillard, est la révélation de ce film. Il y apparaît touchant, d’une extrême pudeur. Pilier aimant et dévoué qui tient bon face à la – alternativement – tempétueuse ou mélancolique Gabrielle. Un dévouement qui prend tout son sens lors du dénouement, et en fait le personnage fort de ce drame.

Ce drame, c’est aussi un film plein d’aspérités, de petits défauts énervants. On peut lui reprocher des longueurs, une certaine redondance. Heureusement, la tension ne retombe pas, et la lenteur de certaines scènes parvient à se voir combler par des paysages magnifiques (on pense notamment aux montagnes suisses qui envahissent l’écran, envoûtantes). On regrette par ailleurs le manque de nuance, l’exagération permanente qui se traduit majoritairement par des personnages un brin “clichés”  – une caricature sans laquelle ce long-métrage aurait été trop lisse, sans aucun doute. Ce qu’il n’est résolument pas. On en ressort vidé, embarrassé en quelque sorte. Comme imprégné de ses tourments.

Bérengère Margaritelli