Pour une place en haut de la rampe

Pour une place en haut de la rampe

Pour une place en haut de la rampe

Le skate, de la rue et des bowls au stade olympique.

En 2020 à Tokyo, le skateboard fera ses grands débuts dans le monde de l’olympisme. Il reste deux ans à la Fédération française pour transformer son vivier de jeunes talents en une équipe taillée pour l’aventure et l’esprit des Jeux. Rencontre avec les acteurs d’une discipline libre et un Team France qui se surprend à rêver de médailles olympiques.

3 août 2016, Rio de Janeiro. Deux jours avant le début de l’olympiade brésilienne, le CIO dévoile les cinq nouveaux sports retenus pour les prochains Jeux d’été, à Tokyo en 2020. Aux côtés du karaté, du surf, de l’escalade et du baseball/softball, le skateboard déboule dans l’arène olympique. “Un choix parfait pour les Jeux imaginés pour Tokyo 2020, centrés sur la jeunesse et l’enthousiasme”, se réjouit la Commission olympique de Skateboard.

Crédit photo : Antoine Ajavon

Une entrée fracassante, mais pas surprenante. L’arrivée du skateboard au programme olympique était dans les tuyaux du CIO. Le sport était aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2014, comme un galop d’essai avant la décision officielle. Florent Balesta, conseiller technique responsable du versant skateboard à la Fédération française de Roller et Skateboard, confirme. “Il y avait des bruits de couloir depuis un petit moment. On s’en doutait, mais on n’était pas prêt.” Avant d’ajouter, dans un rire un peu nerveux : “Je ne suis toujours pas prêt.”

Le jeu avant les Jeux

A deux ans de l’échéance, les skateurs français ne font pas des JO leur priorité. Ils préfèrent le skate pratiqué dans la rue, entre amis et sans contrainte.

Pendant que Florent Balesta joue contre la montre, les JO qui approchent ne provoquent ni pression, ni affolement du côté des skateurs. À quelques pas de la plage, cheveux longs sous son bonnet Red Bull, Vincent Matheron (20 ans) use planches et chaussures sur les courbes du bowl de Marseille. Ici, dans son jardin d’enfant, ses sessions skate entre amis l’ont forgé, l’ont mené au niveau international… Jusqu’à taper dans l’œil du Team France.

Vincent n’est pas seul dans cet état d’esprit. Les jeunes talents français du skate préfèrent pratiquer leur sport comme ils le désirent, sans contrainte de calendrier. Aurélien Giraud et Robin Bolian, avec qui Vincent forme un trio inséparable depuis l’enfance, ne courent pas non plus après le rêve olympique. Les compétitions, ils en font, mais dans un esprit familial pas de gagne à tout prix, même lorsque alignés les uns contre les autres. “En compétition, on arrive en équipe, en force, explique Vincent. Robin fait du bowl, comme moi, on est souvent en compétition mais il n’y a pas de rivalité. On le connaissait peu étant petits mais en grandissant, on est tous devenus potes. Je préfère faire tomber un américain que mon pote français !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Aurélien et Vincent font partie du Team France, ces talents français identifiés par Florent Balesta, ceux qu’il souhaite emmener à Tokyo. Les 8 huit élus sont prévenus : on compte sur eux dans deux ans. “Ceux qu’on a appelés étaient super motivés, à l’unanimité”, assure le conseiller technique fédéral. Mais il reconnaît des difficultés pour leur faire prendre conscience que les JO demandent une certaine préparation physique et mentale.

TEAM FRANCE

Si les skateurs français ont du mal à se projeter sur les Jeux, c’est aussi en raison de l’ADN “jeune et fun” du skateboard, selon Florent Balesta. Témoin de cette communauté de sportifs qui revendique son côté cool, le réseau social privilégié des skateurs : Instagram. “Certains vivent vraiment pour ça (…) s’ils perdent un follower, ils pleurent”, rigole Vincent Matheron. Lui a plus de recul, peut-être parce qu’il n’aime pas partager sa vie privée. Il ne peut néanmoins pas se passer totalement d’Instagram. Pour ses sponsors, d’abord : “On est mieux payé si beaucoup de personnes nous suivent.” Pour ses fans, ensuite. Un public souvent jeune,  quotidiennement sur les réseaux sociaux et friand de courtes vidéos. Vincent le sait. Ses publications sont soignées, colorées, spontanées, dans le ton de son sport. Urbain et libre, le skateboard ne semble pas des plus compatibles avec la vieille et honorable institution olympique.

Pour les puristes du skate libre, impossible d’imaginer un bowl entre une piste d’athlétisme et un bassin de natation. Plus de 7000 d’entre eux ont déjà signé une pétition contre l’entrée du skate aux JO, publiée en 2015. Soit un an avant l’annonce officielle.

Le skateboard n’est pas un sport. Nous ne voulons pas qu’il soit exploité et transformé pour rentrer dans le moule du programme olympique (…) cela changerait le visage du skateboard, son individualité, ses libertés, pour toujours” – Extrait de la pétition

S’il n’a pas signé la pétition, considérant qu’elle ne changera pas la décision des instances olympiques, Sébastien Carayol n’en pense pas moins. Journaliste amoureux du skate, il écrit, réalise des documentaires et monte des expositions sur sa passion. Pour cette encyclopédie vivante de la discipline, c’est clair : skate ne rime pas avec Jeux Olympiques. “Ça va tuer le peu de créativité qu’il restait. Le skate va devenir comme le surf, avec un circuit de mecs qui ne font que des compétitions, puis d’autres qui vivotent avec des sponsors, sans jamais en faire.“

Plusieurs signataires de la pétition contre le skate aux JO expriment leur désaccord / Crédit : Camille Huppenoire
Figures imposées

Catégories, qualifications, épreuves… le skateboard aux JO se dévoile petit à petit. Trop lentement, parfois, pour la Fédération française.

Pour sa grande première aux JO, le skate sera divisé en 2 spécialités : le street et le park (ou bowl). Au total, 80 athlètes seront en compétition, a annoncé la Fédération Internationale de Skateboard : 40 hommes et 40 femmes. Les épreuves étant non-mixtes, il y aura donc 4 épreuves comptant chacune 20 participants.

Le bowl, “bol” en anglais, tire son nom des piscines vides à fond rond où le skate était pratiqué à l’origine. Aujourd’hui, les bowls offrent une plus grande variété de formes. À Tokyo, le dôme qui accueillera les épreuves présentera des “courbes complexes”, prévient l’organisation. Avec un format similaire au Vans Park Series, compétition de bowl n°1, où les meilleurs s’affrontent lors d’une finale après plusieurs étapes à travers le monde.

Vincent Matheron présente ses trois « tricks » favoris

Le street, c’est le skate de rue, celui qui s’adapte aux obstacles de l’environnement urbain. En compétition, les skateparks reproduisent ces reliefs. Escaliers, courbes et bordures, rampes et dénivelés… Le park tokyoïte ne devrait pas déroger pas à la règle. Comme pour le bowl, il y aura des tours de qualification avant une grande finale, sur le modèle de la Street League, compétition internationale la plus prisée.

Aurélien Giraud, spécialiste street

Programmes libres, temps imparti : les critères de jugement des épreuves ne font pratiquement aucun doute. “Utilisation de la surface, difficulté technique, vitesse, amplitude, endurance, prise de risque, créativité… énumère Florent Balesta. Sur la Street League, il y a également un format ‘best tricks’. Les skateurs ont cinq essais pour réaliser une seule grosse figure qui claque.”

Projection : voilà à quoi ressemblera le tout premier stade olympique de skateboard / L’Equipe, 2018

Difficile cependant d’imaginer une épreuve olympique se jouer sur un seul “trick”. Des rounds de plusieurs figures devraient être privilégiés.

Mais qui seront les heureux qualifiés ? La sélection sera-t-elle internationale ou continentale ? Les fédérations sont en attente de clarifications. “On veut savoir où aller” déclare Florent Balesta, pour qui il est difficile d’envisager les JO sans connaître les modalités de qualification. “Il n’y aura peut-être aucun Français aux Jeux, prévient-il. Beaucoup d’Américains, de Brésiliens et de Japonais arrivent sur le devant de la scène. Mais je me dis que s’il y a des quotas par continent, on peut avoir de la place.

Comment faire des JO l’objectif N°1 ?

Quand on parle des JO à Vincent, son regard perçant devient fuyant. Il n’arrive pas à considérer l’événement comme l’objectif ultime. Dans son cœur, le Vans Park Series et surtout les X Games tiennent une place bien plus importante. 

Matheron, Bolian et Giraud trustent le podium des championnats de France de bowl (Lyon) / @vincent_matheron, 2018

Ça restera toujours les X Games, confirme-t-il. C’est la plus grosse compétition, la plus mythique. Quand tu la gagnes, tu es certainement le meilleur du monde.” Avant les X Games et les JO, il faut enchaîner les compétitions pour se maintenir à flot. Aux championnats de France catégorie Bowl, à Lyon en mars dernier, le Team France rafle le podium : 1ère place pour Vincent, devant ses amis d’enfance Robin Bolian et Aurélien Giraud.

Dans la famille Matheron, la glisse est une institution. Sébastien, l’oncle de Vincent, est passionné de skate. Patrick, le père, est un ancien surfeur. “Chez nous c’est une philosophie, une certaine façon de s’épanouir.’’ Nathan, le petit dernier, a participé aux derniers championnats de France de skate à Lyon, dans la catégorie Bowl espoirs.

Aux côtés de son frère, Nathan Matheron, 11 ans, incarne déjà la relève du skate marseillais / Camille Huppenoire, 2018

Je ne les ai pas forcés non plus, poursuit Patrick Matheron. Je leur ai fait découvrir et après, ce sont eux qui en redemandaient.’’ S’il est conscient du potentiel de son fils aîné, il sait aussi que le skateboard n’est pas une fin en soi. C’est pourquoi il conseille à Vincent de ne pas s’en contenter. “Il ne faut pas rester bloqué sur le skate, il faut faire autre chose pour s’épanouir et avoir une vision différente. Vincent a connu d’importantes blessures à deux reprises, et il s’est rendu compte qu’il fallait avoir autre chose à côté.”

En revanche, cela ne l’empêche pas de nourrir les plus grands espoirs. Que son fils fasse partie des meilleurs skateurs au monde ? ”C’est une fierté, c’est sûr. Je ne m’attendais pas du tout à ça quand il a commencé. Il s’est avéré qu’il adorait ça, il a persévéré et voilà le résultat. C’est quand même une consécration. Aller aux Jeux Olympiques et revenir avec un titre serait tout un symbole.”

Certains ne bouderaient pas une aventure olympique. “Ce serait un honneur ne serait-ce que d’y participer, rêve Shani Bru. Je suis consciente du niveau mondial mais j’espère me qualifier : réaliser une performance réussie dans un moment décisif, en ayant une pression élevée.”

Shani Bru / @shanibru, 2018

Ses ambitions ? Progresser, remporter des tournois, être la meilleure Française… Pour être prête à l’épreuve des JO. “C’est un événement qui rassemble autour des valeurs importantes du sport, de la solidarité. Être entourée de sportifs ayant sacrifié beaucoup pour en arriver là, je trouve ça inspirant. »

Devenir athlète olympique

La fibre olympique ne naît pas en un jour. Préparation physique individuelle, désir de victoire, esprit d’équipe : la Fédération doit construire le Team France de A à Z.

La Fédération française de Roller Sports est devenue Fédération française de Roller et Skateboard début 2018. “Un premier pas, salué Florent Balesta, qui permet d’avoir un pied dans l’univers olympique.” L’entrée aux JO simplifie les démarches pour la petite commission skateboard, aux 250.000 € de budget et dont Florent Balesta est le seul salarié. Plus facile d’être reconnu, plus aisé d’obtenir des budgets, lorsqu’on est labellisé “sport olympique”. Reste à éclaircir l’horizon au niveau des skateurs susceptibles de porter un Team France en haut de l’Olympe.

Le Team Skateboard France est né quelques mois après l’annonce de l’entrée du skate aux JO. Les membres du groupe ont été soigneusement sélectionnés : les skateurs et skateuses s’étant déjà frottés aux grandes compétitions ont été favorisés. Il fallait, dès les débuts, des jeunes motivés, sinon par une médaille d’or olympique, au moins par la gagne… Sans tomber dans la performance à tout prix. “Ils disent skater à la cool, mais ils sont quand même focus sur ce qu’ils ont à faire”, résume Florent Balesta.

L’une des difficultés principales de la préparation aux JO, c’est la construction d’un collectif. Compliqué de rassembler autour d’une cause commune, des athlètes vivant aux quatre coins de la France… Voire du monde lorsqu’ils partent pratiquer sur les spots de Californie ou d’Australie. Seuls les stages permettent de créer un esprit d’équipe entre les membres du Team France, qui ont plutôt l’habitude de se croiser en compétition. Le premier regroupement du genre a eu lieu en décembre 2016. Puis un stage aux Etats-Unis pour les garçons à en 2017, en Espagne pour les filles. Ca peut paraître tard pour créer une synergie, pourtant Florent Balesta le revendique : par rapport aux autres nations, le skateboard français est en avance sur sa préparation olympique.

Quelle idée de faire une réunion de 10h à 17h ! Pour moi c’est pas ça, une réunion de skate” – Vincent Matheron

Officiellement, les stages d’équipe ne sont pas obligatoires. Entre la Fédération et les skateurs, l’accord est tacite : chacun fournit l’effort pour atteindre les JO. Même si les contenus des stages ne réjouissent pas forcément tout le monde. “Avec Aurélien, l’année dernière, on prenait vraiment pas ça au sérieux, avoue Vincent dans un sourire taquin. On arrivait avec deux heures de retard aux réunions, avec tous les mecs de la Fédération Française. Ils étaient tous en costume, on se demandait où on avait débarqué. Quelle idée de faire une réunion de 10h à 17h ! Pour moi c’est pas ça, une réunion de skate.

Expliquer le système des impôts pour les sportifs de haut niveau, apprendre à parler face aux caméras en éliminant de son vocabulaire les mots trop familiers… Pas toujours évident pour ces jeunes, qui commencent doucement à prendre conscience des enjeux. Tout en refusant de tomber dans les discours trop cadrés. “Il faut montrer que le skate c’est pas que du sérieux !”, dit Vincent, se décrivant lui-même comme un des “clowns” de la bande. Florent Balesta leur laisse volontiers cette liberté “sinon, on va entrer en confrontation avec eux et ça ne sert à rien. Il ne faut pas les braquer mais insister sur les constats.

En déplacement à Tallinn (Estonie), Aurélien fête son anniversaire en compagnie de R. Bolian, V. Milou et V. Matheron / @vincent_matheron, 2018

Si les membres du Team France sont libres de s’entraîner comme ils le veulent, la Fédération garde un œil sur eux, dans la mesure de ses moyens. Appels Skype, suivi des compétitions, désignation pour certains de coachs personnels. Objectif : les pousser vers le haut, mais en douceur. “Sans leur casser le moral”, conclut Florent Balesta.

Shani Bru est l’une des rares à avoir accepté l’aide d’un coach personnel. Morgan Fabvre l’accompagne deux heures par semaine, sans agenda précis. Talentueuse, Shani est arrivée tard sur le skate et accuse du retard sur ses concurrentes du même âge. “J’essaye de lui apprendre de plus en plus de gestes pour augmenter son bagage de figures. Mon but c’est avant tout qu’elle s’épanouisse dans ce qu’elle fait.” Les JO, Shani en rêve, mais Morgan se montre plus pragmatique. Pour lui, le calendrier est trop court. “Les JO, c’est demain, lance-t-il. On n’est pas là pour façonner une machine.” Il préfère oublier l’échéance et affûter le potentiel de Shani sans griller les étapes.

Morgan Fabvre, coach de Shani Bru / Justine Saint-Sevin, 2018

Comme dans tout sport, les blessures viennent parfois polluer une préparation. Pour un genou bloqué par un épanchement de synovie et un coude cassé, Robin Bolian a traîné ses béquilles pendant plusieurs semaines. De loin, la Fédération veille et prend en charge ses séances de rééducation. Après des semaines de renforcement musculaire, il est remonté sur les planches. Pour éviter les mauvais coups et rivaliser avec les meilleurs, le physique doit se travailler, et pas seulement sur une planche.

Le niveau général monte et beaucoup de skateurs prennent des coachs sportifs, explique Vincent Matheron, qui a lui-même hésité avant de renoncer à une aide personnalisée. Dans les années 1980, sauter 3 marches ça pouvait suffire à gagner des titres. Aujourd’hui ce serait plutôt 25 marches et il faut que le corps puisse suivre. Je me suis blessé assez souvent à cause de ça.

V.Matheron s’est brisé la clavicule en 2017 /@vincent_matheron, 2018

Il en parle avec une fausse désinvolture mais ses blessures n’étaient pas bénignes. En 2015, rupture des ligaments croisés. Il met un an et demi à s’en remettre, garde une attelle pendant deux ans. A peine remis, il se brise la clavicule en 2017 (voir photo), puis le pouce. Son moral est en berne, le mental ne suit plus. Il manque plusieurs compétitions, dont le Red Bull Bowl Rippers, dans son jardin marseillais.

La solidité physique comme mentale ne s’improvise pas. Pour aider Vincent à reprendre confiance, Florent Balesta l’a poussé à rencontrer un préparateur. “Après ses blessures, il avait peur en phase aérienne de jeter la planche et de pédaler dans la courbe pour ne pas tomber. Il craignait que son genou se dérobe. Je lui ai dit, il faut que tu sois prêt physiquement, que tu aies les dents qui rayent le parquet! “. Vincent a besoin d’être bien dans son corps, “à 200%”, estime Florent Balesta, pour avoir le moral. Et la Fédération est prête à mettre les moyens, préparateurs physiques, mentaux, pour que son physique ne le lâche pas. “On lui a dit que si c’était sa priorité, on le prendrait en charge.”

Si la France a pris de l’avance sur la préparation olympique, elle ne dispose pas des mêmes moyens que les Etats-Unis, l’Australie ou le Brésil, où la culture skate est bien plus présente et les infrastructures plus développées. Les classements mondiaux illustrent ce retard. La France n’est que la 13e nation du skate. Aucun Français dans le Top 20, trusté par les Américains et les Brésiliens… Vincent Milou, premier Français, pointe au 22e rang. Au sein de la Fédération, Florent Balesta est l’unique salarié pour le versant skateboard. Avec le budget alloué et les moyens techniques, il ne peut superviser efficacement qu’un petit Team France, qu’il espère bien, malgré tout, faire rivaliser avec les plus grosses délégations internationales.

Si on veut booster une discipline, il faut que le sport fasse de ses meilleurs représentants des héros” – Enak Gavaggio

Enak Gavaggio était l’un des pionniers du skicross aux Jeux Olympiques d’hiver de Vancouver, en 2010. Lui qui était, trois ans avant sa participation olympique, “complètement contre les Jeux”, et sur le point de prendre sa retraite, a rejoint le Team France de skicross par défi personnel, après un grave accident. “Le boss de la FFS (Fédération française de ski) m’a ultra-motivé pour revenir et j’ai changé mon fusil d’épaule. Je trouvais le challenge extraordinaire.”  S’entraînant seul jusque-là, Enak a dû se résoudre à intégrer un groupe. “Au début, ça ne marchait pas, je ne m’entendais pas du tout avec le coach, se souvient ce fort caractère. J’ai donc dit à la FFS que je ne continuerais que si on changeait d’entraîneur.” Leader français et meilleure chance de médaille en skicross, il obtient gain de cause et se plie aux règles, tant qu’elles lui garantissent sa liberté. “Je suivais mon programme, adapté en fonction de ce que j’aimais.

Le sentiment d’appartenir à un collectif français est venu tard, pendant la cérémonie d’ouverture des JO. “Je n’ai jamais été patriote, je ne supportais pas de mettre la tenue de la FFS. Et puis, à Vancouver, j’ai fait le défilé et j’ai senti en moi une vague de fierté. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir porté les couleurs de la France au plus haut niveau.” Favori à la victoire finale, Enak Gavaggio tombe en demies et finit 5ème, pour “la plus belle et la pire journée sportive de (sa) vie.” En 2014, il revient, comme commentateur cette fois. Et voit avec bonheur trois Français sur le podium. “Hallucinant ! Je suis ultra-fan. Le skicross a gardé la fibre rock’n’roll…mais les athlètes ne sont pas assez mis en avant. Si on veut booster une discipline, il faut que le sport fasse de ses meilleurs représentants des héros !”

Vers Tokyo, le skate navigue à vue

A un peu plus de deux ans des Jeux Olympiques de Tokyo, le skateboard avance presque en aveugle. Côté français, la Fédération fournit d’importants efforts pour constituer son équipe et motiver ses jeunes riders. Côté international, en revanche, les informations nécessaires à la préparation tardent à tomber. Si les catégories sont connues depuis 2016, les formats des épreuves ne sont pas définitivement arrêtés. Surtout, les modes de qualification restent inconnus. « Nous sommes encore en attente d’un positionnement officiel de la part de la Fédération internationale », explique Florent Balesta, un brin impatient, en avril 2018. Difficile de se projeter lorsqu’on n’a pas toutes les cartes en main. Alors la Fédération française garde un œil sur les autres nations du skate. Elle se prépare à un affrontement de haute volée pour décrocher les précieux tickets pour les JO.

3 questions à…Florent Balesta

Les JO, c’est une occasion unique pour séduire les spectateurs, attirer de nouveaux pratiquants et pousser au développement des infrastructures nationales. Le skateboard est un sport marginal à l’échelle française. Il compte 2500 licenciés, soit une centaine de plus que…le char à voile. Beaucoup de skateurs pratiquent aujourd’hui sans licence. Rendre le skate visible aux JO pourrait les ramener dans le giron de la Fédération française, qui aurait alors l’occasion de débloquer de nouveaux financements. Une aubaine, particulièrement pour les skateuses, moins sur le devant de la scène que leurs homologues masculins. L’entrée du skateboard aux JO modifie son ADN et lui donne une nouvelle envergure. Du haut de la rampe, la Team France se prépare. Mentalement et physiquement, avant de se jeter dans l’aventure des JO. De la réussite de ces nouveaux sportifs tricolores dans l’arène olympique dépendra sûrement une partie de l’avenir du skate français.