Ma vie de Courgette, un film au cœur fondant

Des copains, de l’amour, un cerf volant. Ma vie de courgette raconte sept gamins dans un foyer : tous ont perdu leurs parents et sont abîmés par la vie. Le héros, Icare (aka courgette) atterri là, apeuré et “un peu triste à l’intérieur”. On suit son épopée, de la mort de sa mère à sa vie au foyer, et on découvre ses copains. Une mère alcoolique, une autre reconduite à la frontière, tous ces mômes rattrapés par le système social ont des histoires à tordre le cœur.

Et pourtant. Le film d’animation en volume de Claude Barras raisonne comme jamais, justement parce qu’il montre la tristesse en filigrane et l’amitié en gros plan.

Dans Ma vie de courgette, on plonge au cœur des cours de récré, des plans de sauvetage foireux et des serments d’enfants de 10 ans. Courgette, Simon, Camille, Ahmed, Jujube, Alice, Béatrice : ces figurines sont criantes de vérité, pour dire à la fois la violence et la douceur d’un monde d’enfants. Les mots sont simples, parfois durs, toujours vrais. “On est tous pareils. Y a plus personne pour nous aimer.”

“Ils ont tous un passé de cabossés et ensemble ils vont s’entraider et aller vers la lumière. Il y a beaucoup d’humour et de tendresse que j’ai essayé de retranscrire. C’est aussi important de parler de la réalité aux enfants et pas juste de les divertir”

Claude Barras

Un message fort, au milieu d’un décor minimaliste d’une beauté incroyable : après deux ans de tournage, plus d’une centaine de techniciens, Barras réussit le pari de faire de ce film d’animation en stop motion (chaque scène est filmée avec une seule image à laaffiche_ma-vie-de-courgette-300x397 fois) une prouesse technique avec du sens dans chaque détail : les canettes de bière, les yeux de Camille, les flocons de neige.

Le scénario de Céline Sciamma, tiré du livre Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris raconte l’enfance, et on l’a dans la peau. Le film rassemble et raconte avec la même clarté la tristesse et la joie, qu’on ait 7 ou 60 ans.

Une vox populi à hauteur d’enfant de 10 ans, celui qu’on a tous été, qui dit la force de l’amour et de l’insouciance, même quand la vie vous abîme. Le film raconte aussi timidement, comme pour ne pas éclipser les enfants, les “bons” adultes, ceux qui s’évertuent à construire pas à pas un futur à ces traumatisés d’1 mètre 20.

L’histoire est rythmée par une bande originale tout en douceur : Sophie Hunger pose avec mélancolie sa voix aérienne et ses notes de guitare sur les pérégrinations de Courgette. En musique finale, sa version du “Vent nous portera”, qui nous emmène en dehors de la salle et un peu plus loin… avec des envies de frites à la cantine et de cerf-volants.

Océane BLANCHARD – @Oceaneblanch