Macron, tout dans le costume !

« La meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler ». Cette phrase, Emmanuel Macron la prononce le 27 mai 2016 à Lunel. Ce jour là, il répond à un jeune homme de 21 ans venu l’interpeller pour protester contre la loi travail. Il donne l’impression de savoir mieux que quiconque, ce que sont les dures journées de labeur. Car s’il a réussi à se tailler le costume du candidat idéal, c’est parce qu’il a travaillé sans relâche. Mais sous le costard à 1200 euros, il y a quoi ? Emmanuel Macron a élaboré une stratégie depuis avril : tout miser sur l’image, quitte à reléguer son programme au second plan.

Le cliché du gendre idéal

La cravate droite et la chemise toujours impeccablement repassée, lui au moins, il n’a pas la manche qui dépasse ni de la buée sur les lunettes. Emmanuel Macron joue à merveille l’homme parfait que l’on a envie de présenter à sa mère. Il est jeune, il n’a pas de casier judiciaire et il est de bonne famille. Fils de médecins, il hérite de sa grand-mère l’engagement politique à gauche. Même si aujourd’hui, de gauche, il n’est plus vraiment.

Multifonction, il s’adaptera sans doute facilement aux conversations des dîners familiaux. Ni de droite, ni du centre, ni de gauche, il peut plaire à tous. Des socialistes lassés, aux juppéistes déçus, en passant par les centristes non représentés, Emmanuel Macron peut devenir ce grand amour, que l’on attend depuis toujours.

 

Nouveau né de la politique, il ne manque pas d’ambition. Quand il veut quelque chose il fait tout pour l’obtenir. En août 2014, il devient ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique alors qu’il n’a jamais été élu, ni même dirigé une entreprise. Aujourd’hui il est candidat à la plus haute fonction de l’Etat.

© Eline Erzilbengoa

Côté cœur, il s’est aussi battu, et n’a jamais perdu de vue son objectif : conquérir sa prof de théâtre mariée et mère de trois enfants. Depuis leur rencontre sur les planches du lycée La Providence à Amiens, il n’a d’yeux que pour Brigitte Trogneux. Si bien qu’avant de partir faire ses études à Paris, il lui promet de revenir et de l’épouser. Promesse qu’il a tenue.

La sensation médiatique

 

Inconnu du grand public jusqu’en 2014, Macron doit se démarquer au plus vite, et squatte ainsi les médias. Au total une trentaine de couvertures de journaux et de magazines sans compter celles de la presse people. Mais Emmanuel Macron se défend dans l’émission C à vous le 24 novembre sur France 5 : « Je ne suis pas propriétaire de ces titres de presse et je n’en décide pas les unes, si on s’intéresse à moi c’est parce que je dis quelque chose ».

© Eline Erzilbengoa

Qualifié au premier abord d’électron libre, Macron devient le nouveau phénomène médiatique. La presse s’en empare comme dans un feuilleton, jusqu’à créer le suspense autour de sa possible candidature à la présidentielle.

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Lorsque Emmanuel Macron rend visite aux pêcheurs d’anguilles de l’Etang d’or, il faut aussi prévoir les barques pour les journalistes.

(Photo capture documentaire France 3 “Macron la stratégie du météore’’)

Mais cette stratégie médiatique n’est pas novatrice. Elle a aussi fonctionné pour Jean Lecanuet en 1965. Le sénateur de Seine-Maritime a alors 45 ans, il est président du Mouvement républicain populaire, et quand il se présente à l’élection présidentielle face à François Mitterrand et Charles de Gaulle, 80% des Français ne savent pas qui il est. Pourtant, il va réussir le pari de remporter 15.78% des voix au premier tour. Les spécialistes attribuent ce succès à sa campagne de communication aux allures américaines. Il sait se mettre en scène et se dévoile aux journalistes. Ces interventions télévisuelles sont toujours remarquées. Plusieurs points communs avec Emmanuel Macron sont très troublants, à commencer par le slogan de Jean Lecanuet : « un homme neuf… Une France en marche. »

Jusqu’à la sortie de son livre, aucune trace précise de ce qu’il appelle son « plan de transformation ». Pourtant, Emmanuel Macron serait aujourd’hui accrédité de 14% des intentions de votes au premier tour à égalité avec Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls. Une stratégie misée sur l’image qui ne convainc pas l’économiste et conseiller d’Etat, Jacques Attali, le premier à avoir cru en lui.

Extrait du documentaire France 3 “Macron la stratégie du météore’’

Le 24 novembre dernier, Emmanuel Macron dévoile enfin « Révolution » à grand coups de « moi je ». Dans le chapitre « Ce que je suis » il raconte sa vie, comme si on ne l’avait pas assez lu ou vu dans la presse, puis nous livre sa vision de la France. Au final, rien de bien révolutionnaire. Un programme libéral posé sur un socle social. Mais Emmanuel Macron a, semble t-il, réussi son pari : créer un engouement qui pourrait bien perdurer jusqu’au 23 avril 2017.

 

Crédit photo de une : Patrick Kovarik / AFP

Eline Erzilbengoa