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Marseille Révoltée se mobilise contre le projet de loi “sécurité globale”

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Une militante de Marseille Révoltée ouvre la prise de parole au micro afin de dénoncer l'article 24 de la loi sécurité globale, présentée à l'Assemblée Nationale au même moment, le 17 novembre.

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Mardi 17 novembre 2020, les différentes fédérations militantes marseillaises se sont réunies sur la place Edmond-Audran, dans le 4ème. Leur but ? Dénoncer la loi “sécurité globale” portée par deux députés LREM, que Marseille Révoltée considère comme liberticide.

Caméras dans les rues : pas intrusif. Filmer la police : trop intrusif”. Les pancartes brandies devant l’Église des Chartreux portent toutes une inscription dénonçant le projet de loi “sécurité globale”, présenté au même moment à l’Assemblée par Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue (deux députés du groupe LREM). Ce texte s’inscrit dans la ligne du Schéma national du maintien de l’ordre promulgué le 16 septembre dernier par Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur. Ce dernier affirme que ce texte sert seulement à “protéger ceux qui nous protègent”.

Thérèse, activiste au sein de la Ligue des Droits de l’Homme, s’emporte dans son mégaphone : “Mais on doit les protéger de qui ? De quoi ? Quand on entend “sécurité globale”, toute personne normale s’imagine qu’il s’agit de protéger le peuple…”. La militante dénonce aussi le fait que ce projet de loi est porté par deux députés du parti présidentiel : “Lorsque c’est le gouvernement qui propose une loi [ndlr : “proposition de loi”] il y a une étude d’impact, une étude de faisabilité. Là, non. Cela signifie que c’est une procédure accélérée. D’une certaine manière, c’est encore plus anti-démocratique”. Une personne dans la foule réagit à ses propos : “ils veulent faire vite depuis les Gilets Jaunes”

La disposition du projet de loi de « sécurité globale » visant à limiter la diffusion d’images des forces de l’ordre sur le terrain a provoqué une levée de boucliers. Ici, une manifestante avec une fausse caméra où il est inscrit « floutage production ».

« On veut intimider les citoyens »

Car pour eux, la corrélation est claire : le mouvement des Gilets Jaunes a entraîné une défiance inédite envers les forces de l’ordre. Et avec elle, la dénonciation des violences policières. Le mégaphone de Thérèse continue de hurler : “Si les vidéos n’avaient pas pu être diffusées, on n’aurait jamais été au courant de l’affaire de Geneviève Legay, de Cédric Chouviat, d’Alexandre Benalla, du tabassage au Burger King à Paris !”. Les applaudissements et les sifflements accueillent cette énumération d’affaires devenues incontournables lorsqu’il s’agit de relater les abus policiers. 

Pour Pierre, militant au sein du groupe Extinction Rebellion, ce texte vise à “intimider les citoyens, les décourager de participer à des actions politiques sur la voie publique”. À ses côtés, le jeune militant Alexandre Georges opine du chef. Il ajoute : “On s’est rendu compte qu’on ne pouvait pas espérer vaincre ce système toxique seuls”. À voir la centaine de personnes rassemblées sur la place Edmond-Audran, ce n’est pas le mot solitude qui vient à l’esprit. Les militants commencent à former une masse conséquente, et la distanciation sociale est difficilement réalisable sur cette place étroite. “Covid ou pas Covid, il faut continuer de manifester pour nos droits !”, s’agace une étudiante qui porte une  caméra en carton, avec comme inscription “floutage production”. Cela est une allusion directe à l’article 24 de ce projet de loi controversé : la diffusion du visage d’un policier ou d’un gendarme deviendrait passible d’un an d’emprisonnement et 45 000€ d’amende. 

Théo Giacometti, à droite de la photo (masque noir), écoute attentivement son collègue de l’Union des Photographe Professionnel avant de prendre la parole.

« C’est aussi à vous de défendre nos droits »

Théo Giacometti, journaliste indépendant et membre de l’Union des Photographes Professionnels (UPP) prévient la foule : “Nous, les photographes de presse, sommes sur le terrain. On fait le maximum pour essayer de défendre vos droits, pour témoigner de ce qu’il se passe. Mais c’est aussi à vous de défendre nos droits. À vous de vous bouger pour qu’on ait le droit de faire notre travail !” Ce que Théo considère le plus grave, en tant que journaliste professionnel, c’est de ne plus pouvoir diffuser des images de presse avec des violences policières sur ses réseaux sociaux. Car ce seront les diffuseurs de ses photos-reportages qui deviendront responsables. L’enjeu de cette loi, à ses yeux, est bien de “sapper le contre-pouvoir journalistique”. 

Il passe le micro à une militante à la voix cassée, qui peine à se faire entendre de tous :  “La ligue des droits de l’homme, le défenseur des droits, le conseil des droits de l’homme de l’ONU et de nombreuses autres organisations de défense des droits humains se mettent d’accord pour dire : filmer les agissements des agents des forces de l’ordre dans leur action doit rester un droit. Il en va de la liberté de la presse, de la liberté d’informer, de la liberté de manifester. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est notre démocratie.

Après une heure de prises de parole des différents adhérents au collectif Marseille Révoltée, d’extraits du documentaire de David Dufresne “Un pays qui se tient sage”, et de vidéos dénonçant les violences policières, une militante prévient : “S’il vous plaît, pas de cortège ! On n’a seulement l’autorisation de rester ici !”. Dans le contexte de l’état d’urgence sanitaire, il est invraisemblable d’avoir pu réunir autant de personnes pour deux heures. Mais si l’on retourne deux ans en arrière, pour la première manifestation des Gilets Jaunes, cela aurait été invraisemblable d’imaginer une manifestation sans possibilité de marcher dans la ville. 

Auteur·trice

Bébé journaliste qui s'est d'ores et déjà formée à La Presse de La Manche, au Bonhomme Picard, et prochainement dans vos journaux marseillais (no spoil).


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