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Néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles » : Un accord est-il possible entre apiculteurs et betteraviers ? 

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La réintroduction des néonicotinoïdes avait été votée par l'Assemblée Nationale le 6 octobre 2020. Christophe SIMON / AFP

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AGRICULTURE – Le Sénat va débattre ce mardi de la réintroduction des néonicotinoïdes, insecticides accusés de décimer les abeilles. Interdits il y a un an, les députés ont validé une dérogation au début du mois pour la culture de betterave, mise à mal par les pucerons. Production agricole et défense de la biodiversité sont-elles réconciliables ?

  • Le 6 octobre dernier, les députés ont voté un projet de loi pour la réintroduction temporaires des néonicotinoïde jusqu’en 2023 (313 voix pour). Le texte sera débattu au Sénat ce mardi.
  • Les producteurs de betterave défendent ce pesticide, en l’absence d’alternative efficace pour préserver l’industrie sucrière.
  • Les défenseurs de l’environnement prônent plutôt des solutions biologiques pour préserver à la fois la production et les insectes pollinisateurs.

Les « tueurs d’abeilles » sont-ils les seuls à pouvoir sauver la culture de la betterave ? Face à la prolifération d’un puceron, l’Assemblée nationale a voté le 6 octobre pour la réintroduction des néonicotinoïdes pour une période de trois ans. Avant leur interdiction en septembre 2018, les néonicotinoïdes enrobaient les semences de betteraves pour protéger les plantes sucrières. La dérogation sera débattue ce mardi au Sénat à partir de 17 h 30 : la majorité devrait voter en faveur. Le groupe communiste a déposé une motion et le groupe écologiste a réclamé un scrutin public : « Le but c’est que nos collègues assument leurs responsabilités », explique Joël Labbé, chef de file des écologistes au Sénat. Est-il possible de trouver une entente entre production agricole et défense de l’environnement ?

Tweet de Joël Labbé, 22 octobre 2020.

Une souveraineté alimentaire en danger ?

Le syndicat des Jeunes agriculteurs défend cette ré-autorisation : « On ne veut pas d’interdiction sans solution. L’État doit financer la recherche pour remplacer les néonicotinoïdes. Il faut défendre notre souveraineté alimentaire : pour certains producteurs, ça a été moins 60 % de la production avec la jaunisse ». Selon les Jeunes agriculteurs, les abeilles ne sont pas impactées, puisque les betteraves ne fleurissent pas avant d’être ramassées.

« En terme agronomique, l’enrobage des semences est une aberration : l’agriculture durable c’est la bonne dose, au bon endroit, au bon moment », s’oppose Henri Clément, porte parole de l’UNAF, l’Union nationale de l’Apiculture Française. Une graine enrobée est entourée d’une croute de pesticide. Le problème : les néonicotinoïdes se retrouvent dans les sols et même dans les fruits et les fleurs de la plante. L’ensemble de l’environnement d’un champ de betterave est infecté pendant plusieurs années.

L’insecticide agit sur les insectes ravageurs, comme les pucerons, mais aussi sur les pollinisateurs, comme les abeilles. Elles sont désorientées, leur reproduction est altérée, leur système nerveux central est détruit, jusqu’à leur mort.

« Depuis 1996, la mortalité des abeilles est passée de 5 à 30 %. Partout où les néonicotinoïdes sont utilisés, les apiculteurs souffrent, les abeilles meurent et la production s’effondre. »
Henri Clément, Union Nationale de l’Apiculture Française (UNAF)

Le monde sucrier était déjà en crise avant la jaunisse

Le syndicat Confédération paysanne veut contrer l’argument de la souveraineté alimentaire. 

Tweet de la Confédération paysanne, 24 octobre 2020.

Quand Les Jeunes Agriculteurs annoncent une perte de 60 %, Nicolas Girod, porte parole de la Confédération paysanne, parle d’une baisse de rendement de 15 %. Un rendement équivalent à celui du début des années 2000, quand les néonicotinoïdes étaient autorisés. Il propose une indemnisation à court terme pour les pertes les plus importantes et la création d’un fond solidaire et mutuel. Le plus important serait la fin d’une logique industrielle favorisant la concurrence des prix : réguler les volumes pour conduire à une hausse des prix, pour passer de 23 à 27 la tonne, soit les prix jusqu’à 2016.

« On ne consomme en sucre qu’un quart de la production, le reste est soit exporté, soit transformé en éthanols. Par contre on ne répond qu’à 10 % de la demande européenne de sucre bio »
Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne

Des solutions du côté de la betterave bio

Stéphane Delmotte, betteravier dans les Hauts-de-France, est passé en production bio depuis un an. « Mes voisins en conventionnel ont fait jusqu’à quatre traitements anti-pucerons et ça n’a pas été efficace partout. J’ai eu un peu de jaunisse, mais j’ai eu un rendement correct. Comme je sème plus tard, à l’arrivée des pucerons les betteraves étaient encore dans la terre. Ils ont été mangés par les auxiliaires (coccinelles…) favorisés par les bandes enherbées et les arbres que j’ai laissé. »

Émilie Méchenin

Auteur·trice

Passée par La Provence, Le Progrès, Le Pays, Radio Scoop et Activ Radio.


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