On a retrouvé des anciens de la Fiesta des Minots

Danseurs, musiciens ou artistes de cirque, ils ont participé, enfants, à la Fiesta des Minots. Aujourd’hui adultes, ils témoignent sur ce que cette expérience leur a apporté.
La Fiesta des Minots 2018 s’affiche à la soirée d’ouverture de la Fiesta des Suds. © Julie Le Mest

Depuis 1996, les enfants ont leur propre moment de fête au sein de la Fiesta des Suds. Il s’agit de la Fiesta des Minots, traditionnellement organisée un mercredi. Pour beaucoup de jeunes, c’est un grand moment, préparé de longue date : ils ne sont pas seulement spectateurs, mais aussi acteurs de cette Fiesta lors de laquelle des écoles et des compagnies de toute la région de Marseille se produisent sur scène.

L’objectif : « donner aux enfants l’envie d’aller dans des ateliers, de pratiquer, d’aller à des spectacles », explique Catherine Vestieu, organisatrice de la Fiesta des Minots depuis ses débuts. Elle précise également que de nombreux minots, devenus adultes, reviennent aujourd’hui avec leurs enfants… Qui sont ces anciens minots, et comment la Fiesta les a-t-elle influencés ?

« Une super ambiance, familiale, où on se sentait en sécurité »

Pour tous les anciens minots interrogés, la Fiesta est un spectacle parmi les dizaines qu’ils effectuent durant des années de pratique d’une activité. Le souvenir s’en perd parfois un peu. Pourtant, leurs témoignages révèlent une ambiance particulière. En terme d’échelle, déjà. « Je trouvais ça fou que nous, petite troupe amateur, qui faisions ça pour le plaisir, on se produise sur scène comme les grands, comme les vrais », décrit Auriane, qui a fait du cirque pendant dix ans avec la compagnie Zébulon, basée à l’Estaque.

Le public est large, mais néanmoins très bienveillant : « des fois quand tu fais cela, tu as peur d’être jugée, tu es habillée en jaune et rouge, tu fais du cirque, détaille Auriane. Mais là c’était très chouette, une super ambiance, familiale, où on se sentait en sécurité. »

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Pour Peter, Levon et Julien, qui pratiquent la danse arménienne au cours Vanouch-Khanamirian de la Jeunesse Arménienne de France, et ont dansé, enfants, à la Fiesta des Minots, le public avait aussi une autre particularité : il ne connaissait pas leur discipline. « Dans les applaudissements, c’est encore plus fort, parce que c’est la première fois qu’ils voient la danse, sourit Levon. Il y a les costumes traditionnels, des mouvements qu’ils ne connaissent pas aussi, c’est tout le but de la Fiesta. » De leur propre aveu, les jeunes se donnaient d’autant plus : « La beauté de ce spectacle-là, c’est qu’on était morts en sortant, parce qu’on savait que les gens ne connaissaient pas », s’enthousiasme Julien. « Enfin, on ne savait pas, mais on s’en doutait. »

Les anciens minots aussi ont fait leur lot de découvertes à la Fiesta, à la faveur des rencontres avec les autres jeunes. « Ce qui est bien, c’est qu’on pouvait regarder ce que les autres faisaient, se souvient Julien. On voyait les autres faire du hip hop, de la danse africaine, de la danse arabe, il y avait de tout. » Auriane a découvert comme cela le hip-hop.

J’avais vu un spectacle de hip-hop que j’avais adoré, qui m’avait complètement impressionné, et à partir de là je me suis dit que le hip-hop, c’était le truc le plus génial du monde.

Quelle influence ?

« Ce n’est pas la Fiesta des Suds qui m’a fait prendre un chemin différent dans ma vie, mais ce n’est que du positif », résume Levon. Son avis est partagé par les autres anciens minots. L’influence de la Fiesta se niche ailleurs. Dans l’évolution du public marseillais, peut-être : « De plus en plus, dans les spectacles qu’on fait, il n’y a pas que des Arméniens dans la salle, il y a de tout, explique Levon. Les gens sont curieux, ils voient des affiches, ils viennent. Ce public qu’on a, aujourd’hui, et vers lequel on tend, parce qu’on veut faire découvrir, c’est exactement le même public que la Fiesta. »

D’autres ont pu retrouver d’anciennes sensations, dans leur vie professionnelle : « Cet été, j’ai dû faire des chroniques en direct en plateau, dans les journaux télévisés du midi et du soir, s’amuse Auriane. Mes chroniques, je les connaissais hyper bien, et je suis à l’aise pour m’exprimer. Mais à partir du moment où j’étais en direct, tout s’écroule, je me rappelle plus de rien, j’ai du mal à sourire, à regarder la bonne caméra. J’ai ressenti presque cette même adrénaline : ok, là maintenant tu as du public, et tu n’as pas de deuxième chance, pas de deuxième fois. Il faut que la première prise soit parfaite. »

Julie Le Mest