Panorama des migrations rurales

Tout plaquer et partir s’installer à la campagne, parfois dans l’isolement le plus total. Un choix extrême, mais pour lequel optent pourtant près de 100 000 Français chaque année.

Qu’est-ce qui motive ces néo-ruraux à changer de vie ? Quels sont leurs profils, leurs aspirations ? Réponse avec Pierre Pistre, chercheur au CNRS spécialiste des migrations rurales.

A l’heure où de nombreux villages sont à l’abandon, qu’est-ce qui pousse au contraire certaines personnes à prendre la clé des champs ?word-cloud1

On retrouve trois principales motivations à ces départs, qui souvent se recoupent :

  •  le rejet du mode de vie urbain, avec un sentiment d’insécurité et la sensation d’étouffer
  •  la recherche de proximité avec la nature, pour une meilleure qualité de vie et un lien social fort
  •  et enfin, le désir d’une vie moins chère, moins focalisée sur la consommation.

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Quels sont les principaux foyers de départ ? Et les zones d’arrivée les plus attractives ?

Les départs se font majoritairement depuis les grandes villes, le principal foyer étant la région parisienne.

Pour les arrivées, on retombe sur les logiques d’attractivité régionale classiques. L’arrière-pays méditerranéen et le sud-ouest sont les zones les plus recherchées, mais aussi les plus chères, et ce sont donc des communautés de gens relativement aisés qui s’y développent.

Le centre, avec de vastes espaces verts et des prix plus accessibles est également très prisé.

En revanche, les régions du nord et du nord-est sont peu attractives.

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Qu’est-ce qui explique la popularité de certaines régions par rapport à d’autres ? Comment les néo-ruraux choisissent-ils de s’implanter ?

En premier lieu, il s’agit de logiques liées au climat, à la qualité de vie et aux paysages. Beaucoup de communautés alternatives se développent dans les Cévennes, l’Aveyron ou l’Ardèche car ces régions bénéficient d’un fort ensoleillement propice à l’agriculture d’autosuffisance et à l’utilisation de l’énergie solaire.

Ensuite, plusieurs régions rurales et vieillissantes comme l’Ariège, le Limousin ou l’Auvergne mettent en place des politiques d’accueil propices à l’installation afin d’attirer de nouveaux résidents à la campagne.

Enfin, les connections familiales, liens professionnels, affinités et aspirations personnelles jouent également un rôle important.

Quels sont les différents “profils” de néo-ruraux ?

Il y a presque autant de profils que d’individus, mais on peut dégager des groupes principaux.

Les retraités forment le gros de la masse, mais le poids des actifs n’est pas non plus négligeable. Il s’agit principalement d’actifs en milieu et fin de carrière âgés de 45 à 50 ans, même si on trouve de plus en plus de jeunes ménages qui partent s’installer à la campagne et dans des communautés afin d’offrir une vie plus équilibrée à leurs enfants.

Et en terme de groupes sociaux, on observe des tendances antagonistes, avec des populations précaires comme les chômeurs qui recherchent une vie moins chère mais aussi des anciens cadres d’entreprise ou de jeunes entrepreneurs ! Il existe toute une batterie d’individus très différents, et dans un même village peuvent s’installer des populations très disparates.

Toutefois, leur niveau d’éducation est globalement plus élevé que la moyenne des Français. Les personnes qui font ce choix de retour à la terre sont souvent plus diplômées et engagées politiquement. Et ce ne sont pas forcément des hippies ni des bobos.

 

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Combien de Français par an cela concerne-t-il ?

D’après les recherches que nous avons menées avec l’Insee, on estime qu’environ 100 000 nouveaux arrivants par an décident de s’installer dans des campagnes isolées.

Pour les communautés alternatives, il est difficile de quantifier précisément puisque leur définition reste assez floue, mais il doit s’agir de 3000 à 5000 personnes par an.

Et ce phénomène est en expansion. Depuis le début des années 2000, le solde migratoire à la campagne est positif. La crise économique de 2008-2009 a mis un coup de frein à cette augmentation, mais il n’empêche qu’elle est bien là, et les populations sont toujours nombreuses à émigrer vers les campagnes.

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Et qu’est-ce qui explique cette augmentation ?

Cette nouvelle impulsion des années 2000 s’inscrit dans la continuité de certaines idéologies des années 1960-1970 de retour à la terre. Sauf qu’à présent, ces volontés de s’intégrer dans des groupes communautaires et de vivre d’une manière plus respectueuse de l’environnement se sont diffusées à des populations moins marginales.

Le désir de retour à des pratiques agricoles, à la consommation de produits maison et les logiques d’installation collectives sont les mêmes, mais elles touchent plus de personnes, aux profils plus variés.

Ces modes de vie sont désormais moins contraignants qu’autrefois. Les énergies renouvelables se sont beaucoup développées, on trouve facilement dans le commerce des panneaux solaires, des matériaux biodégradables, du compost biologique, etc.

Et puis, les modes de travail se sont modifiés. Grâce à internet, aux avancées technologiques, on peut vivre isolé sans être coupé du monde, et continuer à exercer son emploi même depuis un éco-hameau perdu dans la montagne.

Lauren Ricard

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>> La géographie humaine et la recherche statistique vous passionnent ? Vous pouvez aussi consulter les parutions suivantes:

Le renouveau des campagnes françaises

Recensement des populations dans les zones les moins denses de France

Etude de l’INRA sur les nouvelles ruralités