Pour l’heure, une convergence des luttes incertaine

« Au nom de l’unité de la Nation », le gouvernement a annoncé hier plusieurs mesures, dont un moratoire de six mois sur la hausse des taxes sur les carburants. Malgré la tentative d’apaisement, les gilets jaunes ne décolèrent pas. Et d’autres foyers de contestations se ravivent. La fronde lycéenne laisse entrevoir une convergence des luttes.

Le mouvement des gilets jaunes a impulsé une vague de manifestations lycéennes. © L’Express

« Les gilets jaunes ont réveillé la conscience des lycéens » explique Bruno, élève en classe de Terminale, qui fait blocage devant son lycée professionnel à Marseille depuis hier. Cagoulé, il arbore un panneau sur lequel est inscrit « Macron Démission ».

Pour Bruno, comme pour les autres lycéens, les revendications restent axées sur les réformes comme Parcoursup, celle du baccalauréat ou encore du service national universel. Mais les lycéens ne profitent pas seulement de la « vague gilets jaunes », ils partagent également certaines luttes. « Il n’y a pas que les réformes scolaires qui nous révoltent. On se sent aussi touchés par les taxes, on voit nos parents qui ne s’en sortent plus. C’est aussi pour eux que nous sommes dans la rue », explique Marielle, mobilisée aux côtés de ses camarades.

Et ce matin, la grogne lycéenne se poursuit partout en France. Pour la deuxième journée consécutive, de nombreux lycées ont été bloqués et des affrontements ont eu lieu avec les forces de l’ordre. Des universités ont également été touchées. Plus tôt ce lundi, plus de 200 établissements étaient paralysés dans l’ensemble du pays. Des violents heurts ont éclatés, notamment à Blagnac, dans l’agglomération de Toulouse, où le hall d’entrée d’un lycée a été incendié.

« L’heure est à l’action  »

Gilets jaunes, gilets rouges, sans gilets… Nombreuses sont les colères qui se font entendre. Celle des agriculteurs par exemple, par la voix de la FNSEA, premier syndicat agricole, qui a appelé lundi à une mobilisation la semaine prochaine pour mettre fin au « matraquage fiscal ».

Lundi soir, ils étaient une centaine devant la préfecture d’Eure-et-Loire à protester contre la hausse des taxes agricoles. Soutenus par un autre syndicat, « Les Jeunes Agriculteurs d’Eure-et-Loir », ils ont déversé 40 tonnes de pierres devant la Préfecture.

« Notre mouvement de contestation s’inscrit en marge des gilets jaunes et vise à montrer que la politique d’Emmanuel Macron sur les taxes conduit dans le mur de pierres que nous avons érigé ce soir », déclare Julien Lefèvre, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs d’Eure-et-Loir, selon le journal 20 minutes.

La CGT, jusqu’ici silencieuse, s’est elle aussi impliquée dans la crise, en défilant à Paris samedi dernier. Elle a appelé à une grande journée de mobilisation le 14 décembre prochain. « Nous réclamons une augmentation immédiate des salaires, pensions et de la protection sociale » explique le syndicat avant d’ajouter, « l’heure est à la lutte ».

La CGT annonce également le « dépôt d’un préavis de grève » pour la période du 8 au 31 décembre. Un appel « en soutien de toutes celles et ceux qui luttent pour une répartition des richesses au bénéfice du plus grand nombre ». Elle condamne cependant « toutes les formes violences apparues au cours des mobilisations ».

Flou politique, violence et division

Après les graves violences qui ont marqué la manifestation de samedi à Paris, certaines colères se sont désolidarisées du mouvement des gilets jaunes. Un collectif, appelé les « porte-parole des gilets jaunes libres », a fermement condamné ces violences et a lancé un appel au calme.

Samuel Szenker, président de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL), condamne ces débordements. « Il existe un vrai flou politique autour du mouvement des « gilets jaunes » , et pour cette raison, aucune convergence n’est possible » déclare-t-il. Au départ, le syndicat lycéen portait les mêmes revendications que le mouvement. « Sur le fond, nous étions d’accord avec eux… L’injustice sociale, nous luttons contre tous les jours, mais la récupération politique et les violences sont intolérables, surtout lorsque nous représentons un jeune public comme celui des lycéens », détaille le président du syndicat lycéen.

Les fédérations CGT et FO du secteur du transport routier, qui ont appelé à une grève à durée indéterminée à partir de dimanche soir, se sont également détachées du mouvement. « On ne rejoint pas les gilets jaunes. Nos revendications portent sur le pouvoir d’achat – notamment les heures supplémentaires », explique un membre du syndicat.

Les appels à manifester se multiplient cependant sur les réseaux sociaux en vue de l’acte 4 de la mobilisation ce samedi… Reste à savoir si la manifestation sera l’occasion de rallier les causes, malgré les désaccords sur les méthodes et la multiplicité des revendications.

Marion CHAIX