Pour vivre heureux, vivons cachés ?

Au milieu des montagnes, en dehors des villes, cachés par les blés… Les éco-communautés sont nombreuses à se définir “en dehors”, qu’il s’agisse des clous ou des frontières urbaines. Une revendication qui les confine parfois à l’isolement.

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Vue de la Ferme du Collet, écohameau situé à La Penne, dans les Hautes-Alpes.

Sur Google, deux trois sites. Pas beaucoup d’informations, pas beaucoup de contacts. Du côté des mairies, pareil. Trouver les écolieux s’avère plus difficile qu’il n’y paraît. Car ces communautés se veulent une alternative, et elles s’y tiennent : elles se construisent en dehors de la ville, loin de la société bétonnée et armée, loin du “clic” informatique rapide et facile. Sur de nombreux plans, elles ne sont pas facilement accessibles : d’abord parce qu’elles cultivent souvent la terre dans un milieu rural pour leur autosuffisance alimentaire, d’autre part car être “loin” leur permet aussi de se couper des nuisances urbaines. Une philosophie qui les place donc à l’extérieur de la société : elles sont souvent difficiles à trouver, difficile à contacter, et elles assument.

« les gens se font parfois une fausse idée de ce qu’est vraiment un écohameau”

Dans les différents éco-lieux où nous sommes allés, une particularité revient souvent : “les périodes d’essais” des habitants. Bertrand Ollivier, de la Ferme du Collet explique qu’il y a une période probatoire d’un an, où les gens viennent vivre avec eux “pour voir” s’ils s’intègrent à la communauté. “Des fois c’est plus difficile qu’il n’y paraît. Les gens se font parfois une fausse idée de ce qu’est vraiment un écohameau” affine Bertrand.

Du côté d’Eourres, notre interlocuteur nous a prévenus : certains habitants sont assez fermés avec les journalistes, des articles leurs ayant amenés des gens “un peu paumés”. Dans ces deux cas, un fait se dessine clairement : un manque de connaissances du public, intéressé ou non, sur ce qu’est vraiment l’éco-lieu. Le manque d’informations relatives à ces structures leur permet de se “protéger”, d’éviter d’être trop médiatiques.


Mais peut-on vraiment parler de communautés cachées ?

Au sein même des ces micro sociétés alternatives, nul ne sait vraiment combien d’écovillages et éco-hameaux sont construits en France. Pour la plupart, les informations viennent par le bouche à oreille, et des diverses expériences. A côté du grand projet fédérateur des oasis des colibris de Pierre Rabhi, il y a peu de dynamiques de groupe : chaque éco-lieu est différent, et pas forcément répertorié. Mais comment savoir où aller quand on est intéressé ?

Le Réseau Français des Ecovillages (RFE) existe depuis 1997. Il tente de dresser une liste exhaustive des écolieux en France, et de les fédérer pour un meilleur fonctionnement. Mais la tâche est ardue : quand on vit hors connexion, pas facile d’être branchés les uns aux autres.

Carte des éco-lieux présente sur le site du Réseau des écovillages
Carte des éco-lieux présente sur le site du Réseau des  écovillages

Sur le site figure même cette mention :

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La dernière liste téléchargeable date des années 90, et si il est possible de contacter chaque “responsable” de lieux, l’organisation générale semble assez ardue, et ne comprend pas la liste exacte de tous les écolieux.

Le RFE fait lui même partie du GEN, une association danoise qui réunit les fédérations d’écovillages dans le monde et en global-ecovillage-networkEurope, et communique des informations relatives à la construction d’écolieux.

Mais encore une fois, la liste n’est pas exhaustive et le site est en anglais, ce qui en limite l’accès. Les écovillages sont dans une situation d’isolation de communication, vis à vis du milieu urbain, mais entre eux également.

Vers une toile de connexion…

Mais c’était sans compter sur la toute jeune association Mainstenant, créée en Octobre 2016. Leur projet ? Construire des écovillages à proximité des grandes villes, “dans le but de reconnecter campagne et métropoles” selon les fondateurs du projet, Nicolas Voisin et Mathieu Lavergne, interviewés par Agrapresse.

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Contrairement au fonctionnement actuel des écolieux, qui vivent dans une relative autarcie, le projet de Mainstenant est de lier des géographies différentes, et de mettre en place un système de services : créer des emplacements avec des crèches agricoles, des fablab, des lieux d’éducation et de culture. 1

Le but est aussi d’être connectés, mais pas que par internet : Mainstenant veut organiser des “points de cueillette” où les citadins peuvent interagir avec les éco-habitants, récupérer des paniers de fruits et légumes, ou encore prendre un bus écologique pour aller découvrir les écovillages. Pour les membres de l’association, il y a la nécessité d’être connectés entre écovillages pour un fonctionnement harmonieux : ils sont actuellement en train de recenser tous les lieux alternatifs, ainsi que les endroits « abandonnés » qui pourraient en accueillir, avant de publier leur résultats au premier trimestre 2017.


Un projet qui, sans gommer les différences identitaires de ces micro-sociétés, pourrait amener un échange concret entre les écovillages et la ville, et qui sait, relier les territoires.

Océane BLANCHARD – @oceaneblanch