Ras-le-bol de la Vie Sauvage!

11 ans passés en cavale, d’une ferme communautaire dans le Gers à un tipi de hippies en Ardèche, la nuit à l’abri des regards.

11 ans à élever des chevaux, traire des chèvres et travailler aux champs…

La vie de Shahi Yena et Okwari, les deux frères dont l’histoire avait bouleversé la France et inspiré le film Vie Sauvage, détone par rapport à celle des jeunes de leur âge.

Aujourd’hui, à 24 et 26 ans, ils défendent cet attachement à la terre et le mode de vie alternatif à la campagne qu’avait choisi leur père.

Pourtant, à l’adolescence, ce quotidien quasi-spartiate leur a pesé.

Les deux garçons souhaitent alors vivre comme les adolescents de leur âge, faire la fête, s’habiller avec des vêtements à la mode, sortir avec leurs petites copines.

Écœuré, leur père comprend mal cette crise d’adolescence somme toute banale. Le responsable? La société de consommation.

Lorsque Shahi Yena se coupe les cheveux en brosse, Xavier le traite de “petit beauf”. Le ton monte. Et les disputes ne tardent pas à éclater.

L’aîné envisage de fuguer… et menace même de se rendre au commissariat, afin de mettre fin à ce qu’il vit comme une captivité.

« La vie cachée, j’en ai ma claque. Sans carte d’identité, numéro de sécu, je suis interdit d’apprentissage, d’embauche, de permis de conduire. Deux ans que je tourne en rond », tempête le jeune homme.



(extrait du film Vie Sauvage)

Sept ans plus tard, le calme est revenu. Les garçons ont enterré la hache de guerre avec leur père.“Nos rapports ont évolué dans le bon sens”, disent-ils. Ils ont réussi à trouver un équilibre entre vie rurale et vie moderne. Entre l’harmonie avec mère nature et le confort du quotidien.

Okwari, amoureux des chevaux depuis sa prime enfance, est devenu cocher. Il travaille auprès de son père dans sa ferme pédagogique, après avoir été guide touristique en calèche à La Roche-Sur-Yon et manutentionnaire pour l’Office National des Forêts en Bretagne.

Il profite aussi d’avoir –enfin!- des papiers d’identité pour pouvoir voyager, chose qui lui était impossible lorsqu’il vivait en “fugitif” avec son père. Il en a profité pour apprendre la musique, notamment la guitare, dont il joue 3-4 heures par jour depuis un séjour de 6 mois en Espagne.

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Quant à Shahi Yena, il est devenu vendeur d’animaux d’ornement, paons, serpents et autres chèvres naines, afin de rester “au plus près du vivant”. Il partage sa vie entre un appartement dans un village des Cévennes “avec téléphone portable et internet”, et une “yourte solaire” installée sur le terrain de son père, où il peut cultiver son propre jardin. Passionné de théâtre, il rêve de faire du cinéma.

Aujourd’hui, les jeunes gens ont un regard plutôt positif sur leur expérience de vie unique. “On a eu la chance de côtoyer des gens issus de plein de milieux sociaux différents, aussi bien des punks anarchistes, des hippies que des bourgeois bohèmes. Connaître des personnes si différentes est une richesse. On a besoin de tout connaître pour trouver son équilibre.”


(Shahi Yena)
 

Toutefois, ni l’un ni l’autre n’envisagent de revenir complètement à cette vie nomade. “Ça peut être génial pour certains, mais ce n’est assurément pas pour tout le monde. Et surtout, il faut penser aux conséquences que cela peut avoir sur ceux qui subissent ce choix, comme les enfants.”

Lauren Ricard