Syrie : une trêve difficile après le massacre dans la Ghouta orientale

Bombardements sur la Ghouta orientale, zone rebelle de 100 km² aux portes de Damas (Photo : AMMAR SULEIMAN / AFP)
Cinq heures de trêve quotidienne entre 9 h et 14 h pendant trente jours, le Conseil de sécurité de l’ONU est peut-être parvenu samedi 24 février à trancher, après deux semaines de négociations. 560 personnes ont péri et environ 2000 personnes ont été blessées en dix jours sur la Ghouta orientale, petite enclave rebelle assiégée à l’est et au sud de Damas. Instantanés d’une guerre où le camp occidental et les Russes se renvoient la balle.

Guillaume Legrand – 1er mars 2018

« Il faut éviter un massacre, parce que nous serons jugés dans l’Histoire », a asséné Staffan de Mistura, envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie. C’est pourtant bien ce qui semble se produire dans cette région de 400 000 habitants. Pour rajouter au désastre humanitaire, les services de santé sont à l’arrêt. Médecins sans frontières a fait part vendredi 23 février de 13 hôpitaux touchés.

En août 2013 déjà, le régime syrien avait bombardé cette ancienne oasis au gaz sarin. L’attaque avait alors fait près de 2000 morts, en majorité des victimes civiles. S’il est difficile cette fois de confirmer l’usage d’armes chimiques en théorie démantelées, des sources du côté des rebelles parlent tout de même d’attaques au chlore.

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Infographie : Guillaume Legrand

La difficile mise en place d’un couloir humanitaire

La Suède et le Koweit se sont attelés depuis le 9 février à la préparation d’une résolution. Cette dernière, plusieurs fois amendée sous la pression notamment de la Russie, a été finalement adoptée samedi. Elle a réclamé « sans délai » un cessez-le-feu humanitaire de trente jours. La Russie a autorisé la mise en place de « couloirs humanitaires », afin d’évacuer les blessés les plus graves, comme l’a annoncé lundi Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense russe.

Depuis le début du siège de la Ghouta en 2013, les populations ont dû s’habituer aux pénuries et les enfants sont les premiers touchés. Le bureau des affaires humanitaires de l’ONU évalue à 12 % le nombre d’enfants âgés de moins de 5 ans victimes d’une sous-alimentation sévère. Un enfant sur trois souffre d’un retard de croissance.

Mais comme à Alep fin 2016 après la mise en place de mesures similaires, peu de civils parviennent à être évacués. En cause, de nouveaux raids aériens, des tirs de mortiers et de roquettes des deux côtés du siège, selon les ONG présentes sur place et l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

La Russie accuse directement les rebelles

Le président russe Vladimir Poutine a ordonné un retrait partiel de ses troupes en décembre après la victoire contre la poche de Raqqa. Pour autant, les Russes sont toujours très présents. Le général Vladimir Chamanov, ancien commandant des troupes parachutistes russes devenu député, s’est réjoui vendredi de « l’efficacité des armes russes », lors de la Journée des Défenseurs de la Patrie. « En aidant notre peuple syrien, nous avons testé plus de 200 nouveaux types d’armes », a-t-il ajouté. D’après le groupe d’analystes russes Conflict Intelligence Team, deux nouveaux avions de chasse SU-57 de cinquième génération ont été déployés par la Russie en Syrie, une information non confirmée par les autorités.

Mais le Kremlin l’assure et reste sur ses positions, ces armes sont dirigées contre les groupes rebelles. « Ceux qui soutiennent les terroristes sont responsables de la situation, a lancé Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. La Russie, la Syrie et l’Iran n’appartiennent pas à cette catégorie D’États, car ils mènent une guerre absolue contre les terroristes en Syrie. »

Face à ce déluge de feu et le non-respect de l’accord, les Etats-Unis se sont immédiatement posés en adversaires de la Russie par la voix de sa porte-parole du département d’Etat Heather Nauert. Elle a dénoncé jeudi 22 février la « responsabilité particulière de Moscou » assurant que « sans le soutien apporté par la Russie à la Syrie, cette dévastation et ces morts n’auraient pas eu lieu« .

Aux Nations Unies, les diplomates russes et américains sont en désaccord permanent. À Moscou, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov doit recevoir aujourd’hui son homologue français Jean-Yves Le Drian. Une nouvelle fois, tout semble se jouer en dehors de la Syrie pour débloquer la situation et les débats restent interminables.

Eclairage – Qui sont les rebelles combattus par le régime d’Assad, les Russes et l’Iran dans la Ghouta orientale ?

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(Infographie : Guillaume Legrand – Photo : ABDULMONAM EASSA / AFP)