Un renouveau au Parlement européen

Avec respectivement 22 et 21 eurodéputés, les partis d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen arrivent en tête des élections européennes 2019. Des élections compliquées dans un contexte de Brexit, où les anciens partis de gouvernement se sont écroulés et où les Verts, arrivés en troisième position, doublent leur nombre d’eurodéputés.
Les eurodéputés ont fait leur entrée mercredi 29 mai au Parlement européen à Strasbourg. ©Diliff

C’était le premier vrai test pour Emmanuel Macron après ses victoires aux dernières élections présidentielles et législatives de 2017. Mais la liste du président, qui a rassemblé 22,41% des suffrages, n’est pas arrivée en tête des suffrages, battue par le Rassemblement national emmené par Jordan Bardella. Avec 23,31%, c’est donc le parti de Marine Le Pen qui remporte le plus de voix. Le parti de la majorité en France ne remporte donc que 21 places parmi l’hémicycle européen, tandis que la liste « Prenez le pouvoir » de Jordan Bardella, en récupère 22. Cette victoire du parti nationaliste est cependant à mettre ne demi teinte car en 2014, le Front national avait remporté 24 sièges, et connaît donc une baisse de son nombre d’eurdéputés, alors que le groupe La République en marche voit ses représentants fortement augmentés (ils n’étaient que 7 dans le précédent hémicycle).

Seulement six listes ont obtenu des eurodéputés, les autres formations ne parvenant pas à franchir la barre des 5% des suffrages exprimés. La plus forte progression est à mettre au profit des écologistes, qui voient leur nombre d’eurodéputés doubler, passant de 6 à 12 sièges. Les deux anciens partis de gouvernement se sont en revanche écroulés et sont les grands perdants de ces européennes. Les Républicains cumulent 8,48% des suffrages exprimés et passent de 20 sièges à seulement 8 tandis que le Parti socialiste, qui a rassemblé 6,19% des électeurs, perd 8 places, passant de 13 en 2014 à 5 aujourd’hui. Seule une sixième liste a obtenu des eurodéputés parmi les 34 listes françaises. La France insoumise, avec ses 6,31% remporte 6 sièges au Parlement européen.

Ce sont donc bien les Verts qui réalisent la plus belle percée de ces élections. Le parti de Yannick Jadot semble former une alternative au nouveau bipartisme français. Il ne sera d’ailleurs pas isolé dans l’hémicycle européen, les écologistes allemands et belges ont également réalisé de très bons scores. Le parti écologiste devient le quatrième parti au Parlement européen, avec près de 70 sièges, derrière le Parti populaire européen (à droite), le Parti socialiste européen (les sociaux-démocrates, à gauche) et le centre-droit (ADLE). C’est une véritable « vague verte européenne » pour Yannick Jadot, qui veut replacer l’écologie au cœur de la politique européenne.

Les Verts ont rassemblé plus de trois millions de votants cette année, dans une élection où les Français, comme les Européens, se sont déplacés jusqu’aux urnes. Les élections européennes rassemblent toujours peu de participants à travers l’Europe. Mais cette année, la participation a atteint un seuil historique, avec une moyenne de 50,5% dans toute l’Europe. Avec un taux de participation de 50,12% en France, contre 42,43% en 2014, les électeurs ont fait valoir leur voix.

Le changement est donc l’un des leitmotiv de ces élections. Les partis traditionnels se sont effondrés, tant en France qu’à l’échelle européenne. Les conservateurs du PPE devraient retrouver seulement 179 sièges et en perdraient donc 42, tandis que le PSE devrait en obtenir 150, perdant également 41 sièges. En France, le changement s’opère également par le renouvellement des représentants européens. On retrouve seulement 20 eurodéputés sortants parmi ces 39 femmes et 40 hommes récemment élus.

Dans l’attente du Brexit

Les eurodéputés français sont donc quasiment tous nouveaux dans l’hémicycle. Mais cinq autre députés sont pour le moment « gelés », dans l’attente du Brexit. Une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’Union, le nombre d’eurodéputés passera de 751 à 705. Depuis 2014, le Parlement européen était composé de 751 eurodéputés. L’Allemagne est le pays qui en possède le plus, avec 96 eurodéputés. Elle est suivie de la France (74), de l’Italie (73) et du Royaume-Uni (73 également). Avec le départ du Royaume-Uni, 73 eurodéputés devront donc quitter les rangs du Parlement. Parmi eux, 27 sièges seront redistribués à d’autres pays, dont cinq à la France, tandis que les 46 autres sièges seront gardés en réserve en cas d’élargissement de l’Union. Le Parlement européen devrait donc encore évoluer pendant le prochain mandat de 2019 à 2024.

Lilian VEYET