23 octobre 2020

BEFORE CLASS

Le journal école de l'EJCAM

À Mazargues, les parents d’élèves démunis face aux grèves des « tatas »

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Nicolas Tucat/AFP

Depuis la rentrée de septembre, les parents d’élèves marseillais se heurtent à de fréquentes fermetures d’écoles : par manque de personnel pour nettoyer les locaux, pour cause de Covid-19 ou encore pour grève. À Mazargues (9e), les « tatas » ont fait grève cinq fois depuis la rentrée, majoritairement sans préavis.

Plus d’un mois et demi après la rentrée, l’école primaire de Château Sec à Mazargues (9e) a dû fermer à cinq reprises. Les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) de l’établissement, surnommées les « tatas » à Marseille, ont suivi un mouvement de grève national à l’appel du syndicat Sud Solidaires. « On est submergés d’appels de la part d’ATSEM qui ont un ras-le-bol aussi bien psychologique que physique, c’est la première fois qu’on en reçoit autant », racontait à 20 Minutes le représentant Sud Collectivités territoriales Zaher Benrezkallah.

348 agents municipaux supplémentaires depuis la rentrée

Les raisons de la colère ? Le protocole sanitaire de l’Éducation nationale dans le cadre de l’épidémie de Covid-19 entraîne une surcharge de travail pour les tatas. Elles réclament plus de moyens et de personnel pour compenser l’augmentation de leur charge. Pour cette rentrée 2020, la mairie de Marseille a engagé 348 agents municipaux supplémentaires répartis dans les 470 écoles publiques de la ville. C’est ce même protocole qui entraîne la fermeture des écoles : lorsque la mairie estime que le personnel est insuffisant pour l’appliquer, elle décide de ne pas les ouvrir.

Un entre-deux infernal pour les parents

La situation est de plus en plus compliquée à assumer pour les parents. Les tatas se mettent souvent en grève la veille pour le lendemain : de nombreux parents doivent poser des jours de congé pour s’occuper de leurs enfants. « Il y a des parents qui travaillent dans le secteur privé qui ont déjà grillé tous leurs jours « garde d’enfants », alors qu’on est en octobre », s’indigne Nastasia, mère d’un élève de Château Sec.

Il y a des gamins pour qui une journée d’école perdue, c’est difficilement rattrapable au niveau scolaire

Et d’ajouter : « Même si on est dans le 9arrondissement, il y a aussi des enfants pour qui le midi est le seul vrai repas de la journée. Ce n’est pas qu’une question de repas : il y a des gamins pour qui une journée d’école perdue, c’est difficilement rattrapable au niveau scolaire ».

Pour éviter de nouvelles fermetures, les parents d’élèves de Château Sec ont proposé de distribuer les repas aux enfants, ou encore de nettoyer eux-mêmes les locaux. En vain.

Une communication défaillante ?

Face à la colère des parents, la mairie des 9e et 10arrondissements affirme que les fermetures d’écoles dépendent de la mairie centrale. Aurore Bruna est l’adjointe déléguée aux écoles. « Dans un premier temps en septembre, nous avons été prévenus de la fermeture de Château Sec par le directeur et les parents : nous n’avons pas eu d’annonce de la mairie centrale. » Si la communication est désormais plus fluide, Aurore Bruna s’étonne toujours de la tardiveté des annonces de fermeture. Pour soulager les parents, « lorsque l’on a été prévenu suffisamment en amont, nous ouvrons des centres aérés pour leur permettre de travailler ».

Du côté de la mairie centrale, le nouvel adjoint en charge de l’Éducation Pierre Huguet rappelait mi-septembre à France 3 que « notre priorité est de ne pas mettre en danger le personnel. Nous appliquons les consignes sanitaires strictes. Mais notre objectif est de maintenir les écoles ouvertes ». De leur côté après une semaine sans grève, les parents de Château Sec espèrent ne pas retrouver le même rythme décousu au retour des vacances de la Toussaint.

Solène Leroux