31 octobre 2020

BEFORE CLASS

Le web-journal de l'EJCAM

« Balance ton stage », le compte Instagram contre le sexisme en entreprise

4 min read

Simon, Agathe et Camille, étudiants à l'EM Lyon.

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Trois étudiants de l’EM Lyon Business School ont lancé le hashtag « Balance ton stage » sur Instagram fin juillet. Grâce aux nombreux témoignages, ils ont rédigé un manuel de sensibilisation pour lutter contre le sexisme en entreprise.

« Si tu continues, je vais t’en mettre une et ce soir tu pourras aller voir la police pour aller te plaindre. » Ces mots ont été prononcés par le manager de Louise* alors qu’elle était stagiaire dans une entreprise basée à New York. Son témoignage, elle l’a compilé avec ceux de centaines d’autres étudiant.es victimes de sexisme. Et elle s’est aperçue d’une chose : elle n’est pas un cas isolé.

Camille, Simon et Agathe sont étudiants à l’EM Lyon Business School, ils sont en troisième année, ils ont 22 ans et ils ont créé le mouvement « Balance ton stage ». Elles-mêmes victimes de sexisme ordinaire ou parfois d’harcèlement sexuel et moral durant leur stage, elles ont décidé avec leur ami Simon de libérer la parole autour de ce sujet. « On parle beaucoup du sexisme dans notre société… Elle est préparée à entendre ce discours-là et à instaurer du changement mais le statut du stagiaire est assez particulier parce qu’il est précaire (…) et on ne nous donne pas les clés pour savoir repérer ces comportements et voir où est la limite de l’acceptable », gronde Agathe, fondatrice du mouvement.

Leur compte Instagram « Balance ton stage » est lancé le 26 juillet. Son succès est retentissant. Des milliers d’abonnés et des centaines de témoignages en quelques semaines. « Si tu veux ton job d’été à la fin de ton stage, viens chez moi, tu sais où j’habite », « Il faut porter des jupes pour me demander des informations, c’est pas gratuit ! », « Alors qui va bien pouvoir te sauter ce soir ? », des témoignages effarants comme ceux-là, Camille, Simon et Agathe en reçoivent 30 à 40 par jour et la plupart proviennent de femmes. Pourtant, le sexisme en entreprise ne concerne pas seulement la gent féminine. « Les garçons aussi sont touchés… On a demandé à un étudiant de se prostituer pour remporter un contrat », soupire Agathe. Mais le sexisme touche différemment les femmes, plus souvent, plus durement, comme l’expliquent les trois jeunes auteurs dans leur Petit manuel du sexisme en entreprise. « Ce sexisme, ces préjugés, se recoupent avec un contexte culturel, sociologique et historique qui a toujours mis les femmes en situation d’infériorité par rapport aux hommes, laissant ainsi la place à des comportements et paroles déplacés et souvent banalisés car intériorisés par la femme, et l’homme. »

Témoignages recueillis par Camille, Simon et Agathe. Instagram

« Quand on se retrouve face au sexisme, on est pétrifiée »

Au départ, ces trois complices ont eu l’idée de faire un recueil de témoignages en sondant les étudiants de leur école. Sur les 170 élèves interrogés, 23% ont été victimes d’outrages sexuels, 43% en ont été témoins. « On s’est rendus compte, au fur et à mesure du temps, qu’il y avait vraiment quelque chose à faire dans la formation, la prévention et la sensibilisation », détaille Agathe. Le 3 septembre, ils lancent leur Petit manuel du sexisme en entreprise de 30 pages, illustré par Elea Molmeret et à destination des futurs stagiaires. Ils y expliquent ce qu’est le sexisme, comment y faire face et comment agir si on en est témoin ou victime. Pour Agathe, « avoir les armes pour se dire : si ca m’arrive, je saurais quoi faire » est plus que primordial.

Pour la majorité des étudiantes, lorsqu’elles sont confrontées à ces situations, il s’agit souvent de sexisme ordinaire, c’est-à-dire de stéréotypes, de gestes, de comportements qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes, selon la définition donnée par Brigitte Grésy dans Le petit traité contre le sexisme ordinaire. En entreprise, cela peut se traduire par « Je recrute des filles car cela plaît plus aux clients », « Tu es une fille donc tu vas préparer le café », décrypte Agathe.

C’est souvent la peur qui empêche les stagiaires de parler de leur expérience dans une société. « On a honte, on minimise, on culpabilise, on se dit mais qu’est-ce que j’ai fait pour que ça se passe comme ça, est-ce que c’est de ma faute, se demande Agathe. Quand on se retrouve face au sexisme, on est pétrifiée. »

Ces amis espèrent maintenant voir leur initiative grandir. Ils veulent assurer un suivi des étudiants avant, pendant et après leur stage mais aussi proposer des formations de sensibilisation sur le sujet destinées aux étudiants de l’EM Lyon pour qu’ils sachent concrètement à quoi ils peuvent faire face et comment s’en protéger. Camille, Simon et Agathe sont bien décidés à faire changer les choses.

(*Le prénom a été modifié)

Laura Laplaud


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