Corps à corps pour l’égalité

Cheffe d’entreprise, formatrice, militante : Catherine Tomasini a créé les conditions de son indépendance en tant que femme. Désormais, elle consacre son énergie à épauler les autres dans la lutte pour l’égalité de genre et contre l’homophobie. Rencontre avec cette activiste marseillaise, à l’occasion de la marche contre les violences sexistes et sexuelles du 24 novembre.

5000 personnes ont manifesté samedi 24 novembre contre les violences sexistes et sexuelles. Crédits: Sophie Maréchal

« Poussez-vous, poussez-vous ! » Entre la banderole violette brandie par les manifestantes et l’armée crépitante de photographes, Catherine Tomasini est chargée de la sécurité du cortège. Elle n’hésite pas à jouer des coudes. Cette marche contre les violences faites aux femmes, elle l’a organisée, elle l’a portée à bout de bras avec d’autres militantes du mouvement NousToutes. « Tout ce monde, c’est génial, on n’en attendait pas tant ! », souffle-t-elle dans un sourire.

A 65 ans, Catherine Tomasini est plus que jamais engagée dans les causes qui lui tiennent à cœur. Militante pour SOS Homophobie, bénévole au bar associatif lesbien et féministe les 3G, membre du collectif éphémère NousToutes13, cette femme active est de toutes les batailles. « Être femme et lesbienne, dans notre société patriarcale, c’est la double peine. J’ai choisi un chemin qui m’a protégée, aujourd’hui je veux aussi protéger les autres. »

« Être femme et lesbienne, dans notre société patriarcale, c’est la double peine »

Entre deux coups de klaxon de camionnette, Catherine Tomasini élève la voix en évoquant son parcours professionnel. « J’ai monté ma société de films en 1967. A l’époque, faire de la vidéo, c’était comme aller sur Mars ! s’esclaffe-t-elle. A 40 ans, j’ai tout arrêté, j’ai voulu faire autre chose : je me suis lancée dans la formation à la caméra endoscopique ». Derrière ses grandes lunettes noires, ses yeux s’attardent un instant sur le cercueil en carton rouge sang qui passe de mains en mains. Elle a toujours refusé d’être employée. « C’est parce que je suis une femme, et lesbienne, que j’ai choisi d’être indépendante. La société fait de la femme un sous-produit. Si elle est noire ou lesbienne, c’est encore pire. Dans les années 70, quand j’ai commencé à travailler, elle n’était reconnue que dans les activités de services. Aujourd’hui, c’est un peu différent, mais il faut continuer de se battre, on a encore un long chemin à faire », affirme-t-elle sans ciller.

Sensibiliser les jeunes pour croire en l’avenir 

« Violées, battues, harcelées: les femmes en ont assez ! » Le slogan résonne en boucle sur les pavés du Vieux Port. Catherine Tomasini le scande avec ses sœurs de lutte pour alerter l’opinion publique. Mais le combat de cette militante ne se limite pas à la rue. Inlassablement, elle pousse la porte des écoles pour se faire entendre. « Avec SOS homophobie nous intervenons dans les classes de la quatrième au BTS. On essaie d’inculquer aux écoliers le respect homme-femme, qui est la base de l’humanité. Mais parfois c’est compliqué, certains jeunes en sont vraiment loin… », soupire-t-elle. Pour autant, hors de question de se décourager. « Nous sommes agréés par l’éducation nationale, c’est déjà une victoire. Et puis, on se dit aussi que dans chaque classe, on aide peut-être un enfant à être lui-même. Et c’est une autre victoire. »

Les manifestants portent un cercueil en souvenir des femmes décédées sous les coups de leur compagnon. Crédits: Sophie Maréchal

Sa silhouette menue se faufile à travers la foule épaisse. Elle serre des mains, adresse des sourires. Il ne faut pas s’y tromper : Catherine Tomasini ne s’en laisse pas conter. Depuis cinq ans, la dame aux cheveux grisonnants enseigne les techniques de self-défense dans les hôpitaux et les associations. Apprendre à faire face au danger, à parer, à répondre aux coups : Catherine Tomasini sait aussi lutter corps à corps pour l’égalité. « Je fais des ateliers d’initiation aux 3G. Cela ne dure que deux heures, mais ça suffit pour apprendre aux femmes à éviter de se mettre en danger et à savoir réagir », explique-t-elle.

L’heure de la retraite sonnera l’année prochaine. Pour cette militante, ce sera l’occasion de se lancer pleinement dans de nouveaux combats : « On a monté un dossier très sérieux pour ouvrir une maison LGBT. Depuis novembre 2017, on attend la réponse du département. Pour l’instant on est en panne, mais on ne va pas lâcher l’affaire. Il y aura peut-être bientôt une maison LGBT à Marseille ». Au cœur de la cohue, un rayon du soleil de novembre s’attarde sur le visage de Catherine Tomasini. Dans ses yeux, une lueur d’espoir.

Sophie Maréchal