Déçus par le gouvernement, les personnes handicapées ont exprimé leur colère

Plus d’une centaine de personnes handicapées se sont réunies, mardi 14 mai à Paris, pour exprimer leur déception et leurs attentes auprès d’Emmanuel Macron qui avait fait du handicap une grande priorité lors de l’élection présidentielle. Cette mobilisation vient clôturer une semaine de voyage au quatre coins de la France à l’initiative de l’association APF France Handicap. 

« Merci et bravo ! Grâce à vous, notre caravane « En route pour nos droits ! » est un succès ! » Le président d’APF France Handicap, Alain Rochon, s’est félicité de la réussite de l’opération « En route pour nos droits ! » qui s’est terminée mardi 14 mai à Paris lors d’un grand rassemblement national. Des centaines de personnes vivant en situation de handicap se sont réunies pour montrer au président de la République, Emmanuel Macron, et au gouvernement, que la politique menée actuellement pour le handicap ne leur correspond pas. L’association APF France Handicap a réalisé un baromètre du handicap et a lancé, le mai 7 mai, une caravane dans quatre villes : Grenoble, Montpellier, Rennes et Strasbourg. L’objectif : sillonner les routes du pays pour parler des difficultés du quotidien des personnes en situation de handicap et rejoindre Paris pour remettre une lettre ouverte au président de la République.

Le handicap, grande cause nationale du candidat Macron à l’élection présidentielle

Réalisé auprès de plus de 2500 personnes handicapées représentatives de l’ensemble des personnes handicapées en France, le baromètre fait état de 83% de personnes insatisfaites qui estiment que les engagements de la campagne présidentielle n’ont pas été tenu. Parmi les personnes interrogées, seulement 11% se déclarent confiantes pour l’avenir. Pourtant, Emmanuel Macron avait fait du pied aux personnes handicapées lors de la dernière campagne présidentielle.

Les principales revendications concernent les déplacements au quotidien de plus en plus compliqués. La revalorisation de l’Allocation Adulte Handicapé (AAH) et son individualisation en cas de vie de couple est largement plébiscitée comme l’introduction du handicap dans l’article 1 de la Constitution française. L’augmentation de cette allocation, fixée à 860 euros pour une personnes seules, va dans le bon sens pour tout le monde, mais ce n’est pas encore suffisant estiment les personnes mobilisées. L’ensemble des personnes handicapées présentes s’insurgent contre le passage de 100 à 20% du nombre de logements neufs accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Au cours de leurs itinéraires, au départ de quatre villes françaises, les caravanes « En route pour nos droits » ont abordé toutes les difficultés des personnes en situation de handicap. Photo Bastien THOMAS
Grenoble, ville de départ de l’une des caravanes

« Notre association ne pouvait pas rester les bras croisés. L’idée était de mener, sur l’ensemble du territoire, une action pour faire savoir les propositions, les besoin et les attentes des personnes handicapées » explique Mathieu Villaret, directeur territorial des actions associatives pour APF France Handicap en Isère. Pour le lancement de l’opération, le mardi 7 mai, plus d’une cinquantaine de personnes en situation de handicap s’étaient réunies à dans le centre-ville de Grenoble, ville de départ d’une caravane. « On ne demande rien d’autre que la possibilité de vivre comme toute personne normale » remarque Jean-Pierre, qui a accroché une pancarte « La confiance en berne » sur son fauteuil. Mathieu Villaret rappelle que le handicap reste, encore aujourd’hui en France, la première cause de discrimination. Il rappelle les thèmes que cette opération veut faire connaitre : pouvoir exercer ses droits fondamentaux, pouvoir bénéficier de ses propres ressources et vivre dignement, pouvoir être autonome et financer son autonomie, pour voir se loger et pouvoir se déplacer. Voilà, dans les grandes lignes, les axes à améliorer selon les personnes en situation de handicap.

Lancement de l’opération « En route pour nos droits » à Grenoble le mardi 7 mai. Photo Bastien THOMAS.
Les responsables politiques interpellés

A l’issu du rassemblement parisien, le mardi 14 mai, une délégation de l’association APF France Handicap a été reçue par une conseillère de l’Elysée. Le collectif a souhaité remettre une lettre ouverte signée par plus de 25 000 personnes au cours du périple des quatre caravanes en France. Alain Roche, président d’APF a pu cependant rencontrer dès le lendemain, le mercredi 15 mai, le Premier ministre Edouard Philippe, qui s’est « montré très attentif sans pour autant faire d’annonces ». Cette pétition a également été envoyée à l’ensemble des parlementaires. Pour Christine, victime d’un accident de voiture il y a 40 ans qui l’a obligé à vivre en fauteuil roulant, et d’autres personnes en situation de handicap, Emmanuel Macron a encore trois ans pour montrer que le handicap est réellement une grande cause nationale. 

Bastien THOMAS