Le Dock des Suds au pied du mur

Plusieurs milliers de mètres carrés, des événements et surtout des souvenirs sont menacés de disparaître. Le Dock des Suds, site historique de la Fiesta, est en mauvaise posture.
Implantée depuis plus de vingt ans dans le hangar de la rue Urbain V, la Fiesta des Suds a dû quitter le Dock des Suds pour l’esplanade du J4. © Justine Lamard

A saisir ! Hangar aménagé de 5000 m² répartis en cinq salles équipées pour le spectacle vivant. Testé et approuvé par près de 200 000 visiteurs chaque année depuis sa construction en 1997. Possibilité également de raser le bâtiment pour nouvel usage (parking, bureaux, etc.) Prix : entre 4 et 5 millions d’euros. Libre quand ? Locataire tenace à expulser au préalable…

Scénario fiction ? Pas vraiment, ça pourrait même arriver plus vite que prévu. La menace qui plane sur le site historique de la Fiesta est bien réelle et elle ne date pas d’aujourd’hui. Depuis 1995 très exactement, lorsque le projet du Parc Habité d’Arenc d’Euromediterranée, soutenu par la ville de Marseille et l’État, a été signé. Une rénovation urbaine partielle de la ville qui, au fil des années, a progressé jusqu’à la porte du Dock des Suds, concerné par le volet 2 du projet Euroméditerranée. Le début de deux longues décennies et de frayeurs pour le temple de la culture à Marseille. Vingt ans de polémiques autour de son sort, rythmés par des projets avortés, des plus saugrenus comme la transformation du bâtiment en piscine à une relocalisation de celui-ci à la Joliette. Des projets classés sans suite. Mais pour autant, le Dock n’est pas sauvé !

Aujourd’hui, l’association Latinissimo, qui gère le bâtiment depuis sa création, occupe toujours les lieux, mais elle est dans le flou le plus total quant à l’avenir. Pire encore, la menace est aux portes du bâtiment. Jadis installé sur ce que Latinissimo appelle un « no man’s land », le Dock est désormais cerné par des grues. Les terrains, qui accueillaient par le passé des scènes de la Fiesta des Suds, sont désormais soit occupés par des tours d’habitation et de bureaux, soit transformés en immenses parkings bétonnés, ou pire encore, laissés en friche. C’est le cas de la parcelle qui fait face au Dock. Propriété du Conseil régional, elle a fait l’objet de travaux il y a plusieurs mois, mais depuis, plus rien ne se passe. Seul un grand trou qui empêche la Fiesta de s’y installer et des hautes herbes lui donnent vie.

Alors à vendre ?

Si pour l’instant, Latinissimo reste dans ses murs, ce suspens devient insoutenable pour Marc Aubergy, président de l’association : « Là, nous on en a marre ! On ne peut plus attendre. On veut savoir si on part ou non », lâche-t-il. En 2016, Euroméditerranée le propriétaire du bâtiment, a informé Latinissimo qu’il restait au Dock pour l’instant, mais que dès qu’un nouveau site similaire serait trouvé, l’association devrait déménager. Deux ans se sont écoulés et aucune proposition n’a été faite. Sans visibilité sur son avenir, le hangar de la rue Urbain V se vide peu à peu de ses temps forts emblématiques. Déjà, mi-décembre 2017, Latinissimo annonçait qu’elle renonçait à organiser sur place son marché des musiques du monde Babel Med,Music, après une sévère coupe des subventions. Cet automne, c’est au tour de la Fiesta d’être délocalisée. En cause, un trop plein de contraintes techniques et des risques de plaintes pour nuisances sonores en provenance des néo-voisins logés dans les nouvelles constructions.

Partir ou rester ? Malgré les déclarations des élus favorables à la préservation du Dock et le soutien de la ministre de la Culture, Marc Aubergy a le sentiment que les pouvoirs publics bottent en touche. Au cas où, son équipe a tout de même planché sur un projet pour relancer l’activité sur le site et l’intégrer à son nouvel environnement, incluant un réaménagement des salles, un accueil de jour, un bar ou un restaurant. L’équipe devrait communiquer sur le sujet fin octobre, une fois la Fiesta 2018 terminée.  

Justine Lamard