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Égalité des genres, dès la crèche

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En Haute-Garonne, le projet Egalicreche existe depuis 2013. Des professionnels de la petite enfance de six crèches du département apprennent à lutter contre les stéréotypes.
Affiche réalisée à la crèche du CD31 afin de penser à valoriser les filles sur leurs compétences physiques. © Artemisia

Les mauvaises habitudes sont prises avant l’école maternelle. « Les compliments sur l’esthétique sont orientés à 80% pour les filles et 80% des jeux de ballon sont pratiqués par des garçons », rapporte Doriane Meurant, chargée de développement et sociologue à Artemisia, le porteur du projet Egalicreche.

Aucun programme officiel et spécifique n’existe au niveau national pour les enfants âgés de moins de trois ans. Mais pour Doriane Meurant, « Il faut démarrer à la base, plus on intervient tôt plus les stéréotypes de sexe prennent moins de place. » Egalicreche développe donc au niveau local une démarche égalitaire de l’éducation.

Observer et réaménager

Egalicreche a débuté en 2013. Les professionnels motivés sont formés pendant plusieurs mois par les membres d’Artemesia. « Les professionnels sont systématiquement réticents. Ils n’ont pas envie de faire des différences entre les sexes. Pourtant, il y en a », raconte Doriane Meurant. La directrice de la crèche « Les ptits canaillous » de Lagardelle, Sylvie Viallèle, explique son expérience :

Au départ je me suis dit « à quoi ça va servir ? on accueille les enfants et les parents de la même façon indépendamment de leur sexe. Il me semblait que dans les jeux il n’y avait pas de différence particulière. Grâce aux observations on a ouvert les yeux.

Les deux sociologues salariées d’Artemesia observent d’abord les professionnels interagir avec les enfants dans les crèches, « Il faut un minimum de 100 interactions pour qu’une observation soit valable. »

Elles préparent ensuite une formation adaptée à chaque établissement, un réaménagement de l’espace de l’ensemble des salles pour apporter plus d’échanges et un positionnement des jeux dits « de filles » au centre de la pièce pour que ces dernières se sentent plus légitimes à occuper l’espace. Cela porte ses fruits : « Dans l’heure qui a suivi le nouvel aménagement de l’espace on a vu une différence. Filles et garçons se sont mélangés. Ça a été flagrant. Ils ont beaucoup plus joué ensemble à partir de ce moment-là et ça continue », témoigne une salariée.

Podcast d’Arte radio enregistré en partie à la crèche de Lagardelle, en Haute-Garonne :

Éviter les stéréotypes

Dans la crèche « Les ptits canaillous » de Lagardelle, les ateliers d’Egalicreche ont démarrés en février 2018 et le bilan a eu lieu en juillet 2018. Un des points travaillé a été d’éviter les surnoms stéréotypés adressés aux filles et aux garçons. Les professionnelles ont créé des affiches avec des adjectifs qualificatifs au féminin et au masculin :

© Artemisia

Après la formation d’Egalicreche, des professionnels de la petite enfance abordent leur travail de façon différente: Une salariée raconte :

On voit les choses différemment. J’ai dit la dernière fois à une petite fille qu’elle avait des muscles. Elle m’a répondu que les filles n’en avaient pas. Ça m’a interpellé.

Intégrer les parents

« Depuis un an et le mouvement #Metoo, les parents s’intéressent de plus en plus à une éducation égale entre hommes et femmes à ce que l’on fait », affirme Doriane Meurant. En juin 2018, une rencontre sur l’égalité filles-garçons a eu lieu avec les parents. « Les parents doivent être inclus dans le projet, on observe par exemple que les échanges sont moins longs avec les pères qu’avec les mères », ajoute-t-elle. C’est pourquoi les professionnelles de la crèche du CD31 ont créé des affiches pour inciter les pères à partager davantage avec leurs enfants :

Pour la sociologue, le principe d’égalité neutre commence à se développer en France. Les professeurs des écoles suivent des modules de formation sur le genre et l’égalité entre les hommes et les femmes. Les politiques se sont emparés de la question. Le département, la municipalité, la communauté de communes financent Egalicreche.

Et l’initiative n’est pas isolée, selon le rapport sur l’égalité entre les filles et les garçons dans les modes d’accueil de la petite enfance. En Seine-Saint-Denis, des crèches ont écrit une charte pour l’égalité. Dans le Limousin, la déléguée régionale aux droits des femmes et à l’égalité a lancé un projet d’action intitulé « De la crèche à l’université, le Limousin s’engage pour une éducation non sexiste ». A Lyon, le projet Egaligone se penche sur la question du choix des objets de jeu pour les enfants de moins de six ans.

Si des initiatives locales se développent partout en France, le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer n’a pas présenté de programme précis aux professeurs des écoles pour lutter contre les stéréotypes à l’école. Sa prédécesseur, Najat Vallaud-Belckacem avait tenté d’introduire plus d’égalité dans les programmes, mais elle s’était retrouvée face à un mur de la théorie du genre.

Camille NOWAK et Raphaëlle TALBOT

Auteur·trice

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