Instants volés le temps d’une soirée

Pour son retour au J4, la Fiesta des Suds a utilisé des balises pour sa décoration. © Julie Le Mest

Une foule de personnes jette un « ahhhh » collectif lorsqu’un agent de sécurité vient ouvrir l’accès au festival. Une cohue se forme parmi la masse qui attend pour entrer depuis déjà de longues minutes. Au moment de passer le barrage de sécurité pour la traditionnelle fouille des sacs, un jeune homme se voit refuser l’entrée… à cause de son paquet de biscuits. Déception et énervement peuvent se lire sur son visage. Pour ses amis, c’est tout le contraire. Eux ont gagné un goûter avant de se dépenser devant la scène. Bastien Thomas

Il est là, tout seul. Comme abandonné. Les dernières notes du groupe viennent de raisonner dans les baffles. Les mains se sont levées et un tonnerre d’applaudissements les ont accompagnées. Un instant d’euphorie avant que la foule ne se disperse. En quelques secondes, l’espace est vide. Mais lui, il est là ! Sur les graviers. Bien plié, comme neuf. Comme un symbole de cette agitation qui retombe en un instant. Comme une illustration parfaite du « on consomme et puis on jette ». Peut-être est-il tombé d’un sac ? Ou peut-être a-t-il été abandonné ? La soirée commence mal pour le journal de la Fiesta. Justine Lamard

Dans le brouhaha ambiant d’un début de soirée, le son brutal mais festif d’une trompette se fait soudain entendre. Plus un bruit, les regards se tournent vers l’origine de ce vacarme. Une troupe de joyeux trublions- une vingtaine – déambule, trompettes et saxophones à la bouche. La Banda du Dock, dont les membres entièrement vêtus de noir effectuent des allers-retours sous le rythme régulier et assourdissant de leurs instruments. Sans aucun doute, ils apportent une plus-value presque latino, propre aux atmosphères basques et andalouses. Samuel Monod

19h32. Les premières basses résonnent à la Fiesta. L’air n’est pas connu. Les curieux se dirigent vers la scène Major. Rumpus arrive à la fin de sa prestation. Le public est parsemé, mais les membres du groupe, notamment la chanteuse, dégagent une énergie folle : « C’est la dernière chanson, elle nous tient beaucoup… non… elle nous tient fort… ça ne veut rien dire. Elle nous tient à cœur, voilà ! C’est l’émotion de Marseille », s’exclame-t-elle. 19h44. Les festivaliers rigolent et dansent, la Fiesta est lancée. Raphaëlle Talbot

En festival, on perd le contrôle. Il y a ceux qui dansent jusqu’à l’inflammation de la rotule, ceux qui boivent jusqu’à plus soif, et puis il y a ceux, entre les deux, qui tentent de se sustenter. Pas facile pour cette jeune danseuse au t-shirt blanc et pantalon noir de continuer à battre du pied sur le rythme de la musique de The Rumpus tout en tenant sa pinte sous le bras alors qu’elle essaye d’avaler tant bien que mal son sandwich chilien à la saucisse. Le résultat était couru d’avance : de la sauce mayonnaise aux piquillos plein les doigts et le visage. Thomas Vichard

Devant la présidente du département, elle, ne bougera pas. La jeune fille, d’habitude si relax, se raidit de tout son corps. Aussi raide que ses cheveux blonds. Dure comme un mur. Si la présidente et son équipe veulent passer, il leur faudra se frayer un chemin. Ou s’arrêter, comme à Tian’anmen. Parce qu’elle résistera. Un des accompagnants de la présidente prend d’abord une mine rieuse en s’approchant de la jeune fille désabusée. Mais face au stoïcisme de cette dernière, ses sourcils se lèvent soudain, très haut. Il la contourne. Elle l’a fait plier. Elle a gagné. Jonathan Roisin

Habillé en gris de la casquette aux chaussettes, un homme d’1,60 m danse étrangement sur un seul pied. Il enchaîne les pas au ralenti, comme s’il dansait sur un plancher craquant. Boisson énergisante dans la main droite, il se concentre, boit une gorgée et reprend sa chorégraphie inédite. Il ne s’arrête pas pendant trois minutes. Et, entre deux morceaux des Massilia Sound System, il disparaît complètement de la foule. Où est-il ? Qui était-il ? Il file, et ne reste qu’une empreinte brouillonne de ses semelles Fila. Thomas Verbrugghe

La foule réunie par Massilia Sound System est de loin la plus hétérogène et la plus excitée de la soirée. Compliqué d’accéder jusqu’à son cœur quand on arrive quelques chansons après le début du show. Intrigués par les créateurs de la version provençale du reggae jamaïcain, on se faufile entre les corps et les générations jusqu’à pouvoir atteindre un angle de vue acceptable. À notre droite, deux adolescentes éméchées se dandinent mollement. Manifestement dérangée par notre présence, l’une râle et l’autre lui répond : « Viens on se casse, de toute façon je comprends rien à l’anglais. » Lucie De Perthuis

Les Massilia, elle les a dans la peau. Cris. Rires. Larmes. Toutes les émotions la traversent en un instant. Celui où ses idoles apparaissent sur scène. Prête à tout pour un regard, un geste, une attention. Parmi la foule massée devant la scène, LA fan inconditionnelle n’en est plus. Pendant un instant, elle s’égare et s’enivre sur les notes du groupe marseillais… Camille Nowak

Il a les cheveux déteints en blond. Il a de jolis yeux, la peau mate et un début de moustache. Il a un tee-shirt noir – mais quand on regarde, il y a une licorne dessus avec écrit « Unicorns – we want to believe ». Il change de couleur au gré des spots et des jeux d’éclairage de la scène, toute proche. Il connaît absolument par cœur toutes les paroles du « Marché du Soleil », de « Bouteille sur bouteille », et d’un « Dimanche aux Goudes. » Julie Le Mest

Ce n’était pas une découverte pour tout le monde. Mais l’enthousiasme de Mariétou à l’idée de découvrir la Silent Party était communicatif. Le principe est pourtant simple. Trois canaux, trois lumières, pour trois styles de musique différents. En un regard, des gens qui ne se connaissent pas peuvent créer un lien juste en se regardant écouter une musique commune. Cela peut parfois mener à des situations… inattendues. Par exemple, un madison spontané sur une musique électronique qui n’a strictement rien à voir avec l’original. Avec, au milieu, un trentenaire sans casque visiblement en manque de danse en ligne. Raphaël Khayat

En retrait de la foule qui s’attroupe devant la scène, la solitude d’un homme contraste avec l’euphorie de la masse mouvante. Il parcourt des yeux chaque personne qui s’extirpe de cette mer sombre. Il fait quelques pas vers la gauche, se hisse sur la pointe des pieds pour essayer d’apercevoir une silhouette familière, mais le combat est perdu d’avance. Très grand, vêtu de rouge, planté en pleine lumière, il s’apparente à un phare. Lorsque finalement elle revient vers lui, enfin libérée des vagues dansantes, il s’immobilise et l’accueille avec un large sourire. Reconnaissante, elle se love dans les bras de celui qui s’est assuré qu’elle retrouve son chemin. Cassandre Amouroux

Des corps qui ondulent frénétiquement, sur un bruit de gravier qui crisse. Casques vissés sur la tête, les festivaliers testent la Silent Party. Trois ambiances sans changer de salle. Les DJ s’affrontent et envoient leurs meilleurs sets dans les oreilles des participants. Le combat est coloré : rouge, vert et bleu. Sans le son, pour les spectateurs, le spectacle est original. Chacun dans son rythme, chacun dans sa danse, le public s’entremêle sur des tempos différents. Très vite, les danseurs affichent leurs préférences : face au raz-de-marée bleu, le DJ rouge jette l’éponge. Mathilde Durand

Ils flirtent avec le vent, se baladent dans les foules, effleurent des voisins trop proches, visent le ciel, à plusieurs, se recroquevillent et retombent mollement. Ils se balancent aux rythmes et sons produits par leurs semblables. Ils caressent les cheveux d’une amoureuse, glissent et l’attrapent par la taille, la font danser. Ils font couler des bières, roulent des cigarettes, des joints et en prennent l’odeur. Sur le chemin du retour ils sont moites, collants. Ils tournent une clé de voiture, s’accrochent à un guidon de vélo chancelant, ou subissent passivement les pas lourds de leur propriétaire. Ils vivent, les doigts. Mariétou Bâ

Il y avait beaucoup de monde, devant les bars, cherchant une place dans l’espace restauration, faisant la queue aux différents foodtrucks… J’ai essayé de me faufiler, je me suis fait bousculer, j’ai joué des coudes… Mais j’étais trop petite, je ne voyais pas où j’allais, je marchais à l’aveuglette. La panique a commencé à m’envahir, j’ai pressé le pas, me suis presque mise à courir, toujours tout droit… Puis finalement je l’ai vue, j’étais enfin arrivée à destination. Un sentiment de soulagement m’envahit enfin : cette longue queue devant les toilettes temporaires m’a finalement indiqué que j’étais au bon endroit. Alexia Cappuccio

« Viscéral », « original », « planant ». Pour les fans, Ibeyi ce n’est pas tant des musiques à texte, mais plutôt des mélodies envoûtantes, entrainantes, qui nous emportent et nous font danser. « C’est un style qu’on n’entend pas souvent », souffle Julie, occupée à suivre la cadence des percussions. On bouge au rythme de leurs pulsations cardiaques. Pour Géraldine, « ce qui me fait danser, ce sont les rythmes afros et latinos. Les mélodies nous font ressentir leurs sentiments. C’est très introspectif. » Mais leurs mélopées font aussi voyager. « Des voix présentes, pénétrantes, c’est ça qui nous transporte », conclut Pauline. Lilian Veyet