JEUNES MAIRES : Les jeunes, grands absents des mairies

Si en 1983 12,8% des maires avaient moins de quarante ans, en 2014 ils n’étaient plus que 3,8% à occuper le premier siège municipal selon l’Association des Maires de France (AMF). Les jeunes maires ont le plus grand mal à se faire une place au sein d’une population d’élus vieillissants.

Presque un maire sur deux a plus de 60 ans aujourd’hui. Au-delà d’une baisse de 9% du nombre de maires de moins de quarante ans, la proportion de ceux de 60 ans et plus a bondi de 30,4% à 49,7 % depuis 1983.

Mi-janvier 2019, Mairie Info publiait un rapport dressant le portrait social des élus municipaux, établi à partir de nombreuses données sur les élus locaux, mis en ligne par les services de l’Etat et croisés avec les derniers fichiers démographiques de l’Insee. Grâce à tous ces fichiers, l’AMF a pu dresser la « carte d’identité des maires » pour l’année 2018. Bien que ce rapport ne prenne pas en compte dans son calcul les changements opérés début 2019, à savoir la création de nouvelles communes, il permet d’établir un certain nombre de choses : les « jeunes » ont entre 18 et 35 ans, et sont plus largement présents dans les grandes villes que dans les zones rurales.

Ainsi, l’Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire (INJEP) a rendu publique une étude sur le sujet début 2020. La France ne compte que 518 maires âgés de moins de 35 ans au moment de leur élection en 2014 (soit 3,8%). Comment expliquer ce manque de « jeunesse » dans les municipalités en France ? Puisque lorsque l’on élargit l’échantillon à l’ensemble du conseil municipal, seuls 4,4 % des élus municipaux avaient moins de 30 ans au moment de leur élection en 2014, selon les données du Répertoire national des élus.

Un difficile accès aux mairies pour les jeunes

Les jeunes ressentent un manque de crédibilité. C’est ce qui explique leur faible proportion au sein des mairies. Michel Koebel, professeur de sociologie cité dans le rapport de l’INJEP, explique, que

« l’âge joue un rôle important dans l’accès au pouvoir. On cherche certes quelques jeunes pour constituer des listes, mais on les met souvent en position non éligible. »

Rémy Dick, maire de Florange [Moselle, 12.000 habitants] est devenu maire à 22 ans. Pour lui, la principale difficulté a été d’être pris au sérieux : « quand on est jeune on est réputé comme incompétent avant d’être compétent. », explique-t-il.

Mais le rapport de l’INJEP montre surtout que l’absence des jeunes est liée à un difficile accès à une fonction municipale. Ce manque de reconnaissance s’explique, pour certains, par un manque d’expérience. Clément Delbende, conseiller municipal à Besançon se souvient de son arrivée à la mairie :

« J’avais 22 ans, ma seule expérience était celle des mouvements lycéens en 2010. Jeune militant, j’ai dû jouer des coudes pour me faire accepter et obtenir des responsabilités. »

La tête de la mairie est perçue comme l’aboutissement d’un parcours social, associatif et politique acquis sur le long terme, par les générations généralement plus âgées. Les jeunes doivent largement combler leur manque d’expérience et souvent leurs parcours professionnel, scolaire et politiques se trouvent sur-examinés. Isabelle Lacroix, chercheuse à l’INJEP, parle d’une « sursélection plus forte ». « Du fait de leur âge, on va en demander encore plus aux jeunes qui vont davantage devoir faire leurs preuves », explique la chercheuse dans l’étude « Y a-t-il un âge en politique ? Parcours de jeunes maires de France ». Cette nécessité de faire ses « preuves » entraîne l’obligation d’un engagement total des jeunes élus, au détriment souvent de leur carrière professionnelle et de leur vie conjugale ou familiale.

« Je peux facilement travailler 70h par semaine, mais j’essaie le moins possible de compter » s’amuse Rémy Dick.

Au-delà du temps, le fonctionnement même des municipalités accroît les inégalités d’accès aux mandats et ce sont les personnes les plus “ajustées” à la fonction qui se retrouvent souvent privilégiées. La motivation des jeunes néophytes à s’engager pour le premier poste municipal est donc limitée, et privilégie, à l’inverse, ceux qui ont de l’expérience politique depuis le plus jeune âge.

Le modèle type des jeunes maires

Bien que peu représentés dans le paysage municipal français, les jeunes maires partagent souvent des codes similaires. Selon l’étude de l’INJEP, les jeunes élus ont pour beaucoup des expériences semblables : la participation à un conseil de vie lycéen, un engagement associatif fort ou encore l’appartenance à un mouvement syndical. Les jeunes maires en France en 2014 étaient pour 74% d’entre eux membres d’une association avant leur élection contre 37% pour l’ensemble des français entre 18 et 35 ans. Si les données de l’INJEP montrent des parcours souvent teintés d’engagements diverses pour ces élus, la socialisation politique a aussi joué un rôle. Rémy Dick, a lui-même baigné dans la politique très tôt.

« mon père était ouvrier socialiste il m’a emmené très tôt voir des meetings ».

Les jeunes qui ont évolué dans un environnement propice à la discussion et au débat politique sont plus largement représentés au sein de la fonction de maire. Ainsi, 34% des jeunes maires ont au moins un parent déjà élu municipalement.

Mais les jeunes élus n’ont pas tous bénéficié d’un environnement propice à la politique pour autant. Clément Delbende s’est impliqué de lui-même en politique. Aujourd’hui 25 ans, il raconte :

« bien que mes parents se positionnent politiquement, c’est en grande partie due aux inégalités sociales auxquelles j’ai été confronté que j’ai commencé à m’impliquer ».

Si l’accès à la tête des mairies en France est de plus en plus compliqué et que les jeunes y sont de moins en moins nombreux, les municipalités attirent encore les plus motivés. Ce désinvestissement politique touche autant les candidats que les électeurs : aux élections municipales en 2014, 57% des 18-24 ans ne sont pas allés voter (contre 36,5% pour l’ensemble de la population).

Pauline Gardet et Maelle Lenoir