JEUNES MAIRES : Rémy Dick, maire avant d’être jeune

Âgé de 25 ans, dans un milieu où la moyenne d’âge est de 62 ans, Rémy Dick est à ce jour le plus jeune maire de France. Réélu à Florange (Moselle) dès le premier tour des élections municipales en mars 2020 avec 64,6% des voix, il revient sur son « jeune âge » et ce que cette spécificité lui a apporté en politique.

Comment est venue votre envie de devenir maire ?

Le premier mandat s’est fait quand j’avais 22 ans. Honnêtement, ça a été une opportunité. Je n’avais pas de réelle volonté de devenir maire aussi jeune, c’est arrivé du jour au lendemain avec la proposition du groupe municipal qui se cherchait un « leader ». Le maire venait de démissionner après des conflits en interne et personne ne voulait du poste. Le chef de la majorité municipale est venu vers moi parce que lui-même ne voulait pas prendre le poste et que j’étais élu depuis 2014 sur la liste de Michel Decker [l’ancien maire]. On m’a donc sollicité comme ça, à quatre jours de l’élection, et j’ai accepté.

Avez-vous rapidement trouvé votre place en tant que maire ?
Crédits : AFP / J-C Verhaegen
Crédits : AFP / J-C Verhaegen

Il m’a fallu entre 6 et 10 mois, voire une bonne année pour trouver ma place. Il a fallu faire mes preuves, que je me fasse respecter par mes propres agents [la ville de Florange compte près de 200 agents municipaux], qui au départ se sont demandé qui était ce petit jeune. Aussi que je me fasse respecter par mes propres élus puisque j’ai eu la mairie avec 25 voix, mais aussi 3 démissions dès ma première année. Il y a eu un certain nombre de conditions avant que la mayonnaise puisse prendre je dirais. Mais une fois que les troupes sont tombées d’accord, que tout le monde a eu le même discours et cap à tenir, à partir de là tout est possible. Il suffit d’avoir les bons éléments de langage, de savoir expliquer pourquoi on agit et de savoir prouver à la population qu’on agit pour le bien commun et non pour ses intérêts personnels.

Et est-ce que votre âge a eu un impact durant ce processus ?

Oh oui ! C’est assez simple, ça a clairement été un frein au départ sur la question de la confiance. Evidemment, quand on est jeune, on est réputé comme incompétent avant d’être compétent.

Il m’a fallu prouver compétence, engagement et sérieux.

J’ai dû faire mes preuves au sens premier du terme, surtout auprès des élus, mais aussi des associations et de la population.

Puis c’est devenu un avantage au fur et à mesure des mois. Une fois qu’on a passé les doutes initiaux, il y a une forme d’attachement de la population du fait d’avoir un « jeune maire », notamment de la part des ainés. Et puis être jeune amène un avantage. On arrive avec un esprit neuf, avec d’autres visions ou d’autres appréhensions de ce que veut dire être maire ou de ce qu’est une fonction politique, que nos ainés ne peuvent pas avoir. Il y a un petit côté audacieux si je puis dire, qu’on peut avoir quand on est jeune maire et qu’on ne peut pas avoir quand on a 50-60 ans, du vécu, qu’on sait déjà comment manager des hommes et qu’on a plutôt tendance à être frileux sur les réformes.

Vous venez d’être réélu, qu’est-ce que cela vous fait dire sur votre « jeunesse » ?

Je suis heureux, cela montre qu’à partir du moment où on se comporte comme un maire, les gens se comportent en tant que tel. En 2018, lors de mes vœux à la population, j’avais énoncé mes visions pour les prochaines années à Florange. Ça faisait deux ans à peu près que j’étais maire. Quelqu’un est venu me dire :

« Monsieur le maire, enfin je ne vous vois plus comme le « jeune maire », mais comme le maire ».

Ça fait du bien quand on est en fonction puisqu’on se dit c’est bon, les gens ne voient plus l’âge mais enfin la compétence ou le travail effectué. Ma réélection me procure le même effet. C’est une reconnaissance du travail accompli ces dernières années, qui a été long, laborieux et parfois compliqué.  Quand on est jeune et qu’on fait beaucoup de réformes, on dérange un microcosme. On avait l’impression de créer beaucoup de polémiques et on se demandait quel serait l’effet électoral de toutes ces réformes. Là on est satisfait de voir qu’un microcosme reste un microcosme et que la population reconnait le travail et l’engagement des élus à leur service, et ce, surtout, peu importe leur âge !

Pauline Gardet et Maelle Lenoir