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La sécurité sur le devant de la scène

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Derrière la fête, certains restent mobilisés toute la nuit. Depuis les attentats du Bataclan à Paris en 2015, les festivals sont soumis à des mesures de sécurité encore plus drastiques. Un poste de dépenses important.
Barrières, vigiles, blocs de béton. L’esplanade du J4 est sous surveillance maximale pour la Fiesta des Suds. © Andy Millet

Un festival, c’est des artistes, de la bière, du partage… et des mesures de sécurité qui écrasent les organisateurs. Facile de le voir, dès l’entrée dans la Fiesta des Suds ce jeudi soir. 18h30, les barrières s’ouvrent enfin. Première étape, les vigiles contrôlent les billets d’entrée, scannés à la seconde barrière. Dernière étape, les files se forment pour la fouille des hommes et des femmes. Pas de bouteilles d’eau, pas de casque, pas de gâteau et pas de couteau. Les festivaliers obéissent sans sourciller. Ouvrir son sac pour entrer, un geste devenu banal.

Pour sa soirée d’ouverture et jusqu’à dimanche, la Fiesta des Suds est sous bonne garde. Ils sont entre 60 et 80 vigiles issus de la société privée R2 sécurité, mobilisés de la surveillance à la palpation. Un dispositif coûteux, compliqué de surcroît par le déménagement du festival de son lieu habituel, le Dock des Suds, vers l’esplanade du J4.

75 000 euros pour trois jours

Sur site, « trois camions anti-attentats sont positionnés pour empêcher les véhicules fous », affirme le président de l’association organisatrice Latinissimo, Marc Aubergy. Face à l’entrée du public : des glissières en béton armées (GBA). Depuis l’attentat du Bataclan, à Paris, en novembre 2015, le monde du spectacle est bouleversé par une obsession sécuritaire. Pour la Fiesta des Suds, la direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône a joué un rôle de conseil. Dans un dossier de préconisation soumis aux organisateurs, elle énonce les précautions à prendre : aménager des point d’inspection filtrage (PIF), palpation, interdiction de stationner aux alentours…

Si à l’intérieur de l’enceinte du festival, c’est la société privée qui est aux commandes, à l’extérieur du site, des rondes de police sont organisées. Minuit, les festivaliers sortent sous l’œil des forces de l’ordre mobilisées mais discrètes, groupées autour de leurs véhicules. La circulation n’a pas été coupée sur le quai de la Tourette et le boulevard Euroméditerrannée.

75 000 euros pour la gestion du public pendant trois jours, sur un budget total de plus d’un millions d’euros. « C’est un poste de dépense qui a augmenté de 43% en trois ans », souligne Marc Aubergy. Le festival a un budget total de plus d’un million d’euros. A ce chiffre, il faut ajouter les factures extérieures. La mobilisation policière est aussi à la charge des organisateurs, depuis la circulaire de l’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. Sans compter le coût de la présence des secouristes et des pompiers. Au niveau national, les festivals emblématiques, comme les Vieilles Charrues en Bretagne ou les Francofolies de la Rochelle, accusent également le coup.

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« Le J4, c’est la rue »

Cette année, la Fiesta s’est délocalisée. Dans le fief historique, le Dock des Suds, des enceintes et des portes à codes d’accès protégeaient le matériel pendant l’installation. « L’esplanade du J4, c’est la rue,explique Marc Aubergy. La surveillance est en place depuis samedi dernier pour surveiller le matériel et jusqu’au démontage lundi prochain. »

Avec leurs coupe-vent noir et leurs oreillettes, les hommes de la sécurité sont discrets parmi les festivaliers. « Nous avons bonne réputation, assure Marc Aubergy. Les gens nous disent que chez nous, ils viennent tranquille. » Le public de la Fiesta est intergénérationnel et regroupe toutes les classes sociales. « La même typologie que le Stade Vélodrome », poursuit le président. Il y a vingt-sept ans, avec des consignes de sécurité beaucoup plus flexibles, le personnel innovait déjà. « Nous avions mis en place à l’entrée des bacs de consigne pour les armes blanches. Chacun notait son nom sur son couteau et le récupérait à la sortie. »

Autre temps, autre mœurs. Hier soir, la Fiesta a passé l’épreuve de la commission de sécurité, composée de représentants des pompiers, de la ville de Marseille et de la police. Elle est chargée de vérifier chaque point du site, avant de donner un avis favorable à la tenue de la soirée. En vingt-sept éditions, certaines visites ont apporté leurs lots d’angoisses. « Une année, pendant l’inauguration, nous étions en train de rajouter du plâtre sur une rampe d’accès pour les handicapés, se souvient Marc Aubergy. Il manquait 1% d’inclinaison… » Malgré les contraintes, les organisateurs ont réussi: ce jeudi soir, le site est ouvert et la soirée est lancée. La sécurité peut retourner en coulisse et laisser place aux artistes.

Mathilde Durand

Auteur·trice

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