LE 13 INFORMÉ

À LA PÊCHE AUX INFOS

Le personnage du maire ne fait pas l’unanimité chez les jeunes

5 min read
Partager :

On l’entend partout, les jeunes seraient désintéressés par la politique. Désabusés, ils n’auraient plus aucune confiance en la personne incarnant l’autorité publique. 55 % des 18-25 ans ne sont pas allés voter lors des dernières élections municipales en 2014, c’est plus de 10 points au-dessus de la moyenne nationale (36,45 %). Le scénario va-t-il se répéter pour le prochain scrutin en mars 2020 ? Nous sommes allés à la rencontre de cette jeunesse pour savoir ce qu’elle pense réellement des maires et essayer de comprendre pourquoi il existe une telle distance entre les jeunes et leurs élus. 

Nous avons fait le tour de la France pour avoir un échantillon représentatif, en passant par la région Occitanie à Figeac et à Baillargues (moins de 10.000 habitants), dans la Drôme à la Roche de Glun (moins de 3500 habitants), en PACA à Allauch (moins de 25.000 habitants), mais aussi à Paris. L’objectif était d’avoir le plus grand nombre de communes, de taille différente, et toucher le maximum de jeunes. 

Méfiance vis à vis des maires des grandes métropoles

Pour Sébastien, Parisien depuis deux ans, le fossé est énorme entre le maire d’un petit village et celui d’une grande métropole. Il le constate depuis qu’il a emménagé Paris. Il est originaire d’une commune de moins de 2000 habitants, dans la Drôme. “Dans les plus petites communes, comme dans celle d’où je viens, la proximité est importante pour un maire. Pour les grandes villes, la seule chose qui compte sont les actes, la proximité avec le maire n’existe pas. Je n’ai jamais rencontré Anne Hidalgo par exemple.” L’étudiant de 25 ans met surtout en avant la défense des intérêts des habitants, difficilement prise en compte par le maire d’une trop grande circonscription. “Il ne peut avoir le même ressenti des attentes des habitants, contrairement à un maire proche de ses électeurs.” 

Dans l’esprit collectif, les maires des petites communes sembleraient plus à même de répondre aux problématiques des citoyens. À Figeac, Juliette, 22 ans, sourire aux lèvres à notre approche, a déjà rencontré son maire plusieurs fois. La jeune étudiante en journalisme s’intéresse à la vie politique de son village. Pour elle, le maire d’une petite commune est plus représentatif de sa population. “Il fait des choix qui influencent plus directement les habitants. On est plus proche, on peut se plaindre ou juste discuter de l’état de la ville. Il est plus facile à rencontrer”. La relation entre électeurs et élus serait différente selon l’endroit où l’on vit et la taille de la population selon eux. Une des raisons qui peut expliquer pourquoi les jeunes des grandes villes ne se rendraient pas aux urnes.

Intégrité, honnêteté et importance des réseaux sociaux

Comment rapprocher les jeunes des maires de France? Nous leur avons demandé de lister les qualités indispensables d’un élu qu’ils trouveraient efficace et apprécié. Alexandre, habitant à Allauch depuis sa naissance ne manque pas d’idées. “J’en vois déjà trois : la proximité, l’écoute et l’intégrité pour contrebalancer avec un clientélisme que l’on constate dans de nombreuses communes”.

Nous l’avons questionné sur l’importance de l’appartenance politique ou de la personnalité, et sa réponse a été la même que pour tous les sondés. “Pour toutes les élections normalement j’aurais dit l’étiquette mais pour les municipales c’est différent, la personne prend le dessus” a précisé Alexandre. Le jeune homme de 26 ans, maillot de l’olympique de Marseille sur le dos, donne aussi un avis tranché sur un point important : un mandat trop long n’est pas forcément bien perçu par les jeunes. Pour exemple, Roland Povinelli le maire d’Allauch est à la tête de la commune depuis 1975. “Je pense que 45 ans de mandat sont amplement suffisants, il est temps qu’il arrête” souhaite Alexandre d’un ton affirmatif. 

Philippine, elle, est une enfant de Boulogne-sur-mer. Elle ajoute à la liste des qualités nécessaires, le côté humain et surtout l’honnêteté. “Chose de plus en plus rare dans les hautes sphères politiciennes” précise t-elle. Autre détail qu’elle souligne aussi, l’évolution de la communication des maires, notamment sur les réseaux sociaux. Pour la  Boulonnaise, le rapprochement doit passer par là. “Pour toucher une population plus jeune c’est obligatoire, parce que les municipales, comme les autres élections, n’intéressent pas forcément les jeunes. Si un maire communique bien, il peut viser et intéresser certaines classes d’âge pas éduquées politiquement”. Une proximité dans la vie de tous les jours, mais aussi virtuelle. Pour la grande majorité des sondés, la communication politique via internet est une bonne chose pour intégrer toutes les castes de la population. Un outil qui peut aussi servir à aider les jeunes électeurs à y voir plus clair sur les compétences du maire. 

Des compétences floues

C’est le grand problème décelé par notre enquête. Les compétences du maire sont méconnues. Personne n’a réussi à nous donner une réponse concrète et argumenté. À la Roche-de-Glun, Isabelle tente malgré tout une réponse : “Il exécute les décisions étatiques en remplissant notamment des fonctions administratives et au sein de sa commune, il exécute les décisions prises par le Conseil Municipal. Il exécute quoi. » Bien essayé ! Pour Philippine, c’est encore moins précis : “Alors c’est assez vague, mais le maire gère certaines choses dont les écoles, l’entretien de certaines routes et voiries… À part ça, je serais incapable d’en donner d’autres j’avoue”.

Ce flou autour des pouvoirs du maire n’empêchera pourtant pas les jeunes de voter. En effet, tous ont répondu avoir l’intention de se rendre au scrutin les 15 et 22 mars 2020. Tous, excepté Morgan, Baillarguois depuis huit mois, qui assume se désintéresser de la politique. “Je ne sais pas qui est le maire de ma commune, je m’en désintéresse totalement, et je ne compte pas aller voter”. Ce n’est pas le premier à ne pas connaître le nom du maire en place mais bien le seul qui a répondu négativement à la question du vote. 

La jeunesse ne semble donc pas autant désintéressée que ça de la politique comme nous l’entendons sans cesse. Pour la plupart ils comptent aller voter dans trois mois. Mais ce sont surtout certains vieux aspects de la vie politique qu’ils aimeraient voir changer, ainsi que plus de transparence chez les hommes et femmes élus dans les communes. 

Jordan Proisy

Auteur·trice

Partager :
Facebook
Twitter
YouTube