L’inabordable ascension de l’ultra-trail

L’une des 200 athlètes lors de l’édition 2018 du trail des Calanques, qualificatif pour l’Ultra-Trail du Mont Blanc /Crédit photo : Baptiste Savignac
Contraintes de tirer au sort leurs participants, les courses d’ultra-trail sont en plein essor.  Sur ces épreuves hors normes, les athlètes doivent puiser loin dans leurs ressources physiques et financières. Équipement, frais d’inscription, logement, l’investissement colossal empêche pourtant la démocratisation de ce sport.

Enfiler un short, une paire de basket et trottiner dans le parc voisin : la course à pied ne coûte rien. Ce n’est pas le cas de l’ultra-trail son cousin fou et beaucoup plus dépensier. Pour venir à bout de la centaine de kilomètres d’une telle course, il faut un équipement plus élaboré et plus lourd que pour un simple footing dominical. « Camelbak, gels énergisants, cardiofréquencemètre. Chaque année je dois dépenser 1500 euros rien que pour mon matériel », déplore Pierre-Hugo Romain, un architecte provençal également champion régional de trail.

Un coût très élevé auquel s’ajoute celui de la participation aux courses. L’Ultra-Trail du Mont Blanc demande aux participants de débourser 250 euros, sans intégrer les frais de déplacement et de logement. Et l’investissement est décuplé pour les meilleurs, ceux qui multiplient les courses dans la saison. « Je vais rapidement devoir céder aux propositions des sponsors », témoigne avec une pointe d’amertume Pierre-Hugo, qui rêve de se mesurer aux cadors de la discipline.

Comme lui, de plus en plus d’aficionados sont prêts à tout pour performer sur ces courses extrêmes, quitte à casser la tirelire pour obtenir un dossard. « Dans la majorité des épreuves, il y a beaucoup de cadres, quelques employés et peu de chômeurs » témoigne Eric Razzoli, directeur du trail des Calanques qui croît encore possible de démocratiser son sport. Sa solution ? « Baisser le prix d’inscription au maximum », mais, « organiser un trail coûte cher », concède-t-il.

Si cher, que les récompenses sont dérisoires. En Europe quelques centaines d’euros, tout au plus. « C’est parce que les trails en Europe sont moins lucratifs, que les Éthiopiens et les Kényans, les leaders de l’endurance sur route, n’y participent pas», regrette Éric. Il est vrai que depuis sa création en 2013, les podiums de l’UTWT (la ligue mondiale de trail) sont composés à 75% d’européens. Une domination européenne qui s’explique aisément par le nombre sans équivalent d’ultra-trails organisés sur le vieux continent. L’ultra-trail a encore de nombreux sommets à gravir.

Baptiste Savignac