Astérix est-il une figure de droite ?

par Gaël Simon

Astérix est-il une figure de droite ?

Astérix est-il une figure de droite ?

Gaël Simon
Photos : ASTÉRIX ® - OBÉLIX ® - IDÉFIX ® / © 2019 ÉDITIONS ALBERT RENÉ / GOSCINNY-UDERZO
3 novembre 2019

Astérix, une véritable potion magique pour les hommes politiques ? Dès la première aventure du héros gaulois en 1959, intellectuels et penseurs de l’époque ont fait un amalgame entre le personnage créé par le duo Goscinny/Uderzo et la doctrine gaulliste. Si pour les deux auteurs, Astérix est apolitique, beaucoup voient en lui une figure de droite et certains partis ont essayé de le récupérer en 60 ans.

Notre ancêtre, le Gaulois. Ce jeudi 24 octobre, la 38ème aventure du guerrier moustachu le plus célèbre de la bande dessinée a fait son arrivée dans les bacs. Et les chiffres annoncés pour la parution de La Fille de Vercingétorix donnent le tournis. Le nouvel album de la franchise est ainsi édité à plus de 5 millions d’exemplaires, dans 15 langues différentes. Pour son soixantième anniversaire, Astérix est en très grande forme. La potion magique, ça conserve ! Dans cette nouvelle histoire, le valeureux Gaulois se transforme en nourrice et doit veiller sur la fille de… Vercingétorix. Rien que ça ! Adrénaline va venir bouleverser le quotidien d’Astérix et de son fidèle camarade Obélix. Un choc des générations.

Monument de la bande dessinée… et héros de droite ? Dès sa naissance, Astérix a été vu comme une figure aux valeurs gaullistes par les intellectuels de l’époque. Et en six décennies, le succès du Gaulois a séduit plusieurs figures de la droite française. Nombreux sont ceux qui ont tenté de s’accaparer son image. La gloire, ça attire les convoitises ! Car en 60 ans, Astérix est devenue une véritable icône de la pop-culture. Sur papier, au cinéma, à la télévision, personne n’a pu passer à côté des aventures du Gaulois et de son acolyte un peu enveloppé (attention, ne dîtes pas « gros »). Le héros représente 370 millions de bandes dessinées vendues, 14 films, et un parc d’attractions qui a attiré 2,3 millions de personnes en 2019 selon Les Echos. Des chiffres vertigineux par Toutatis ! Même si ils ne sont bien évidemment pas aussi impressionnants que les menhirs de notre cher Obélix.

Astérix, Gaulois et Gaulliste ?

Astérix voit donc le jour le 29 octobre 1959, soit un an après le retour du général de Gaulle au pouvoir. Astérix et Obélix sillonnent toute l’Europe et se font un point d’honneur d’aider tous les peuples opprimés par Jules César et l’impérialisme romain. La France, elle, se retire de l’OTAN et prône le non-alignement face à l’impérialisme américain. Ils sont fous ces Américains ! Quelques journalistes et intellectuels font alors rapidement le lien entre le gaullisme et les aventures du guerrier. En septembre 1966, le journal L’Express se concentre sur le « phénomène Astérix ». Pour Jean-Noël Gurgan, le récit des aventures du Gaulois est une parodie de l’action résistante du général de Gaulle durant la Seconde Guerre mondiale. Une lecture infondée pour les deux créateurs de la bande dessinée. Selon René Goscinny, Astérix n’a aucun message politique à véhiculer. Sa seule vertu, « la capacité à faire rire les enfants ». Quant aux attaques sur l’aspect nationaliste et chauviniste de la bande dessinée, l’auteur, juif exilé dans les années 1930 pour fuir le nazisme, répond en 1968 : « Dans Astérix je fais la parodie du nationalisme et du chauvinisme. Astérix ne peut pas être nationaliste du fait que je ne le suis pas ! ». Le personnage est surtout un symbole qui représente le Français moyen. En 1989, dans Le Livre d’Astérix le Gaulois, Goscinny et Uderzo font de leur héros la personnification du caractère national : « râleur, bagarreur, mais aussi sympathique, courageux, honnête, rusé, fidèle et le cœur sur la main ».

Conscients du succès de leur création et des différents niveaux de lecture qui en sont faits, les deux auteurs vont alors s’amuser à glisser au cœur des aventures d’Astérix une multitude de messages et symboles contradictoires. Le but : brouiller les pistes. Au final, le héros se veut apolitique. Après tout, Astérix se montre hostile à tout art militaire dans Astérix légionnaire en 1967. Dans La Zizanie, trois ans plus tard, César affirme que le village gaulois n’est pas intéressé par l’or. En 1976, le premier ministre de l’époque, Jacques Chirac est parodié dans l’album Obélix et compagnie. Renommé Caïus Saugrenus, il transforme Obélix en libéral qui industrialise sa production de menhirs pour gagner plus d’argent et devenir « l’homme le plus puissant du village ».

A l’inverse, le village gaulois semble développer une aversion pour l’impôt dans Astérix et le chaudron en 1969. Le collecteur y est parodié et présenté sous un jour très antipathique. La fiscalité empêche les particuliers de disposer de leurs biens comme ils l’entendent. « Un jour, un collecteur d’impôts est venu, depuis nous sommes dispensés d’impôts », affirme Abraracourcix, le chef du village dans l’album. En 1991, dans La Rose et le Glaive, les villageois combattent le féminisme. L’antagoniste principale d’Astérix dans cet album, Maestria, est membre du Mouvement de Libération de la Gauloise. Les hommes sont finalement chassés du village et les femmes en prennent le pouvoir. Le féminisme est alors présenté comme une menace pour l’équilibre et la pérennité de la communauté.

L’Armorique, je veux l’avoir, et je l’aurai

Si Astérix s’adresse principalement aux enfants, il offre également un niveau de lecture aux adultes. Les deux auteurs affirmant en 1989 que chaque récit est « pensé pour être lu par des adultes. Tout n’est que symbole, gravité et sérieux ». Devenu vite iconique, le héros gaulois suscite les convoitises de certains politiques. Mais Uderzo et Goscinny refusent de répondre aux sirènes des partis. Seule parenthèse, Albert Uderzo dessinera une affiche pour Jacques Chirac et la mairie de Paris dans la campagne pour l’attribution des Jeux olympiques de 1992. Celui qui fut parodié dans Obélix et compagnie, appuyait quelques années auparavant le projet de création d’un parc dédié à l’univers de la bande dessinée.

En 1998, Albert Uderzo refuse que le RPR reprenne l’image d’Astérix. Le parti présentera une seconde version de l’affiche ©PatrickDurand

  petite

  triche

En 1998, le RPR, le parti de mouvance gaulliste est à l’agonie après la dissolution de l’Assemblée nationale par Jacques Chirac et la perte de la majorité. Les ténors du parti ont l’idée de créer une affiche représentant des Gaulois se battant entre eux. « Gauloises, Gaulois, vous en avez marre d’avoir la droite la plus bête du monde ? Nous aussi ! » s’étale en haut de l’affiche. Nicolas Sarkozy se précipite alors chez Albert Uderzo, seul garant de la marque Astérix depuis la mort de René Goscinny en 1977, pour lui demander l’autorisation d’utiliser l’image du guerrier moustachu. Le futur président se heurte au refus net du dessinateur. « J’ai mal réagi à ça. Astérix a toujours été à l’abri de toute utilisation de quelque parti que ce soit », expliquait Albert Uderzo le 29 avril 1998 sur France Inter. Dernière tentative de récupération en date, celle de Jean-Marie Le Pen. En 2009, en marge de la campagne pour les élections européennes, l’ancien président du Front National se rend au parc Astérix, suivi par plusieurs journalistes. L’homme politique file la métaphore et fait du FN un parti qui lutte contre « l’envahisseur » européen.

Si la droite a tenté de le récupérer, Astérix n’en reste pas moins une figure apolitique dont la seule prétention est de faire rire des dérives de notre société contemporaine, sans chercher à véhiculer un message mettant en valeur une doctrine plus qu’une autre. Non, le héros n’est ni gaullix, ni nationalix.

Gaël Simon

©ÉDITIONS ALBERT RENÉ