Marseille, les Femmes et la ville

“Valoriser ces femmes qui ont fait Marseille”, voilà l’objectif de la balade matrimoniale organisée le 7 mars dernier par l’association Ancrages. Derrière cette ambition se cache aussi la volonté de se réapproprier un espace public inégalement partagé. Un sujet absent de la campagne des municipales. 

Manifestantes de la marche du 8 mars 2020 à Marseille. Crédits : Emilie Méchenin.
Les rues parfumées du quartier historique de Belsunce regorgent d’anecdotes sur ces femmes qui ont fait Marseille. Parmi elles notamment, la féministe et figure majeure de la Commune Louise Michel (1830-1905). Elle tiendra de nombreux discours dans la ville, appelant les femmes “à se jeter dans la Révolution”.  Son engagement lui vaudra le nom d’un square ou encore d’un collège à Marseille. 
“Il y a à Marseille une évolution négative de la place de la femme dans l’espace public” 
Si elles sont nombreuses à avoir fait Marseille, peu de femmes à l’horizon dans le quartier de Belsunce quand on s’y promène. De la Gare Saint-Charles à la porte d’Aix (itinéraire de la balade), les femmes sont minoritaires dans l’espace public. Mais selon Samia Chabani, déléguée générale de l’association Ancrages, ça n’a pas toujours été le cas :
« Il y a à Marseille une évolution négative de la place de la femme l’espace public. Jusqu’au 19ème siècle, l’espace public était très occupé par les femmes: fleuristes, poissonnières couturières etc ”.
Mais quelles que soient les époques, même lorsque les femmes sont présentes dans la ville, elles ne partagent pas l’espace public de la même manière que les hommes. C’est le constat réalisé par Corinne Luxembourg, maîtresse de conférence et écrivaine de La ville, quel genre ? L’espace public à l’épreuve du genre. L’occupation masculine de l’espace public est plutôt statique et pour les femmes elle reste circulatoire, sauf quand il s’agit de s’occuper des enfants dans un parc”, souligne-t-elle.
 

Les municipales pour faire changer les choses ? 

“Ces élections c’est un moment politique fort donc c’est l’occasion de faire avancer les choses, aussi pour ce qui est de la gestion de l’espace public. Mais quand je vois que certains décident pour le 8 mars d’offrir des roses rouges, je me dis qu’il reste du chemin à parcourir !” déplore l’écrivaine. Même constat pour Samia Chabani, qui souligne toutefois une certaine forme de progrès :
“ça ne suffit pas mais aujourd’hui il y a quand même plus de têtes de liste qui sont des femmes donc ça évolue”.
Enfin, selon elle, il est de la responsabilité des associations, syndicats et journalistes d’interpeller plus régulièrement les candidats sur ces questions d’égalité et d’espace public : “ça n’a pas suffisamment été fait jusqu’à présent”, déplore Samia Chabani. 
Bérénice Vasak