Oscars 2018 : Retour sur les polémiques, l’autre palmarès de la soirée

Après l’affaire Weinstein, l’Académie a voulu marquer le coup. Harcèlement sexuel, politique anti-immigration, représentation des minorités, trois thèmes qui ont rythmé la 90e cérémonie des Oscars. Aperçu des moments les plus marquants de la soirée.

Frances McDormand a livré un discours très engagé sur la scène du Dolby Theater. (Kevin Winter / Getty Images / AFP)

La fête du cinéma américain s’est muée, ce lundi 5 mars, en véritable scène politique. « Vous ne pouvez changer la vision politique des gens avec un film, mais vous pouvez au moins engendrer une discussion politique. » Ces mots du réalisateur français Costa-Gavras, scandé lors d’une séance de présentation du film Z, en 1969, ont pris tout leur sens au Dolby Theatre de Los Angeles pour les Oscars 2018. Avec les mouvements #Metoo et Time’s up, la bulle autour du harcèlement sexuel avait déjà explosée, mais les prises de position politiques des acteurs de la soirée étaient grandement attendues. L’Académie par sa sélection, les lauréats par leurs discours profondément engagés, tous ont tenu à célébrer la diversité et à revenir sur trois polémiques de l’année.

Jimmy Kimmel le premier. Dans un monologue d’ouverture tinté d’humour l’animateur, a rendu un vibrant hommage aux mouvements Time’s Up et #MeToo, nés du scandale Weinstein, avant de s’épancher plus globalement sur le harcèlement sexuel en tournant en dérision la romance du grand favori de la cérémonie The Shape Of Water.

  • Une tribune pour les droits des femmes

C’est ce qu’ont été avant tout ces Oscars 2018, les premiers depuis les révélations sur le producteur déchu Harvey Weinstein, accusé d’avoir harcelé ou agressé sexuellement une centaine de femmes.

Accompagnée d’Ashley Judd et d’Annabella Sciorra, Salma Hayek a présenté une vidéo contre les discriminations à l’encontre des femmes mais aussi des minorités sexuelles et ethniques. « Cette année, beaucoup de femmes ont osé dire la vérité. Le chemin est encore long mais doucement, une nouvelle voie émerge », s’est réjoui Annabella Sciorra.

Plus tard dans la soirée, c’est l’actrice Frances McDormand, sacrée pour la seconde fois meilleure actrice pour « 3 Billboards, Les panneaux de la vengeance » qui a fait sensation.  Actrices, compositrices, productrices, scénaristes, réalisatrices, la comédienne a invité toutes les artistes féminines dans la salle à se lever et à se regarder. «Nous avons des histoires à raconter et des projets qui ont besoin de financement», a-t-elle lancé à l’assistance suscitant un vif moment d’émotion.

Un moment entâché pour certains tweetos par les commentaires de l’animateur Laurent Weil à l’égard de la lauréate.

  • « Representation matters »

« La représentation ça compte ». Des mots glissés par Lee Unkrich co-réalisateur de Coco qui raflera l’Oscar du meilleur film d’animation, la 6e fois consécutive pour un film Disney. Des mots qui résument à eux seuls cette soirée. Rendre visible les minorités, accepter les différences autant d’enjeux sociétaux au cœur de l’actualité, mis à l’honneur tout au long de la cérémonie.

« Nous avons essayé de faire un pas vers un monde où tous les enfants pourraient voir, dans les films, des personnages qui parlent et vivent comme eux, et leur ressemblent. Les personnes marginalisées méritent de sentir qu’il y a une place pour elles. La représentation est capitale. » Lee Unkrich

Et les cinq chansons originales en lice pour remporter l’Oscar ont fini de planter le décor. Tolérance et ouverture des frontières avec Coco et The Greatest Showman ou encore romance entre deux jeunes hommes avec Call me by your name et son Mystery Of Love. Au final c’est le titre Remember Me de la fable mexicaine qui raflera le prix.

Si la réalisatrice Greta Gerwing, seule femme nommée dans cette catégorie (seulement la 5e depuis la création des Oscars) aurait bien aimé remporter comme Kathryn Bigelow en 2010 la précieuse statuette pour son film Lady Bird, la surprise est venue de l’Oscar du meilleur scénario attribué à Jordan Peele. Premier noir américain à remporter cette distinction.

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  •  La politique anti-immigration de Donald Trump

Évoqué mais jamais nommé, Donald Trump et sa politique ont été critiqués. Les consécrations de Coco sont perçues comme de véritables pied de nez de l’Académie à Donald Trump. Et si l’actrice née au Mexique, Salma Hayek est restée silencieuse sur le sujet, ce n’est pas le cas de son compatriote Guillermo del Toro.

En effet, Shape of Water et ses quatre récompenses ont permis au réalisateur mexicain de clamer son envie « d’effacer les frontières« . En réponse aux derniers propos du chef d’État américain, le réalisateur n’a pas hésité à se présenter sur scène comme « un immigré » (00.45).

Son Shape of Water également primé meilleur film, titre le plus prestigieux des Oscars, le réalisateur a profité du dernier discours de la soirée pour insister.  « Je veux dédicacer cet Oscar à tous les jeunes cinéastes, aux jeunes qui nous montrent comment il faut faire. Dans tous les pays du monde. Lorsque j’étais un enfant fan de cinéma, grandissant au Mexique, je ne pensais pas que cela pourrait arriver [cet Oscar]. Mais c’est arrivé. Si vous rêvez d’utiliser le cinéma de genre ou fantastique pour raconter des choses qui sont réelles, vous pouvez le faire. Vous n’avez qu’à donner un coup de pied dans la porte et elle s’ouvrira. » Une porte que l’Académie revendique vouloir tenir ouverte.

Justine Saint-Sevin