Vivre dans un eco-quartier : la vie en vert ?

En France, des centaines de communes aspirent au label « Eco quartier »

De plus en plus de projets immobiliers sortent de terre, flanqués du label « Eco Quartier ». Quasiment aucune commune ne se passe désormais de la prestigieuse pastille verte. Aujourd’hui, près de 500 zones urbaines se disent « intelligentes » et « durables », et fleurissent dans les villes françaises. Des zones qui portent les valeurs du développement durable, à la recherche de l’équilibre entre la nature et la ville, et qui aspirent notamment à une mixité intergénérationnelle et sociale. Eco citoyens à la poursuite d’une utopie urbaine, ou simple besoin d’espace vert, nous sommes allés à la rencontre des habitants d’un éco-quartier parisien.

En pénétrant dans la large allée piétonne, au croisement de la rue de Lourmel (15e arrondissement), on s’engouffre d’abord dans un corridor d’immeubles qui débouche sur un espace vert avec de grands marronniers. Un « hôtel à insectes », trône en plein centre. Les immeubles flambants neufs aux façades végétalisées encadrent le parc de l’ancien hôpital Boucicaut, qui est resté intact. Une sonnerie retentit : l’ancien bâtiment en briques rouge qui ferme le parc a été réhabilité en une école élémentaire. Mais en ce lundi férié, c’est le chant des oiseaux qui prend le dessus sur les cris de la récré.

« On ne se croirait vraiment pas en ville, c’est un espace privilégié, affirme Nicolas, venu profiter de son jour de congé en famille, au jardin. Installé à Boucicaut depuis un an et demi avec sa compagne et ses deux enfants, son appartement donne directement sur le parc. S’installer ici, c’est un confort supplémentaire : c’est neuf, confortable, on entend absolument aucun bruit de circulation, c’est inespéré à Paris », apprécie le cadre de 35 ans qui a loué ici par hasard, sans savoir que c’était un éco-quartier. Les nombreuses familles avec des enfants en bas âge qui habitent Boucicaut sont surtout là pour le calme et le confort du neuf. « On a déménagé parce qu’on avait besoin d’une chambre en plus pour la petite, c’est neuf donc c’est plus cher, explique Amélie, assise en tailleur sur l’herbe en surveillant sa fille de 15 mois. Le fait que ce soit un eco quartier est un plus, mais à part le compost qui est nouveau pour nous, on n’a pas spécialement bousculé nos habitudes ! », ironise la jeune femme. Même constat chez Etienne, qui s’est installé avec sa femme et ses cinq enfants au troisième étage d’un logement à loyer moyen du quartier, dès l’ouverture du site en 2015. L’aspect « écolo » du quartier, il le ressent surtout dans sa consommation d’énergie : « On n’a pas besoin de mettre le chauffage en hiver pour rester à plus de 20 degrés dans l’appartement, mais du coup c’est tellement bien isolé qu’en été on a du mal à avoir de la fraicheur ! » explique le jeune manager, en montrant l’épaisseur des grandes fenêtres en bois donnant sur l’îlot central du quartier. Pour la gestion des déchets, la famille n’a pas changé ses habitudes, même si « Le tri peut avoir des vertus pédagogiques dans un logement à mixité sociale », reconnaît-il.

Ce n’est parce qu’on est dans un éco-quartier que les consciences écolo vont se réveiller

La mixité sociale, c’est l’un des objectifs de l’éco-quartier de Boucicaut. Dans cette enclave où la moitié des logements sont des HLM, les 750 habitants bénéficient également d’une crèche, d’un potager partagé, de locaux d’associations ou encore d’une terrasse commune –où « personne ne va jamais car les conditions d’accès sont trop compliquées », glisse Etienne. Avec ses voisins, il a monté une association pour faire valoir leurs intérêts auprès de leur bailleur. « On s’entend tous très bien, mais je ne ressens pas plus que ça une osmose dans le quartier », ajoute le père de famille, qui apprécie la proximité de l’école et des commerces.  « C’est surtout avec les commerçants que l’on crée du lien » termine-t-il.

Boucicaut est un modèle parmi les éco-quartiers français. En octobre 2017, cette « ZAC », zone d’aménagement concertée, s’est vu attribuer le précieux label Eco Quartier par le ministère de la cohésion des territoires. Elle rentre donc dans la liste très sélective des 60 quartiers au label « étape 3 ». 500 autres projets immobiliers ont entamé la démarche en quatre étapes pour être consacrés par le label. Enclavé dans le 15ème arrondissement, l’espace urbain Boucicaut peut même se vanter d’avoir reçu un prix pour la préservation de la biodiversité dans son parc.

Si le cadre de vie à Boucicaut est particulièrement agréable, que les normes énergétiques sont respectées, la greffe entre les habitants n’a pas tout à fait pris. Au bar restaurant du quartier, le gérant Jean-Louis Coupé loue les locaux depuis deux ans. Avec son équipe, il organise régulièrement des évènements pour les résidents : des jams sessions, des vides dressings, des fêtes familiales. « C’est convivial, les gens sont contents de venir, explique-t-il. Ce n’est parce qu’on est dans un éco-quartier que les consciences écolo vont se réveiller, l’important c’est de fédérer les gens et de les éduquer sur les bons gestes à avoir », nuance-t-il.

En 2020, une commission nationale du ministère de la cohésion territoriale examinera de près l’évolution du quartier, et particulièrement les usages de ses espaces par les habitants. Afin d’attribuer –ou non- le label eco quartier « confirmé », étape 4. Pour l’instant seuls 5 quartier en France ont atteint ce niveau.